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passants ».I1 y a bien de ces ressentiments personnels sous les grandes théories politiques. On voudrait un cabriolet en 1782, et, ne l’ayant pas eu, on ne veut de cabriolet pour personne en 1792 l. »
Donc, au compte de Sainte-Beuve, si Chamfort n’a point souhaité la richesse pour lui-même, au moins a-t-il envié les riches, et ses doctrines démocratiques n’auraient servi qu’à masquer sa jalousie de niveleur. Mais ne semble-t-il pas excessif de conclure, sur une boutade, contre le caractère d’un homme ? Et d’ailleurs, si l’on a lu les journaux du temps, on s’aperçoit que le mot de Chamfort ne fut point dit pour donner le signal d’une Jacquerie. C’était alors une mode parmi les gens qui avaient voiture que de parcourir à fond de train les rues de Paris. Déjà, Mercier, dans son tableau cle Paris 2, s’était plaint de cette manie ; et les gazettes, dans leurs faits divers, rapportaient chaque jour des accidents causés par des cochers imprudents. L’écrasement des piétons était alors, comme nous dirions, une actualité. « Le docteur Retz, dit la Chronique scandaleuse (1791, tome Iü, page 150), a annoncé dans le Journal de Paris qu’il veut récompenser un cocher pour ne l’avoir point écrasé 3. » Pourquoi donc prendre le mot de Chamfort pour le cri de guerre d’un égalitaire farouche? C’est simplement le propos d’un bourgeois de Paris qui veut qu’un gouvernement populaire ne néglige pas d’assurer la sécurité dans la rue aux modestes piétons.