‹ ChamfortChapitre 136 sur 207 · Ed. Augdis, I · texte numérisé non relu

Ed. Augdis, I

l’éclat de son rang ou de sa réputation, outre qu’il faut bien des peines pour y parvenir, quoi déplus propre à détruire la liberté de nos pensées et de nos actes ? Un état dans le monde ! mais c’est pour un philosophe ce qu’une ville est pour les ïartares, c’està-dire une prison. « C’est un cercle où les idées se resserrent, se concentrent, en ôtant à l’âme et à l’esprit leur étendue et leur développement. Un homme qui a un grand état dans le monde a une prison plus grande et plus ornée ; celui qui n’y a qu’un petit état est dans un cachot1. » Quoi qu’on fasse, on reste toujours prisonnier de sa place, de son art, de son métier ; toujours ils laissent le pli, le stigmate de leur servitude : « Youlez-vous savoir jusqu’à quel point chaque état de la société corrompt les hommes ? Examinez ce qu’ils sont quand ils en ont éprouvé plus longtemps l’influence, c’est-à-dire dans la vieillesse. Voyez ce qu’est un vieux courtisan, un vieux prêtre, un vieux juge, un vieux procureur, un vieux chirurgien, etc.2 ? » Et cela est si vrai que ces marques, qui s’impriment dans les âmes, souvent aussi apparaissent même au dehors. Ne voit-on pas que « nombre de courtisans ont l’oeil faux par la même raison qui fait que la plupart des tailleurs sont cagneux 3 ? »

Pour qui veut suivre le développement du plan de conduite que se traçait Chamfort, il est donc aisé de reconnaître que, s’il prise l’abstention et le détachement, ce n’est pas tant parce qu’ils lui

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