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ENTRE QUELQUES PERSONNES, APRÈS LA PREMIÈRE REPRÉSEN

lATiON DE l'opéra DES Danaîdes, par le baron de

TSCHOUDY.

.4. Il y a dans cet opéra quatre-vingt-dix-huit morts.

B. Comment?

C. Oui. Toutes les filles de Danaûs, hors Hypermnestre, et tous les fils d'Egyptus, hors Lyncée.

D. Cela fait bien quatre-vingt-dix-huit morts.

E., médecin de ^profession. Cela fait bien des morts; mais il y a en effet bien des épidémies.

F., 'prêtre de son métier. Dites-moi un peu, dans quelle paroisse cette épidémie s'est-elle déclarée? Cel^i a dû rapporter beaucoup au curé.

ENTRE d'aLEMBERT ET UN SUISSE DE PORTE

Le Suisse. Monsieur, où allez-vous?

D'Alembert. Chez M. de ***.

Le Suisse. Pourquoi ne me parlez-vous pas?

D'Alembert. Mon ami, on s'adresse à vous pour savoir si votre maître est chez lui.

Le Suisse. Eh bien donc?

D' Alemhert. Je sais qu'il y est, puisqu'il m'a donné rendez-vous.

Le Suisse. Cela est égal ; on parle toujours. Si on ne me parle pas, je ne suis rien.

~iH CHAMFORT

ENTRE LE NONCE PAIMPHILT Eï SON SECRÉTAIRE

Le Xonce. Qu'est-ce qu'on dit de moi dans le monde ?

Le Secrétaire. On vous accuse d'avoir empoisonné un tel, votre parent, pour avoir sa succession.

Le yonce. Je l'ai fait empoisonner, mais pour une autre raison. Après?

Le Secrétaire. D'avoir assassiné la Signora... pour vous avoir trompé.

Le Xo7ice. Point du tout: c'est parce que je craignais pour un secret que je lui avait confié. Ensuite?

Le Secrétaire. D'avoir donné la à un de nos pages.

Le Nonce. Tout le contraire : c'est lui qui me l'a donnée. Est-ce-là tout?

Le Secrétaire. On vous accuse de faire le bel esprit, de n'être point l'auteur de rotre dernier sonnet.

Le Xonce. Cazzo! Coquin ! sors de ma présence.

Anecdotes

M. de Voltaire, passant par Soissons, reçut la visite des députés de l'Académie de Soissons, qui disaient que cette académie était la fille aînée de l'Académie française. « Oui, Messieurs, répondit-il, la fille aînée, fille sage, fille honnête, qui n'a jamais fait parler d'elle. »

On disait à M..., académicien: « Vous vous marierez quelque jour. » Il répondit : « J'ai tant plaisanté l'Académie, et j'en suis; j'ai toujours peur qu'il ne m'arrive la même chose pour le mariage. »

On parlait de la dispute sur la préférence qu'on devait donner, pour les inscriptions, à la langue latine ou à la langue française. « Comment peut-il y avoir une dispute fur cela, dit M. B... ? — Vous avez bien raison, dit M. T... — Sans doute, reprit M. B... ; c'est la langue latine, n'est-il pas vrai? — Point du tout, dit M. T..., c'est la langue française. »

Un certain Marchand, avocat, homme d'esprit, disait : « On court les risques du dégoût en voyant comment l'administration, la justice et la cuisine se préparent. »

Un homme de lettres menait de front un poème et une affaire d'où dépendait sa fortune. On lui demandait comment allait son poème. « Demandez-moi plutôt, dit-il, comment va mon affaire. Je ne ressemble pas mal à ce gentilhomme qui, ayant iine affaire criminelle, laissait croître sa barbe, ne voulant pas, disait-il, la faire faire avant de savoir si sa tête lui appartiendrait. Avant d'être immortel, je veux savoir si je vivrai »

Une femme parlait emphatiquement de sa vertu, et ne voulait plus, disait-elle, entendre parler d'amour. Un homme d'esprit dit là-dessus : « A quoi bon cette forfanterie ? Ne peut-on pas trouver un amant sans dire tout cela T »

M. le chancelier d'Aguesseau ne donna jamais de privilège pour l'impression d'aucun roman nouveau, et n'accordait même de permission tacite que sous des conditions expresses. Il ne donna à l'abbé Prévost la permission d'impiimer les premiers \olumes de Clevdmid que sous la condition que Cleveland se ferait catholique au dei'nier volume.

