‹ ChamfortChapitre 151 sur 207 · Ed. Auguis, V · texte numérisé non relu

Ed. Auguis, V

lettres qui engagerait à croire que l’argent ne lui fut pas chose indifférente :

« Je ne suis pas de ceux, écrit-il en 1784, qui peuvent se proposer de la poussière et du bruit pour objet et pour fruit de leurs travaux. Apollon ne promet qu’un nom et des lauriers : voilà ce que disait Boileau avec quinze mille livres de rente des bienfaits du roi, qui en valaient plus de trente d’à présent ; voilà ce que disait Racine en rapportant plus d'une fois de Versailles des bourses de mille louis. Cela ne laisse pas que de consoler de la haine des Pradon et des Boyer l. »

11 est vrai aussi que Chamfort, au témoignage de Marmontel, aurait dit un jour à Florian : « Ces gens-là doivent me procurer 20,000 livres de rente, je ne vaux pas moins que cela 2 ! » — Mais faut-il voir là les propos d’un avare ? Ne sont-ce pas plutôt des boutades d’un homme de lettres qui se dépite de rester pauvre, non parce qu’il souhaite la richesse, mais parce qu’il s’irrite en pensant que le mérite en est frustré ? Dans un passage du chapitre des Jugements , La Bruyère tient à peu près le même langage que Chamfort. Qui donc a songé à lui reprocher d’avoir eu l’âme vénale ?

Lorsque Chamfort vit que le Comité des Pensions de l’Assemblée nationale pouvait lui enlever sa modeste aisance, il n’en parut point troublé.

« Le lendemain du jour où l’Assemblée Constituante supprima les pensions, conte Rœderer, nous fûmes, lui et moi, voir Marmontel à la campagne. Nousle trouvâmes, et sa femme surtout, gémissant de la perte que le décret leur

Page 1