Ed. Augdis, II
routes que la banqueroute sérénissime du prince de Guéménée. Insensiblement la noblesse en venait à évincer la probité de l’idée qu’elle se faisait de l’honneur. Chamfort s’irrite qu’on ose encore, après cela, jurer foi de gentilhomne. « Car, dit-il, rien de si difficile à faire tomber qu’une idée triviale ou un proverbe accrédité '. » Peut-être ne remarque-t-il pas assez que cette façon de parler n’était plus alors acceptée que par les gentilshommes eux-mêmes ; dans le reste de la nation, on savait bien qu’elle était vide de sens.
Tous ces torts eussent été aisément pardonnés et même oubliés, si l’on avait pu croire que la noblesse était vraiment le soldat de la France. Avec sa bravoure brillante et très réelle, il semblait qu’elle dût noblement tenir ce rôle. Mais elle se comporta de façon à faire penser qu’elle n’en avait point souci. Souvent les gentilshommes traitent la guerre comme un jeu ; ils y ont la mine de gens qui courent une aventure, et ne paraissent nullement songer aux intérêts et aux dangers de leur pays. Trop manifestement ils ne se considèrent que comme une sorte de garde d’honneur du roi, et point du tout comme l’armée de la nation. D’un mot, il leur manque le patriotisme, sans lequel il n’est point de véritables vertus militaires : « Dans les malheurs de la fin du règne de Louis XIV, après la perte des batailles de Turin, d’Oudenarde, de Malplaquet, de Ramillies, d’Hochstedt, les plus honnêtes gens de la cour disaient : Au moins le