La Chronique scandaleuse , m. dccxci, tome III, p
Rien, en somme, n’autorise à croire qu’en embrassant la cause de laRévolution, Chamfort acédé à des mobiles intéressés, ou obéi à des passions mesquines et haineuses. Que ses ennemis politiques, que ses contemporains l’aient accusé de cupidité, d’ambition ou d’envie, passe encore ; ils ne connaissaient pas le recueil intime publié par Gin* guené. Mais, par ce recueil, nous savons, nous, avec quelle ardeur il aspirait vers la justice sociale ; nous devons comprendre l’enthousiasme avec lequel il accueillit un changement de régime qui pouvait rendre sa place au mérite et sa dignité au caractère. Il ne nous est plus permis de calomnier son âme.
Sans réserve, sans prudence, sans se garder la possibilité de retourner en arrière, Chamfort, dès les premiers jours, s’engagea dans les voies de la Révolution. Il n’exerça point de fonctions publiques, et l’on ne voit pas qu’il en ait brigué aucune. Mais il a beau ne s’être pas mis au premier plan, il n’en est pas moins un des plus ardents ouvriers de la première heure. Dès le début de 1 789, il n’a plus qu’une pensée, qu’un désir : le parti populaire, le triomphe du parti populaire. « C’était là, nous dit Sélis, le principe et le but de ses courses dans la ville, aux clubs, chez les chefs, chez les subalternes, de ses épigrammes, de ses rixes, de ses rêveries, et des sollicitudes qui le saisissaient même au jeu » *. 11 logeait alors au n" 18 des Arcades du Palais-Royal, c’est-à-dire en plein foyer révolution*