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SUR L'ESPRIT

En France, tout le monde paraît avoir de l'esprit, et la raison en est simple : comme tout y est une suite de contradictions, la plus légère attention possible suffit pour les faire remarquer et rapprocher deux choses contradictoires. Cela fait des contrastes tout naturels, qui donnent à celui qui s'en avise l'air d'un homme qui a beaucoup d'esprit. Raconter, c'est faire des grotesques. Un simple nouvelliste devient un bon plaisant, comme l'historien un jour aura l'air d'un auteur satirique. t

Il y a des sottises bien habillées, comme il y a des sots très bien vêtus.

Il y a entre l'homme d'esprit méchant par caractère et l'homme d'esprit bon et honnête la différence qui se trouve entre un assassin et un homme du monde qui fait bien des armes.

C'est la plaisanterie qui doit faire justice de tous les travers des hommes et de la société ; c'est par elle qu'on évite de se compromettre ; c'est par elle qu'on met tout en sa place sans sortir de la sienne ; c'est elle qui atteste notre supériorité sur les choses et sur les personnes dont nous nous moquons, sans ciue les personnes puissent s'en offenser, à moins qu'elles ne manquent de gaieté ou de mœurs.

La réputation de savoir bien manier cette arme donne à Ihomme d'un rang inférieur, dans le monde et dans la meilleure compagnie, cette sorte de considération que les militaires ont pour ceux qui manient supérieurement l'épée. J'ai entendu dire à un homme d'esprit : « Otez à la plaisanterie son empire, et je quitte demain la société. » C'est une sorte de duel où il n'y a pas de sang versé, et qui, comme l'autre, rend les hommes plus mesurés et plus polis.

Celui qui ne sait point recourir à propos à la plaisanterie, et qui manque de souplesse dans l'esprit, se trouve très souvent placé entre la nécessité d'être faux ou d'être pédant, alternative fâcheuse à laquelle un honnête homme se soustrait, pour l'ordinaire, par de la grâce et de la gaieté.

C'est une règle excellente à adopter 5:ur Tait de la nillerie et de la plaisanterie que le plaisant et le railleur doivent être garants du succès de leurs plaisanteries à l'égard de la personne plaisantée, et que, quand celle-ci se fâche, l'autre a tort.

On n'imagine pas combien il faut d'esprit pour n'être jamais ridicule.

Un sot qui a un moment d'esprit étonne et scandalise, comme des chevaux de fiacre au galop.

Un homme d'esprit, s'apercevant qu'il était persiflé par deux mauvais plaisants, leur dit : « Messieurs, vous vous trompez, je ne suis ni sot ni bête ; je suis entre deux. »

Les trois quarts des folies ne sront que des sottises.

Sentir fait penser. On en convient assez aisément ; on convient moins que penser fasse sentir, mais ce n'est guère moins vrai.

La plus perdue de toutes les journées est celle où on n*a pas ri.

L'esprit n'est souvent au cœur que ce que la bibliothèf[ue d'un château est. à la personne du maître.

SUR L'ÏITAT SAUVAGE

On s'est beaucoup moque de ceux qui parlaient ave enthousiasme de l'état sauvage en opposition à l'état social ; ( ependant je voudrais savoir ce qu'on peut répondre à ces trois objections : Il est sans exemple que chez les sauvages on ait vu : 1" im fou, 2' un suicide, 3" un sauvage qui ait voulu embrasser la vie sociale ; tandis qu'un grand nombre d'Européens, tant au Cap que dans les deux Amériques, après avoir vécu chez les sauvages, se trouvant ramenés chez leurs compatriotes, sont retournés dans les bois.

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