‹ ChamfortChapitre 124 sur 207 · JEd. Auguis, I · texte numérisé non relu

JEd. Auguis, I

l’observateur et le moraliste

ou un air de rendre à la personne qu’on veut distinguer ce qu’elle mérite l. »

Ces hommes qui avaient désappris la politesse véritable, comment eussent-ils été capables de pratiquer l’art délicat de la vraie galanterie ? À cette époque on cite comme des exceptions curieuses ceux qui ont conservé ces anciennes traditions : le duc de Bouillon, le maréchal de Soubise, le duc de Coigny, le duc de Chabot et le comte de Vaudreuil. Dès longtemps, il est vrai, dès le début du xvme siècle, on ne s’était plus mis en peine de marquer du respect aux femmes qu’on voulait conquérir ; mais au moins on témoignait le désir de leur plaire par des égards, par des prévenances et, dans l’effronterie même, on les traitait avec une sorte de tendresse sensuelle. 11 semble que, sous Louis XVI, il ait été de bon ton de n’avoir plus pour elles qu’une indifférence méprisante et tranquille. Les maris ne font plus à leurs femmes l’honneur d’être jaloux, si elles ont des aventures. Lauzun, qui représente alors toutes les élégances, n’avaitpas vu sa femme depuis dix ans. Comme on lui demandait ce qu’il ferait si elle lui écrivait un jour : « Je viens de découvrir que je suis grosse », il réfléchit un moment et répondit : « Je lui écrirais : Je suis charmé d’apprendre que le ciel ait enfin béni notre union. Soignez votre santé, j’irai vous faire ma cour ce soir 2 ». On pourrait citer vingt mots du même genre. D’ailleurs les femmes légi-

1 . Mémoires et mélanges historiques et littéraires, tome IV, p. 71 (Paris, 1827, chez Ambroise Dupont, 5 voL in-8°).

Page 1