‹ ChamfortChapitre 106 sur 207 · Ed. Auguis, II · texte numérisé non relu

Ed. Auguis, II

rougi de ce nom qui a semblé une contre-vérité depuis qu’on a prodigué les trésors de l’Etat ; et on l’a tout simplement appelé le Trésor royal'. » Du haut de sa « niche » élevée, le roi voit bien les courtisans qui se pressent autour de sa cassette pour l’épuiser ; mais il n’aperçoit point la foule obscure qui travaille et qui souffre pour l’alimenter. Même avec un cœur généreux, il lui reste indifférent, car il l’ignore presque, et l’on ne peut guère refuser la valeur d’un jugement historique au joli mot de Fontenelle : « Autrefois on tirait le gâteau des rois avant le repas. M. de Fontenelle fut roi ; et, comme il négligeait de servir d’un excellent plat qu’il avait devant lui, on lui dit : — Le roi oublie ses sujets. — A quoi il répondit : — Voilà comme nous sommes, nous autres 1 2 ! «

En enlevant à la féodalité tous ses pouvoirs politiques, la royauté avait dû se substituer à elle dans la tutelle qu’elle exerçait sur la nation. Mais cette charge était trop lourde ; quelques grands hommes, pendant un temps, suffirent à peine à la porter. Ceux qui vinrent ensuite parurent très tôt insoucieux de leur devoir propre, ou incapables de le remplir.

Puisque l’autorité royale ne s’appuyait pas sur les services rendus, par quoi donc était-elle consacrée ? — On avait essayé de la fonder sur un principe théologique ; un très grand esprit, un admirable écrivain, Bossuet, avait dans sa Politique tirée de l’Ecriture sainte formulé la théorie du

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