Ed. Auguis, I
qu’il aimait à donner à sa pensée ; mais des indications de ce genre peuvent toujours paraître incertaines et trop discutables. On aurait plutôt de quoi se convaincre, en notant dans le Rapport cer tains traits qui appartiennent en propre à Çhamfort, des opinions qui lui sont particulières. Par exemple, je lis dans le Rapport : « La vérité est la morale de l’esprit, comme la justice est la morale du cœur »; et dans les Pensées : « La conviction est la conscience de l’esprit». Là je vois : « Il est mille fois prouvé qu’on ne sait réellement, qu’on ne voit clairement que ce qu’on découvre » ; et ici : « Ce qu’on sait le mieux, c’est ce qu’on a deviné » ; ou encore : « Ce que j’ai appris, je ne le sais plus. Le peu que je sais encore, je l’ai deviné ». Dans ses réflexions sur l’esclavage et la liberté en France avant et depuis la Révolution, il déclare que les Français n’ont pas, ne peuvent pas avoir d’histoire : « Il n’y a d’histoire digne d’attention que celle des peuples libres; l’histoire des peuples soumis au despotisme n’est qu’un recueil d’anecdotes ». Et l’auteur du Rapport parle et pense de même : « On offrira à leur mémoire (des enfants) l’histoire des peuples libres, l’histoire de France, ou plutôt desFrançais, quand il en existera une. » Ces rapprochements, qui paraissent significatifs, ne sont pas les seuls du même genre qu’on puisse établir.
Nous nous gardons bien d’ailleurs de prétendre que tout cela suffise pour pouvoir revendiquer hardiment au profit de Çhamfort la paternité du Rapport sur l’ Instruction publique .Mais il y a là, croyonsnous, de quoi renforcer le témoignage d’Arnault ;
or, par lui-même, ce témoignage paraît avoir déjà quelque autorité ; Arnault a pu être bien informé et son assertion ne surprend guère, lorsque l’on connaît la situation queChamfort occupait près de Tallevrand, lorsque surtout l’on songe que, préoccupé dès longtemps des questions d’éducation et passionné pour le bien public, il n’a pas dû manquer l’occasion de traiter un sujet qui l’attirait et qui intéressait si fort l’avenir de la Révolution.