‹ ChamfortChapitre 68 sur 207 · Ed. Auguis, V · texte numérisé non relu

Ed. Auguis, V

où je serai chezvous, elle me verrait aussi !... Je m’arrête, et ne puis plus écrire ; et c’est depuis qu’elle n’est plus, le moment le moins malheureux * . »

Plus tard il écrivit des vers à la mémoire de cette morte si chèrement aimée ; et le sentiment qui les dicta est si profond et si sincère que, cette fois au moins, Chamfort fut vraiment poète 1 2.

Cette retraite , pendant laquelle il connut le calme et la tendresse, n’est pas seulement un épisode singulier dans la vie aride et vainement agilée, que Chamfort mena comme presque tous les hommes de son temps ; ces deux ans de liaison avec Mme Buffon, surtout ces six mois de solitude à Vaudouleurs, comptent beaucoup dans l’histoire de son esprit et dans le développement de son talent. Loin des hommes et de leurs atteintes, les blessures qu’il en avait reçues devinrent moins cuisantes ; il songea moins à ses griefs personnels ; il voulut voir les choses de haut, se consoler des cruautés de l’expérience par l’exercice de sa pensée, et, pour tout dire en un mot, détourner sa vue des réalités pratiques pour rechercher les vérités spéculatives. Cette tentative fut vite interrompue ; il ne semble guère d’ailleurs que Chamfort pût y réussir. Elle lui fut utile pourtant, elle a son intérêt et mérite de nous arrêter.

C’est sans doute à ce moment qu’il écrivit les lignes suivantes :

« Je me suis réduit à trouver tous mes plaisirs en moimême, c’est-à-dire, dans le seul exercice de mon intelli-

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