‹ ChamfortChapitre 41 sur 57 · HASSAN, ZAYDE · texte numérisé non relu

HASSAN, ZAYDE

Hassan

Vous êtes descendue bien tard, ma chère Zayde ?

Zayde Je me suis amusée à voir, du haut de mon pavillon, les vaisseaux rentrer dans le port. J'ai cru remarquer plus de tumulte qu'à l'ordinaire. Serait-ce que nos corsaires auraient fait quelque prise ?

Hassan Il y a longtemps qu'ils n'en ont fait, et, en vérité, je n'en suis pas fâché. Depuis qu'un chrétien m'a délivré d'esclavage et m'a rendu à ma chère Zayde, il m'est impossible de les haïr.

Zayde Et pourquoi les haïr ? Parce qu'ils ne connaissaient pas notre saint prophète ? Ne sont-ils pas assez à plaindre ? D'ailleurs je les aime, moi ; il faut que ce soient de bonnes gens, ils n'ont C[u'une femme : je trouve cela très bien.

Ha55.\n, souriant Oui, mais en récompense...

Z.WDE

Quoi?

Hassan

Eien. (.4 'part.) Pourquoi lui dire cela? C'est détruire une idée agréable. [Tout haut.) J'ai fait vœu d'en délivrer un tous les ans. Si nos gens avaient fait quelques esclaves aujourd'hui, qui est précisément l'anniversaire de mon mariage, je croirais que le Ciel bénit ma reconnaissance.

Zayde

Que j'aime votre libérateur sans le connaître! Je ne le verrai jamais... je ne le souhaite pas au moins.

le marchand de smyrne 11,'}

Hassan

Son image est a jamais gravée dans mon cœui'. Quelle âme!... Si vous aviez vu... On rachetait quelques-uns de nos compagnons ; j'étais couché à terre ; je songeais à vous, et je soupirais. Un chrétien s'avance et me demande la cause de mes larmes. « J'ai été arraché, lui dis- je, à une maîtresse que j'adore; j'étais près de l'épouser, et je mourrai loin d'elle, faute de deux cents sequins. » A peine eus-je dit ces mots, des pleurs roulèrent dans ses yeux. « Tu es séparé de ce que tu aimes! dit-il; tiens, mon ami, voilà deux cents sequins ; retourne chez toi, sois heureux, et ne hais pas les chrétiens. » Je me lève avec transport, je retombe à ses pieds, je les embrasse ; je prononce votre nom avec des sanglots ; je lui demande le sien pour lui faire remettre son argent à mon retour. « Mon ami, me dit-il en me prenant par la main, j'ignorais que tu pusses me le rendre ; j 'ai cru faire une action honnête : permets qu'elle ne dégénère pas en simple prêt, en échange d'argent. Tu ignoreras mon nom. » Je restai confondu, et il m'accompagna jusqu'à la chaloupe, où nous nous séparâmes les larmes aux yeux.

Zayde Puisse le ciel le bénir à jamais ! Il sera heureux, sans doute, avec une âme si sensible !

Hassan

Il était près d'épouser une jeune personne qu'il devait aller chercher à ^Nfalte.

Zayde Comme elle doit l'aimer !

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