;M. d'Alembert eut occasion de voir ^Ime Denis le lendemain de son mariage avec M. du Vivier. On lui demanda si elle avait l'air d'être heureuse. « Heureuse ! dit-il, je vous en réponds : heureuse à faire mal au cœur. »

« Comment trouvez-vous M. de...? — Je le trouve très aimable ; je ne l'aime point du tout. » L'accent dont le dernier mot fut dit marquait très bien la différence de l'homme aimable et de l'homme digne d'être aimé.

La jeune madame de M..., étant quittée par le vicomte de Noailles, était au désespoir, et disait : « J'aurai vraisemblablement beaucoup d'amants ; mais je n'en aimerai aucun autant que j"aime le vicomte de Noailles. »

Le marquis de Yillequier était des amis du grand Condé. Au moment où ce prince fut arrêté par ordre de la cour, le marquis de Yillequier, capitaine des gardes, était chez madame de Motteville lorsqu'on annonça cette nouvelle. « Ah ! mon Dieu ! s'écria le marquis, je suis perdu ! » Madame de Motteville, surprise de cette exclamation, lui dit : « Je savais bien que vous étiez des amis de M. le prince ; mais j'ignorais que vous fussiez son ami à ce point. — Comment ! dit le marquis de Yillequier, ne voyez- vous pas que cette exécution me regardait ; et, puisqu'on ne m'a point employé, n'est-il pas clair qu'on n'a nulle confiance en moi ? » Madame de Motteville, indignée, lui répondit : « Il me semble que. n'ayant point donné lieu à la cour de

soupçonner votre fiàélité, vous devriez n'avoir point cette inquiétude, et jouir tranquillement du plaisir de n'avoir point mis votre ami en prison. » Villequier fut honteux du mouvement, qui avait trahi la bassesse de son âme.

M. de La Popelinière se déchaussait un soir devant ses complaisants, et se chauffait les pieds ; un petit chien les lui léchait. Pendant ce temps-là, la société parlait d'amitié, d'amis : « Un ami, dit M. de La Popelinière montrant ?on chien, le voilà. »

M. de B. et M. de C. sont intimes amis au point d'être cités pour modèles. M. de B. disait un jour à M. de C. : « Ne t'est-il point arrivé de trouver, parmi les femmes que tu as eues, quelque étourdie qui t'ait demandé si tu renoncerais à moi pour elle, si tu m'aimais mieux qu'elle ? — Oui, répondit celui-ci. — Qui donc? — Madame de M...» C'était la maîtresse de son ami.

M. de B... voyait madiime de L... tous les jours ; le bruit courut qu'il allait l'épouser. Sur quoi, il dit à l'un de ses amis : « Il y a peu d'hommes Cju'elle n'épousât pas plus volontiers que moi, et réciproquement : il serait bien étrange que, dans quinze ans d'amitié, nous n'eussions pas vu combien nous sommes antipathiques l'un à l'autre. »

« Je repoucse, disait M..., les bienfaits de la protection. Je pourrais peut-être recevoir et honorer ceux de l'estime ; mais je ne chéris que ceux de l'amitié. »

La nature, en nous accablant de tant de misères, et en nous donnant un attachement invincible pour la vie, semble en avoir agi avec l'homme comme un incendiaire qui mettrait le feu à notre maison après avoir posé des sentinelles à notre porte. Il faut que le danger soit bien grand pour nous obliger à sauter par la fenêtre.

