PETIT?; DIALOGUES PHILOSOPHIQUES
//. Non, je n'y consentirai pas. J'ai le droit d y être enterré, d'y être enterré tout à l'heure.
.1. Monsieur, je suis un pauvz-e comédien de province qui veut rejoindre sa troupe: je n'ai pas de quoi...
B. Vieille ruse ! Monsieur, il n'y a point là d'invention, point de talent.
.1. Monsieur, je venais sur votre réputation,, .
B. Je n'ai point de réputation, et ne veux point en avoir.
A. Ah ! Monsieur !
B. Au surplus, vous voyez à quoi elle sert, et ce qu'elle rapporte.
-I. Vous aimez ~Si'' *** ; elle sera une riche héritière. B. Je l'ignorais : je croyais seulement qu'elle serait un riche héritage.
Le Notaire. Fort bien, Monsieur, dix mille écus de legs. Ensuite?
Le Mourant. Deux mille écus au notaire.
Ze Notaire. ^Monsieur, mais ori prendra-t-on l'argent de tous ces legs?
Le Mourant. Eh ! mais, vraiment, voilà ce qui m'embarrasse.
A. M""' ***, jeune encore, avait épousé un homme de soixante-dix-huit ans, qui lui fit cinq enfants.
B. Ils n'étaient peut-être pas de lui.
A. Je crois qu'ils en étaient, et je l'ai jugé à la haine que la mère avait pour eux.
A. Connaissez- vous ^NI"' de B... ?
B. Non.
.-1. Mais vous l'avez vue souvent?
B. Beaucoup.
.4. Eh bien?
B. Je ne l'ai pas étudiée.
A. J'entends.
• ' 1 CHAMFORÏ
CUtandre. Mariez-vous.
Damis. Moi ! point du tout. Je suis bien avec moi, je me conviens, et je me suffis. Je n'aime point, je ne suis point aimé. Vous voyez que c'est comme si j'étais en ménage, ayant maison et vingt-cinq pci\sonnes à souper tous les jours.
.1. ^I. de *** vous trouve une conversation charmante. B, Je ne dois pas mon succès à mon partner lorsque je cause avec lui.
A. Concevez-vous ^M. *** ? Comme il a été peu étonné d'une infamie qui nous a confondus !
B. Il n'est pas plus étonné des vices d'antrui que des
siens.
A. .Jamais la cour n'a été si ennemie des gens d'esprit.
B. Je le crois : jamais elle n'a été plus sotte ; et quand les deux extrêmes s'éloignent, le rapprochement est plus difficile.
Damon. Vous mariez-vous?
CUtandre. Quand je songe que, pour me marier, il faudrait que j'aimasse, il me paraît non pas impossible, mais difficile que je me marie; mais Cjuand je songe qu'il faudrait c|ue j'aimasse et que je fusse aimé, alors je crois qu'il est impossible que je me marie.
Damon. Pourquoi n'avez- vous rien dit quand on a parlé de M. ***?
CUtandre. Parce que j'aime mieux que l'on calomnie mon silence que mes paroles.
Madame de ***. Qui est-ce qui vient vers nous ? Madame de C... C'est M'" de Ber...
Madame de ***. Est-ce que vous la connaissez? Madame de C... Comment! vous ne vous souvenez donc pas du mal que nous en avons dit hier?
PETITS DIALOGrES PHILOSOPHIQUES . •• »
.4. Ne pensez- vous pas que le changement anivé dans la constitution sera nuisible aux beaux-arts?
B. Au contraire. Il donnera aux dmes, aux génies, un caractère plus ferme, plus noble, plus imposant. Il nous restera le goût, fruit des beaux ouvrages du siècle de Louis XIV, qui, se mêlant à l'énergie nouvelle qu'aura prise l'esprit national, nous fera sortir du cercle des petites conventions qui avaient gcné son essor.
A. Détournez la tête, voilà ]\f. de L...
B. N 'ayez pas peur : il a la vue basse.
.4. Ah! que vous me faites de plaisir! Moi, j'ai la vue longue, et je vous jure que nous ne nous renoontreron.^ jamais.