Ed. Augüis. I
CUAMFOHT
les femmes ne furent plus avides de haute culture intellectuelle : non seulement on voit alors pulluler les bureaux d’esprit, où l’on parle philosophie, théâtre, poésie, mais un nombreux auditoire féminin se presse aux leçons du Lycée et y suit ou feint d’y suivre les cours de Lavoisier et de Fourcroy. La comtesse de Voyer raffole de l’anatomie, et Mme de Coigny ne va point en voyage sans emporter, dans sa voiture, un cadavre à disséquer. Les hommes ne demeurent point en reste : les livres aus-tères de sciences, de linguistique, d’économie sociale, se débitent alors aussi bien que les romans et les petits vers; n’est- ce pas durant ces années que la contrefaçon livrait jusqu’à quarante éditions de Y Histoire philosophique des Indes de l’abbé Ravnal? Bien plus, les grands seigneurs ne dédaignent pas décomposer ou du moins de publier des livres sur les matières de politique et d’administration ; et le prince de Ligne en a connu qui se levaient à six heures du matin « pour écrire des mémoires contre les pigeons et les lapins 1 ». Enfin point de grande, ni de bonne maison qui n’ait son groupe familier de littérateurs, de savants ou de philosophes. Comment douter qu’une pareille société ait le respect et l’amour des choses de l’esprit? — Chamfort en doute pourtant ; parmi ces femmes qui tiennent un salon littéraire, combien peu aiment les lettres !' Combien sont disposées à juger du mérite d’un écrivain, comme cette Madame.... qui disait de L.... : « Je n’en fais pas grand cas, il ne