‹ ChamfortChapitre 69 sur 207 · Ed. Auguis, V · texte numérisé non relu

Ed. Auguis, V

ANNÉES DE RETRAITE

gence. La nature a mis, dans le cerveau de- l’homme, une petite glande appelée cervelet, laquelle fait office d’un miroir ; on se représente, tant bien que mal, en petit et en grand, en gros et en détail, tous les objets de l’univers, et même les produits de sa propre pensée. C’est une lanterne magique dont l’homme est propriétaire, et devant laquelle se passent des scènes où il est acteur et spectateur. C’est là proprement l’homme ; là se borne son empire ; tout le reste lui est étranger l. »

Par ce passage même on voit que Chamfort n’eut point d’ambition métaphysique ; ce qu’il demande à la philosophie spéculative, c’est un divertissement, au sens où Pascal entendait ce mot ; il ne prétend nullement à se faire un système, mais examine les divers systèmes, et cherche en quoi leurs grandes conclusions répugnent ou conviennent à son intelligence.

Il semble que, d’une façon générale, il ait incliné vers le spiritualisme ; au moins ne trouve-t-on pas chez lui une seule ligne qui puisse faire croire qu’il ait jamais partagé les idées de Diderot ou d’Helvétius. Et pourtant, devant les dogmes qui sont à la base de la doctrine spiritualiste, il reste singulièrement hésitant et perplexe. Est-il déiste ? « Je ne me soucierais pas, dit-il quelque part, d’être chrétien ; mais je ne serais pas fâché de croire en Dieu 2. » Ailleurs il prend évidemment à son compte un mot de Diderot : '< Les athées sont meilleure compagnie pour moi, disait M. D***, que ceux qui croient en Dieu. À la vue d’un athée, toutes les demi-preuves de l’existence de Dieu me viennent

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