Ed. Auguis, II
Dans l’article que Rœderer écrivit sur Chamfort en 1795, et qu’il présente sous forme de conversation, il fait dire par l’interlocuteur avec lequel il est censé discuter : « Je ne le (Chamfort) mettrai pas au nombre des esprits sages qui ont prévu les conséquences des déclamations incendiaires, ni des âmes courageuses qui ont travaillé à empêcher les fureurs populaires, ni même des âmes sensibles qui en ont constamment gémi 1 ». Et Rœderer ne proteste point contre ce jugement. Il savait bien, en effet, que Chamfort avait professé des théories insurrectionnelles de la façon la moins réservée. Les désordres qui accompagnèrent les premières journées de la Révolution, ne lui inspirèrent ni répugnance, ni inquiétude : « Dans l’instant, disait-il, où Dieu créa le monde, le mouvement du chaos dut faire trouver le chaos plus désordonné que lorsqu’il reposait dans un désordre paisible. C’est ainsi que, chez nous, l’embarras d’une société qui se réorganise doit paraître l’excès du désordre 2 ». Ce serait assurément le trahir que de prétendre qu’il approuvât les violences populaires ; mais, s’il ne les approuve point, il ne les réprouve point non plus ; et il en parle sans indignation, sans sévérité même, parce qu’elles lui paraissent moins des crimes que des représailles. Après avoir rappelé certaines insolences aristocratiques du duc de Richelieu : « Il faut convenir, ajoute-t-il, que tous ces traits et tant d’autres effets immédiats d’une féroce arrogance, trop commune