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Mémoires de Garat sur Suard (Paris, 1820, in

Les bons commis n’ont point d’ordinaire d’opinions personnelles ; celui-là ne faisait que traduire l’opinion de ses supérieurs, l’opinion des gens du monde.

Les libraires, éditeurs, entrepreneurs de journaux, ne pensent point autrement ; et de peur que les gens de lettres ne deviennent plus riches qu’il ne convient, ils les exploitent à l’envi. Brissot, à ce sujet, cite un mot bien caractéristique d’un libraire de la rue Saint-Jacques : « Que ne puis-je, s’écriait cet honnête commerçant, tenir dans un grenier Voltaire, Helvétius et Diderot sans culottes! Comme je gagnerais de l’argent ! Comme je les ferais travailler 1 2 I » Ses confrères n’eussent pas désavoué ce propos. Pour se rendre compte des profits que pouvait tirer un écrivain d’une notoriété modeste de la publication de ses œuvres, il n’est que de voir comment furent payés quelquesuns des auteurs les plus illustres pour leurs œuvres les plus retentissantes. La Nouvelle Héloïse, au dire de Brissot, fut achetée 4000 livres à Bousseau. Les libraires de Y Encyclopédie s’étaient engagés vis-à-vis de Diderot à lui servir d’abord une rente de quinze cents livres jusqu’à la fin de l’ouvrage, puis trois cent cinquante livres par volume de planches et trois cent cinquante livres par volume de discours, c’est-à-dire quinze mille francs qui devaient être payés dans l’intervalle de cinq ans \

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