‹ ChamfortChapitre 142 sur 207 · Ed. Aüguis, I · texte numérisé non relu

Ed. Aüguis, I

CÜAMFORT

ils ravagent 1 ». Et c’est ainsi qu’à travers le long esclavage de la France s’est façonné le type du Français du xvme siècle : « Le caractère naturel du Français est composé des qualités du singe et du chien couchant. Drôle et gambadant, comme le singe, et dans le fond très malfaisant comme lui, il est, comme le chien de chasse, né bas, caressant, léchant son maître qui le frappe, se laissant mettre à la chaîne, puis bondissant de joie quand on le délivre pour aller à la chasse 2 ». Pour être vraiment un homme, il ne suffit donc pas de rendre son âme inaccessible ou indifférente aux atteintes du dehors. Résolument, il faut repousser l’injure, d’où qu’elle vienne. » Un homme du peuple, un mendiant peut se laisser mépriser sans donner l’idée d’un homme vil, si le mépris ne paraît s’adresser qu’à son extérieur; mais ce même mendiant, qui laisserait insulter sa conscience,fût ce par le premier souverain de l’Europe, devient alors aussi vil par sa personne que par son état 3. » Et si l’on ne peut attendre du monde ni dignités ni honneurs, on doit toujours exiger de lui qu’il respecte notre honneur et notre dignité : « Tout homme qui se connaît des sentiments élevés, a le droit, pour se faire traiter comme il convient, de partir de son caractère plutôt que de sa position 4 ». En dernier ressort, c’est bien la lutte et non pas l’abstention, non pas la paisible

Page 1