‹ ChamfortChapitre 105 sur 207 · Ed. Auguis, II · texte numérisé non relu

Ed. Auguis, II

l’observateur et le moraliste 153

férent. — Ce sont, disait-il, des chiens dans un tournebroche ; il suffit qu’ils remuent les pattes pour que tout aille bien. Que le chien soit beau, qu’il ait de l’intelligence ou du nez, ou rien de tout cela, la broche tourne, et le souper sera toujours à peu près bon \ »

En somme, routine aux heures les moins mauvaises ; caprice et arbitraire aux pires moments : voilà ce qu’est le gouvernement monarchique en France. L’Administration ne vaut pas mieux, ou moins encore ; car elle a pour point de départ une énorme iniquité. « M... me disait : — Je ne regarde le roi de France que comme le roi d’environ cent mille hommes, auxquels il partage et sacrifie la sueur, le sang et les dépouilles de vingt-quatre millions neuf cent mille hommes dans les proportions déterminées par les idéesféodales, militaires, anti-morales et anti-politiques qui avilissent l’Europe depuis vingt siècles 1 2. » Il est trop vrai que le revenu de la France est, en droit tout entier, en fait pour la plus grande partie, entre les mains du roi. Il lui arrive bien d’encourager quelques œuvres utiles, de soutenir quelques hommes de mérite ; mais c’est là pure aventure, et il arrive aussi qu’on refuse un bureau de tabac à Montgolfier 3. Les privilégiés de la naissance sont seuls assurés d’avoir toujours part à cet énorme gâteau. Ils y mordent à belles dents, sans discrétion. Aussi « autrefois le trésor royal s’appelait Epargne ; on a

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