Correspondance littéraire secrète , tome XI. p. 379 sqq
2. Le discours de réception de Chamfort à l’Académie française se trouve au tome I de l’édition Aüguis.
avait bien pu l’empêcher de rompre brusquement et complètement avec le monde ; mais elle n’avait point changé l’opinion qu’il s était faite de la société de son temps ; elle n’y avait pas songé sans doute et peut-être la partageait-elle elle-même. Ce qui est certain, c’est qu’un jour l’un et l’autre jugèrent qu’à Paris ou aux portes de Paris on ne pouvait se créer une solitude assez complète ; au printemps de 1783, tous les deux allèrent vivre au petit château de Vaudouleùrs, près d’Etampes. « Je vous ai déjà étonné, écrivait Chamfort à l’abbé Roman en 1784, en vous parlant d’un éternel adieu dit à la ville de Paris, l’année dernière. Oui, mon ami, c’en était fait, et j’ai vécu six mois en province, à la campagne, partagé entre l’amitié, un jardin et une bibliothèque. C’est presque le seul temps de ma vie que je compte pour quelque chose *. » Ce fut en effet une retraite véritable et non pas une simple villégiature de blasés. Point de parties bruyantes et magnifiques ; Vaudouleurs est une maison fort modeste, mais entourée d’eaux fraîches et de beaux ombrages ; tout y respire le repos. Point de passion non plus : Chamfort et Mme Buffon avaient tous les deux passé la quarantaine. « 11 n’y avait point d’amour, écrit Chamfort, parce qu’il ne pouvait y en avoir, puisqu’elle avait plusieurs années de plus que moi ; mais il y avait plus et mieux que de l’amour, puisqu’il existait une réunion complète de tous les rapports d’idées, de sentiments et de positions 2. » Mais, à défaut