‹ ChamfortChapitre 51 sur 207 · Causeries du Lund’, IV · texte numérisé non relu

Causeries du Lund’, IV

dans les termes les plus forts son dégoût du métier et de la vie d’homme de lettres, et qu’il a essayé de le justifier par des raisons qui méritent qu’on les examine et qu’on ‘les pèse.

Au commencement de 1784, quelques amis puissants s’occupaient de faire obtenir à Chamfort je ne sais quel emploi à la cour ; et, lui, songeant que, s’ils réussissaient, il lui faudrait rompre son silence et remettre son enseigne littéraire, faisait part de ses inquiétudes à son ami, l’abbé Roman, dans une lettre où l’on ne peut méconnaître l’accent de la sincérité : « Il est certain, lui disait-il, que je désire le non-succès d’un événement prétendu heureux, dont les suites, comme nécessaires, sont de me rengager dans une carrière pleine de misères et de dégoûts, de me faire exister pour le public que je méprise presque autant que les geps de lettres, leurs cabales, leurs noirceurs, leurs vanités absurdes, etc. ; de me faire ou manquer ou atteindre une célébrité, qui, grâce au ton régnant dans la littérature actuelle, n’est qu’une infamie illustre faite pour révolter un caractère décent1 ». Ces lignes contiennent le résumé des griefs de Chamfort contre le métier et la vie littéraires : voyons ce qu’ils valent.

La profession d’écrivain était-elle donc aussi pleine de misères qu’il le prétend ? — On peut, je crois, affirmer hardiment que l’homme de lettres qui, à cette époque, n’eût voulu rien attendre que de ses œuvres, ne pouvait pas espé-

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