SUR LES FEMMES
A mesure que la philosophie fait des progrès, la sotti.-^c redouble ses efforts pour établir 1" empire des préjugéf^. \'oyez la faveur que le gouvernement donne aux idées de gentilhommerie. Cela est venu au point qu'il n'y a plus <jue deux états pour les femmes : femme de qualité ou fille ; le reste n'est rien. Nulle vertu n'élève une femme au-dessus de son état ; elle n'en sort que par le vice.
« Il me semble, disait M. de**" à proi30s des faveuis (les femmes, qu'à la vérité cela se dispute au concours, mais que cela ne se donne ni au sentiment ni au mérite. »
Les femmes d'un état mitoyen qui ont l'espérance ou la manie d'être quelque chose dans le monde n'ont ni le bonheur de la nature ni celui de l'opinion : ce sont les i lus malheureuses créatures que j'ai connues.
Si l'on veut se faire une idée de l 'amour-propre des femmes dans leur jeunesse, qu'on en juge par celui qui leur reste après C|u'elles ont passé l'âge de plaire.
Les jeunes femmes ont un malheur qui leur est comnv.;^ avec les rois : celui de n'avoir point d'amis ; mais heureusement, elles ne sentent pas ce malheur plus que les rois
eux-mêmes : la grandeur des uns et la vanité des autres leur en dérobent le sentiment.
Les femmes ont des fantaisies, des engouements, quelquefois des goûts ; elles peuvent même s'élever jusqu'aux passions : ce dont elles sont le moins susceptibles, c'est d'attachement. Elles sont faites pour commercer avec nos faiblesses, avec notre folie, mais non avec notre raison. Il existe entre elles et les hommes des sympathies d'épiderme, et très peu de sympathies d'esprit, d'âme et de caractère. C'est ce qui est prouvé par le peu de cas qu'elles font d'un homme de quarante ans, je dis même celles qui sont à peu près de cet âge. Observez que, quand elles lui accordent une préférence, c'est toujours d'après quelques vues malhonnêtes, d'après un calcul d'intérêt ou de vanité; et alors l'exception prouve la règle, et même plus que la règle. Ajoutons que ce n'est pas ici le cas de l'axiome : Qui yrouve trop ne prouve rien.
La société, qui rapetisse beaucoup les hommes, réduit les femmes à rien.
Mme de*** a été rejoindre son amant en Angleterre, pour faire preuve d'une grande tendresse, quoiqu'elle n'en eût guère. A présent les scandales se donnent par respect humain.
Qu'est-ce que c'est qu'une maîtresse? Une femme près de laquelle on ne se souvient plus de ce qu'on sait par cœur, c'est-à-dire de tous les défauts de son sexe.
Le temps a fait succéder, dans la galanterie, le piquant du scandale au piquant du mystère.
Les naturalistes disent que dans toutes les espèces animales la dégénération commence par les femelles : les philosophes peuvent appliquer au moral cette observation dans la société civilisée.
C'est à l'amour maternel que la nature a confié la conservation de tous les êtres, et, pour assurer aux mères
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leur récompense, elle Ta mise dans les plaisirs et même dans les peines attachés à ce délicieux sentiment.
Je me souviens d'avoir vu un homme quitter les filles d'opéra parce qu'il y avait, disait-il, autant de fausseté que dans les homiêtes femmes.
Avez-vous jamais connu une femme qui, voyant un de ses amis assidu auprès d'une autre fenunè, ait supposé que cette autre femme lui fût cruelle? On voit par là l'opinion qu'elles ont les unes des autres. Tirez vos conclusions.
'c Celui qui n'a pas vu beaucoup de filles ne connaît point les femmes », me disait gravement un hornme grand admirateur de la sienne, qui le trompait.
Les femmes ne donnent à l'amitié que ce qu'elles empruntent à l'amour.
Quelque mal qu'un homme puisse penser des femmes, il n'y a pas de femme qui n'en pense encore plus mal que lui.
Quelques hommes avaient ce qu'il faut pour s'élever audessus des misérables considérations qui rabaissent les hommes au-dessous de leur mérite ; mais le mariage, les liaisons de femmes, les ont mis au niveau de ceux qui n'approchaient pas d'eux. Le mariage, la galanterie, sont une sorte de conducteur qui fait arriver ces petites passions jusqu'à eux.
