‹ ChamfortChapitre 128 sur 207 · Mélanges, etc., tom · texte numérisé non relu

Mélanges, etc., tom

l'observateur et le moraliste 181

vient pas chez moi ». Quelles déceptions on se ménage si on a la naïveté de faire état de leur jugement ! « Parmi cette classe d’hommes nés avec une imagination vive et une sensibilité délicate, plusieurs m’ont dit combien ils avaient été frappés de voir combien peu de femmes avaient de goût pour les arts, et particulièrement pour la poésie. Un poète connu par des ouvrages très agréables me peignait un jour la surprise qu’il avait éprouvée en voyant une femme pleine d’esprit., de grâces, de sentiment, de goût dans sa parure, bonne musicienne et jouant de plusieurs instruments, qui n’avait pas l’idée de lamesure d’un vers, du mélange des rimes, qui substituait à un mot heureux ou de génie un autre mot trivial et qui même rompait la mesure du vers 1 ! » Après cela, allez donc croire que leur goût pour les sciences et les hautes spéculations soit autre chose que de l’engouement ! Rien de superficiel comme cette prétendue ferveur scientifique : on feint de vouloir tout apprendre, mais on ne consent pas à rien étudier. «. De nos jours, un peintre fait votre portrait en sept minutes ; un autre vous apprend à peindre en trois jours ; un troisième vous enseigne l’anglais en quatre leçons. On veut vous apprendre huit langues, avec des gravures qui représentent les choses et leurs noms en dessous, en huit langues. Enfin, si on pouvait mettre ensemble les plaisirs, les sentiments ou les idées de la vie entière et les réunir en l’espace de vingt-quatre heures, on vous ferait avaler cette pilule et on vous

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