‹ ChamfortChapitre 149 sur 207 · Ed. Arguis, V · texte numérisé non relu

Ed. Arguis, V

CUAMFORT

d’avoir abandonné la tyrannie après avoir vécu de ses infâmes aumônes; mais l’honnête Chamfort a répondu à la calomnie par des arguments sans réplique. D’abord il a objecté qu’il ne devait à la cour que son existence, ensuite il a prouvé qu'il ne s’est jamais vendu qu’au souverain ; qu’aujourd’hui la nation est souveraine, que, par conséquent, il doit se vendre à la nation. Il s’est donc livré sans remords à tous les calculs de son patriotisme l. »

Ecoutez aussi Marmontel :

« Lorsqu’il crut voir ces fortunes et ces grandeurs au moment d’être renversées, aucun ne lui étant plus bon à rien, il fit divorce avec eux tous et se rangea du côté du peuple 2. »

Cette accusation semble peu ■vraisemblable lorsqu’on sait avec quelle insouciance Cbamfort a traversé les heures besogneuses de sa jeunesse. Mais la cupidité, comme sa première pension qu’il n’obtint qu’en 1784, aurait pu lui venir sur le tard, et c’est ce qu’il faut examiner.

Il ne lui eût pas été fort malaisé, semble-t-il, avec les relations qu’on lui connaît, de se faire largement renter par l’ancien régime. Faisons donc le compte de ses pensions. Après Mustapha et Zéangir, le roi lui accorda, sur les Menus, à titre de gratification annuelle, une somme de 1200 livres (6 novembre 1776) ; il cessa de la toucher à partir de 1779. Comme secrétaire de Mme Elisabeth, il obtient sa première pension (2000 livres) le 12 septembre 1784. Le 21 août 1786, Calonne lui fait donner par le roi une pension de 3200 livres, dans

1. Petit dictionnaire des grands hommes de la Révolution : cité par Lescure dans Rivarol et la Société française, p. 237-238, chez Plon.

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