‹ ChamfortChapitre 78 sur 207 · Ed. Aüguis, H · texte numérisé non relu

Ed. Aüguis, H

CUAMFORT

favorable aux idées des novateurs, tant qu’elles avaient été seulement un sujet d’entretien pour les gens d’esprit ; mais, au moment où elles allaient se transformer en passions armées et redoutables, il se troublait, ne voyait plus clair dans cette situation nouvelle : « Vous n’avez pas de taie dans l’œil, lui disait alors son ami, mais il y a un peu de poussière sur votre lunette 1 ».

Bientôt Vaudreuil, effrayé tout à fait, sejeta, sans réserve, dans le parti de la résistance. Lorsque Necker convoqua une seconde assemblée des notables, le 6 novembre 1788, pour délibérer sur la composition des Etats-Généraux et sur l’élection de leurs membres, le clergé et la noblesse repoussèrent le doublement du tiers. Et Vaudreuil pensa et parla alors comme les hommes de sa caste. 11 aurait voulu engager Chamfort à composer quelque badinage sur les débats de celte assemblée et sur l’objet même de ces débats ; mais celui-ci lui répondit par une fort belle lettre d’une gravité émue, où l’on peut voir qu’il n’attendit point que la Révolution fût triomphante ou même commencée pour se prononcer hautement en sa faveur.

« Ce n'est pas, dit-il à Vaudreuil, le moment de prendre les crayons de Swift ou de Rabelais, lorsque nous touchons peut-être à des désastres. »

Il montre ce qu’il y a d’injuste et de périlleux dans cette attitude de l’aristocratie, qui insulte à la nation en voulant lui « ravir le droit d’influer

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