Ed. Auguis, II
années de retraite
gents ; l’opinion publique contraignait le gouvernement à venir à leur aide. Mais les lenteurs calculées du ministère français, les répugnances de Louis XVI, déguisées à peine, prouvaient de reste à qui voulait voir que, dans les conseils du roi, l’on était hostile aux réformes populaires. Ceux qui, après Louis XV, les avaient attendues du jeune roi, pouvaient bien se sentir irrités et découragés; et ce découragement, Chamfort l’éprouva autant que personne et l’a énergiquement traduit : « Savezvous pourquoi, me disait M. de M...'. , on est plus honnête en France, dans la jeunesse et jusqu’à trente ans, que passé cet âge? C’est que ce n’est qu’après cet âge qu’on s’est détrompé; que, chez nous, il faut être enclume ou marteau ; que l’on voit clairement que les maux dont gémit la nation sont irrémédiables %.
Il aurait pu, il aurait dû, a-t-on dit, chercher de la consolation et du réconfort dans la production littéraire. « Le malheur de Chamfort, dès avant l’âge de quarante ans, remarque Sainte-Beuve, fut dans son inaction et dans sa stérilité 1 2 ! » Cette stérilité dont il aurait souffert venait, au dire de Sainte-Beuve, d’un vice originel de son talent qui était sec, étroit, de courte haleine et de courte portée. Que Chamfort fût incapable d’une production abondante, cela est possible, mais ne peut guère se prouver ; ce qui est certain, c’est qu’il a dit très haut qu’il voulait, non pas ne plus rien produire, mais ne plus rien publier; qu’il a exprimé