‹ ChamfortChapitre 143 sur 207 · Ed. Aucuis · texte numérisé non relu

Ed. Aucuis

l’observateur et le moraliste 197

jouissance de soi-même que conseille Chamfort. La vie, lorsqu’il a réfléchi, ne lui apparaît plus comme un jeu où il faut être le plus prudent, le plus habile, et, suivant le mot de Fontenelle, avoir toujours les jetons à la main, mais comme un combat, où l’on doit être le plus courageux. La défiance, le désabusement n’ont vraiment leur prix à ses yeux qu’autant qu’ils sont en quelque sorte une première forme de la résistance : « Un

homme doué d’énergie, d’élévation et de génie, écrivait, en 1874, MUe de Lespinasse, est, dans ce pays-ci, comme un lion enchaîné dans une ménagerie, et le sentiment qu’il a de sa force le met à la torture ; c’est un Patagon condamné à marcher sur les genoux ». Chamfort, qui avait compris que l’organisation sociale de son temps lui interdisait de déployer sa force, ne consentit point pourtant à rester à genoux ; c’est debout, sans plier, qu’il voulut vivre. Et, après avoir confondu la prudence avec la défiance, après l’avoir louée parce qu’elle peut dispenser du courage, il arrive à en donner une définition qui n’est autre que celle du courage même. « Il y a, dit-il, une prudence supérieure à celle qu’on qualifie ordinairement de ce nom : l’une est la prudence de l’aigle, l’autre celle des taupes, La première consiste à suivre hardiment son caractère avec les avantages et les inconvénients qu’il peut produire 1 . . . »

De pareils principes ne peuvent se concilier avec une misanthropie sans restriction, non plus

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