M. de PI..., étant en Angleterre, voulait engager une jeune Anglaise à ne pas épouser un homme trop inférieur à elle dans tous les sens du mot. La jeune personne écouta tout ce qu'on lui dit, et, d'un air fort tranquille : « Que voulez-vous? dit-elle, en arrivant, il change l'air de ma chambre. »
La femme qui s'estime plus pour les qualités de son âme ou de s-on esprit que pour sa beauté est supérieure à son sexe ; celle qui s'estime plus pour sa beauté que pour son esprit ou pour les qualités de son âme est de son sexe :
)iiais celle qui s'estime plus pour sa naissance ou pour son ang que pour sa beauté est hoi s de son sexe et au-dessous de son sexe.
Il paraît qu'il y a dans le cerveau des femmes une ca?e de moins et dans le cœur une fibre de plus que chez les hommes. Il fallait une organisation particulière pour hs rendre capables de supporter, soigner, caresser des enfants.
Une femme laide qui se pare pour se trouver avec de jeunes et jolies femmes fait, en son genre, ce que font,
lans une discussion, les gens qui craignent d'avoir le dessous : ils s'efforcent de changer habilement l'état de la
luestion. Il s'agissait de savoir quelle était la plus belle : la laide veut qu'on demande quelle est la plus riche.
On demande pourquoi les femmes affichent les hommes ; mu en donne plusieurs raisons dont la plupart .sont offenantes pour les hommes. La véritable, c'est cj[u'elles ne peu- \ ent jouir de leur empire sur eux par ce moyen.
Une âme fière et .honnête, C[ui a connu les passions forte?, les fuit, les craint, dédaigne la galanterie, comme l'âme qui a senti l'amitié dédaigne les liaisons communes et les petits intérêts.
Il est plaisant que le mot connaître une femme veuille 'lire coucher avec une femme, et cela dans plusieurs langues anciennes, dans les mœurs les plus simples, les plus approchantes de la nature, comme si on ne connaissait point une femme sans cela. Si les patriarches avaient fait cette découverte, ils étaient plus avancés qu'on ne croit.
Le commerce des hommes avec les femmes ressemble à ■ elui que les Européens font dans l'Inde : c'est un coirtmerce guerrier.
Les femmes font avec les hommes une guerre oii ceux-ci ont un grand avantage, parce qu'ils ont les filles de leur côté.
Soyez aussi aimable, aussi honnête qu'il est possible ; aimez la femme la plus parfaite qui se puisse imaginer : vous n'en serez pas moins dans le cas de lui pardonner ou votre prédécesseur ou votre successeur.
Il y a telle fille qui trouve à se vendre et ne trouverait pas à se donner.
'Pour qu'une liaison d'homme à femme soit vraiment intéressante, il faut qu'il y ait entre eux jouissance, mémoire ou désir.
Il y a telle femme qui s'est rendue malheureuse pour la vie, qui s'est perdue et déshonorée pour un amant qu'elle a cessé d'aimer parce (^u'il a mal ôté sa poudre, ou mal coupé un de ses ongles, ou mis son bas à l'envers.
Ce qui rend le commerce des femmes si piquant, c'est qu'il y a toujours une foule de sous-entendus, et que les sous-entendus qui entre hommes sont gênants ou du moins insipides, sont agréables d'un homme à une femme.
On dit communément : « La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu'elle a », ce qui est très faux : elle donne précisément ce qu'on croit recevoir, puisquen ce genre c'est l'imagination qui fait le prix de ce qu'on reçoit.
L'indécence, le défaut de pudeur, sont absurdes dans tout système : dans la philosophie qui jouit comme dans celle qui s'abstient.
J'ai remarqué, en lisant l'Ecriture, qu'en plusieurs passages, lorsqu'il s'agit de reprocher à l'humanité des fureurs ou des crimes, l'auteur dit : « Les enfants des hommes », et, quand il s'agit de sottises ou de faiblesses, il dit : « Les enfants des femmes. »
On serait trop malheureux si, auprès des femmes, on se souvenait le moins du monde de ce qu'on sait par cœur.
Il semble que la nature, en donnant aux hommes un goût pour les femmes entièrement indestructible, ait deviné
que, sans cette précaution, le mépris qu'inspirent les vices tle leur sexe, principalement leur vanité, serait un grand obstacle au maintien et à la propagation de l'espèce humaine.