Fd. Auguis, V
CIÏAMFORT
« Je ne vous embrasserai pas de longtemps, moi qui m’étais fait une si douce habitude de ne penser, de n’observer, de ne sentir qu’avec vous, de n’agir que sous vos yeux, de n’avoir qu’une âme avec mon meilleur et presque mon unique ami 1 *.
Et ailleurs :
« Si j’eusse eu le bonheur de vous connaître il y a dix
ans, combien ma marche eût été plus ferme ! J’ai
beaucoup gagné dans votre commerce, j’y gagnerai davantage : il est peu de jours, et surtout il n’est point de circonstance un peu sérieuse où je ne me surprenne à dire : Chamfort froncerait le sourcil, n’écrivons pas cela, ou : Ghamfort sera content, et alors la jouissance est doublée et centuplée 2. »
Que l’on dise, si l’on veut, que l’amitié engagea Mirabeau à s’exagérer la valeur morale de son ami ; car cette amitié fut très vive, et il apporta, dans ce sentiment, calme d’ordinaire, toute l’ardeur et toute la fougue de son âme : « Je reçois, mon cher ami, une lettre dont l’écriture a fait palpiter mon cœur comme celle d’une maîtresse lorsque j’avais
vingt ans Il est si doux de s’entendre répéter
qu’on est aimé de l’homme du monde qu’on aime, estime et respecte le plus 3 ! » Mais, sous peine de faire de Mirabeau le pire des comédiens et le plus plat des flatteurs, on ne saurait prétendre que ses protestations et ses louanges aient manqué de sincérité. — Il faut bien prendre garde d’ailleurs que cette amitié, si promptement qu’elle fût née, si vive qu’elle ait été, ne ressemble en rien à cer-