Le jour do. U mort de madame de Châteauroux, Louis XV paraissait accablé de chagrin ; mais ce qui est extraordinaire, c'est le mot par lequel il le témoigna : Etre malheureux pendant quatre-vingt-dix ans! car je suis

ij-ri CHAMFORT

.f//r que je vivrai jusque-là. Je l'ai ouï raconter par madame de Luxembourg, qui l'entendit elle-même, et elle ajoutait : « Je n'ai raconté ce trait que depuis la mort de Louis XV. » Ce trait méritait pourtant d'être su, pour le singulier mélange qu'il contient d'amour et d'égoïsme.

M. de L... me disait, relativement au plaisir des femmes, que, lorsqu'on cesse de pouvoir être prodigue, il faut devenir avare, et qu'en ce genre, celui qui cesse d'être riche commence à être pauvre. « Pour moi, dit-il, aussitôt que j'ai été obligé de distinguer entre la lettre de change payable à vue et la lettre de change payable à échéance, j'ai quitté la banque. »

M..., à qui on offrait une place dont quelques fonction? blessaient sa délicatesse, répondit : « Cette place ne convient ni à l'amour-propre que je me permets ni à celui que je me commande. »

« L'homme, disait !M..., est un sot animal, si j'en juge par moi. »

Voltaire disait, à propos de V Anti- Machiavel du roi de Prusse : « Il crache au plat pour en dégoûter les autres. »

Un homme disait à table : « J'ai beau manger, je n'ai plus faim. »

Une femme d'esprit, voyant à l'Opéra une Arraide difforme et un Renaud fort laid, dit : « Voilà des amants qui ne paraissent pas s'être choisis, mais s'être restés quand tout le monde a fait un choix. »

yi. d'Argenson, apprenant, à la bataille de Raucoux. qu'un valet d'armée avait été blessé d'un coup de canon derrière l'endroit où il était lui-même avec le roi, disait : « Ce drôle-là ne nous fera pas l'honneur d'en mourir. »

On offrait à ]\L.. une place lucrative qui ne lui convenait pas. Il répondit : « Je sais qu'on vit avec de l'argent : mais je sais au.ssi qu'il ne faut pas vivre pour de l'argent. »

M. d'Argenson disait à ]M. le comte de Sébourg, qui était l'amant de sa fempio : « II y a deux places qui vous conviendraient également : le gouvernement de la Bastille, et celui des Invalides. Si je vous donne la Bastile, tout le monde dira que je vous y ai envoyé ; si je vous donne les Invalides, on croira que c'est ma femme. »

M... disait qu'il y avait tels ou tels principes excellents pour tel ou tel caractère ferme et vigoureux, et qui ne vaudraient rien pour des caractères d'un ordre inférieur. Ce ?ont les armes d'Achille qui ne peuvent convenir c|u'à lui, et sous lesquelles Patrocle lui-même est opprimé.

L'abbé Arnaud avait tenu autrefois sur ses genoux une petite fille, devenue depuis madame du Barry. Un jour, elle lui dit qu'elle voulait lui faire du bien ; elle ajouta : « Donnez-moi un mémoire. — Un mémoire? lui dit-il ; il est tout fait ! le voici : je suis l'abbé Arnaud. »

.J"ai entendu un dévot, parlant contre des gens qui discutaient des articles de foi, dire naïvement : « Messieurs, un vrai chrétien n'examine point ce que l'on ordonne de croire. Tenez, il en est de cela comme d'une pilule amère : si vous la mâchez, jamais vous ne pourrez l'avaler. »

« Les athées sont meilleure compagnie pour moi, disait !NL D..., que ceux qui croient en Dieu. A la vue d'un athée, toutes les demi-preuves de l'existence de Dieu me viennent à l'esprit ; et, à la vue d'un croyant, toutes les demipreuves contre son existence se présentent à moi en foule. »

]M. de L. . . , pour détourner madame de B. . . , veuve depuis quelque temps, de l'idée du mariage, lui dit : « Savezvous que c'est une bien belle chose de porter le nom d'un homme qui ne peut plus faire de sottises "! »

M... avait, pour exprimer le mépris, une formule favorite : « C'est l'avant-dernier des hommes. — .Pourquoi l 'avant-dernier? lui demandait-on. — Pour ne décourager personne : car il y a presse. »

On demandait à madame de Rochefort si elle aurait envie de connaître l'avenir : « Non, dit-elle : il ressemble trop au passé. »

