‹ ChamfortChapitre 116 sur 207 · Ed. Auguis, I · texte numérisé non relu

Ed. Auguis, I

l’observateur et le moraliste 165

roi se porte bien, c’est le principal 1 ». C’est ainsi qu’ils en viennent à parler des malheurs nationaux avec une parfaite indifférence, et même, en certains cas, avec une scandaleuse légèreté. On citait devant des courtisans une épigramme sur nos défaites : « Un d’eux, enchanté jusqu’à l’ivresse, dit en levant les mains après un instant de silence et avec un air profond : Comment ne serait-on pas charmé des grands événements et des bouleversements même qui font dire de si jolis mots ? — On suivit cette idée, on repassa les mots, les chansons faites sur tous les désastres de la France. La chanson sur la bataille d’Hochstedt fut trouvée mauvaise et quelques-uns dirent à ce sujet : Je suis fâché de la perte de cette bataille, la chanson ne vaut rien 2. » Ces propos, dont on ne faisait d’ailleurs nul mystère, se répandaient vite ; comment s’étonner que les Français aient un jour rompu violemment les liens qui les attachaient à la noblesse, alors qu’elle-même avait tout fait pour les dissoudre ?

Lorsqu’on songe aux tempêtes que la question religieuse déchaîna au temps de la Révolution, on est surpris de voir qu’elle ait assez peu préoccupé Chamfort, et que, dans ses remarques, le clergé n’ait guère tenu de place. Mais il faut songer que, durant le règne de Louis XVI, les querelles de religion restèrent, pour ainsi dire, assoupies. En 1788, Necker publia un livre sur Y Importance des idées religieuses. On le lut beaucoup, au témoignage

Page 1