‹ ChamfortChapitre 137 sur 207 · Ed. Auguis, I · texte numérisé non relu

Ed. Auguis, I

l’observateur et le moraliste

paraissent des moyens d’assurer son repos que les conditions de son indépendance au temps où il vivait. Le but où tend constamment son effort, c’est à développer en lui-même ce qu’il appelle le caractère, c’est-à-dire cette force de volonté par laquelle nous faisons de notre conduite l’expression meme de notre conscience, sans jamais permettre que rien puisse la fausser, l’affaiblir ou l’étouffer. « Ne tenir dans la main de personne, être l’homme de son cœur, de ses sentiments », rien ne lui paraît plus beau ; mais « c’est, dit-il, ce que j’ai vu de plus rare S). Dans la société, telle qu’elle est faite alors, il arrive, en effet, que « l’on fausse son esprit, sa conscience, sa raison comme on gâte son estomac 1 2 » et « l’on anéantit son propre caractère par crainte d’attirer les regards et l’attention 3 ». Voilà surtout ce dont il faut se garder : car « quiconque n’a pas de caractère n’est pas un homme, c’est une chose4 » . Loin d’effacer sa personnalité, on doit pour ainsi dire la poser et l’affirmer en face du monde. « On a trouvé le Moi de Médée sublime ; mais celui qui ne peut pas le dire dans tous les accidents de la vie, est bien peu de chose, ou plutôt ce n’est rien 5. » Et, par cette raison, tandis que Chamfort tient en défiance les inclinations et les passions qui nous exposent à subir les influences sociales ou mondaines, il se montre prêt à approuver des travers et des défauts

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