Madame d'Esparbès couchant une nuit avec Louis X\ , le roi lui dit : « Tu as couché avec tous mes sujets. — Ah ! Sire ! — Tu as eu le duc de Choiseul. — Il est si puis sant ! — Le maréchal de llichelieu. — Il a tant d'esprit î — Manville. — Il a une ri belle jambe ! — A la bonne heure ; mais le duc d'Aumont, qui n'a rien de tout cela ? — Ah ! Sire, il est si attaché à Votre ^lajesté ! »

Un vieillard, me trouvant trop sensible à je ne sais quelle injustice, me dit : « Mon cher enfant, il faut apprendre de la vie à souffrir la vie. »

On accusait un jeune homme de la cour d'aimer les filles avec fureur. Il y avait là plusieurs femmes honnêtes et considérables, avec qui cela pouvait le brouiller. Un de ses amis, qui était présent, répondit : « Exagération ! méchanceté ! il a aussi des femmes. »

Louis XV demandait au duc d'Ayen (depuis maréchal de Xoailles) s'il avait envoyé sa vaisselle à la Monnaie. Le duc répondit que non. « Moi, dit le roi, j'ai envoyé la mienne. — Ah ! Sire, dit M. d'Ayen, quand Jésus-Christ mourut le vendredi saint, il savait bien qu'il ressusciterait le dimanche. »

Madame de... disait de M. B... : « Il est honnête, mais médiocre et d'un caractère épineux : c'est comme la perche, blanche, saine, mais insipide et pleine d'arêtes. »

M. de L... parlait à son ami M. de B..., homme très respectable, et cependant très peu ménagé par le public ; il lui avouait les bruits et les faux jugements qui couraient sur son compte. Celui-ci répondit froidement : « C'est bien à une bête et à un coquin comme le public actuel à juger u.n caractère de ma trempe ! »

M..., jeune homme, me demandait pourquoi madame de B... avait refusé son hommage, qu'il lui offrait, pour

courir après celui de ^I. de L..., qui semblait se refuser à ses avances. Je lui dis : « Mon cher ami, Gênes, riche et puissante, a offert sa souveraineté à plusieurs rois, qui l'ont refusée ; et on a fait la guerre pour la Corse, qui ne produit que des châtaignes, mais qui était fière et indépendante. »

Un plaisant, ayant vu exécuter en ballet, à l'Opéra, le fameux Qu'il mourut de Corneille, pria Noverre de faire danser les Maximes de La Kochefoucauld.

Un homme très pauvre, qui avait fait un livre contre le gouvernement, disait : « Morbleu ! la Bastille n'arrive point ; et voilà qu'il faut tout à l'heure payer mon terme ! »

M. Helvétius dans sa jeunesse était beau comme l'Amour. Un soir qu'il était assis dans le foyer et foi" tranquille, quoique auprès de mademoiselle Gaussin, un célèbre financier vint dire à l'oreille de cette actrice, assez haut pour que Helvétius l'entendît : « Mademoiselle, vous serait-il agréable d'accepter six cents louis en échange de quelques complaisances? — Monsieur, répondit-elle assez haut pour être entendue aussi, et en montrant Helvétius, je vous en donnerai deux cents si vous voulez venir demain matin chez moi avec cette figure-là. »

Je demandais à M... s'il se marierait. Il me répondit : a Pourquoi faire? pour payer au roi de France la capitation et les trois vingtièmes après ma mort? »

M. de Th..., pour exprimer l'insipidité des bergeries de M. de Florian, disait : « Je les aimerais assez s'il y mettait des loups. »

Le curé de Saint- Sulpice étant allé voir madame de Mazarin pendant sa dernière maladie pour lui faire quelques petites exhortations, elle lui dit en l'apercevant : a Ah ! monsieur le curé, je suis enchantée de vous voir ; j'ai à vous dire que le beurre de l'Enfant- Jésus n'est plus à beaucoup près si bon : c'est à vous d'y mettre ordre, puis que l'Enfant- Jésus est une dépendance de votre église. »

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