‹ ChamfortChapitre 76 sur 207 · Ed. Auouis, V, 2S · texte numérisé non relu

Ed. Auouis, V, 2S

mesure, même intime, avec les grands, sans qu’il ait jamais voulu compromettre son indépendance, trafiquer de leur amitié, mettre, en manière quelconque, à profit, sa situation 1 . »

Ce désintéressement lui donnait le droit de garder toute son indépendance, toute la liberté de son langage; il ne manquait pas d’user de ce droit. On a conservé de lui certains propos qui prouvent que sa franchise avec le grand seigneur, son ami, allait parfois jusqu’à la rudesse. « Se promenant, raconte Rœderer, sur le pont d’Amsterdam avec le comte de Choiseul et le comte de Vaudreuil, qui admiraient l’activité des crocheteurs et des charpentiers : Qu’est-ce, leur dit-il, qu’un gen. tilhomme français en comparaison de ces hommeslà 2 ? » Et comme, un jour, Vaudreuil lui reprochait de ne pas vouloir, malgré sa pauvreté, lui confier ses besoins : « Je vous promets, lui répondit-il, de vous emprunter cent louis quand vous aurez payé vos dettes » 3. Aux approches de la Révolution surtout, quand s’ouvrit, pour emprunter ses expressions, le grand procès entre vingt-cinq millions d’hommes et sept cent mille privilégiés, Chamfort ne déguisa point ses opinions et ne dissimula pas ses espérances. Comme tant d’autres membres de la noblesse, Vaudreuil s’était montré

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