Ed. Auguis, II
l'observateur et le moraliste 175
calcul, pour le plaisir. Déjà une gêne est née du besoin de l’ostentation. Mercier l’a remarqué avec justesse : « Les dépenses qu’entraînent le luxe et la manie des superfluités ont rendu tout le monde pauvre... Affaires, embarras, servitudes, projets, tout cela se lit sur les visages. Dans une société de vingt personnes, dix-huit s’occupent des moyens d’avoir de l’argent et quinze n’en trouveront point » Mais le monde a surtout cessé d’être plaisant, parce qu’il n’est plus un lieu de repos, de détente, un terrain neutre, où l’on oublie ses intérêts, son ambition ; il devient alors plus que jamais une arène, un champ clos pour les intrigues ; chaque salon aristocratique sert de prolongement à l’OEil-de-Bœuf ; partout il y a du manège ; nulle part il n’y en a plus que là même où il ne se laisse pas apercevoir : « Une vérité cruelle, mais dont il faut convenir, c’est que, dans le monde, et surtout dans un monde choisi, tout est art, science, calcul, même l’apparence de la simplicité, de lafacilité la plus aimable. J’ai vu des hommes dans lesquels ce qui paraissait la grâce d’un premier mouvement était une combinaison, à la vérité très prompte mais très fine et très savante. J’en ai vu associer le calcul le plus réfléchi à la naïveté apparente de l’abandon le plus étourdi 1 2. »
Aussi les hautes traditions de politesse de la société française vont se perdant de jour en jour. Chamfort l’a finement senti : « En parcourant les mémoires et monuments du siècle de Louis XIV,