SCÈNE lïl HASSAN, ZAYDE, FATME
Zayde Fatmé, que viens-tu donc nous annoncer? Tu parais hoi! d'haleine.
Fatmé Il vient d'arriver des esclaves chrétiens. Cet Arménien dont vous êtes fâché d'être le voisin, et que vous méprisez tant parce qu'il vend des hommes, en a acheté une douzaine, et en a déjà vendu plusieurs.
Hassan
Voici donc le jour où je vais remplir mon vœu ! J'aurai le plaisir d'être libérateur à mon tour.
Zayde Mon cher Hassan, sera-ce une femme que vous délivrerez ?
Hassan, souriant Pourquoi? Cela vous inquiète : vous craignez que l'exemple...
Zayde Xon, je suis sans alarmes. J'espère que vous ne me donnerez jamais un si cruel chagrin. Vous ne m'entendez pas. Sera-ce un homme?
Hassan
Sans doute.
Zayde Pourquoi pas une femme ?
Hassan C'est un homme qui m'a délivré.
Zayde C'est une femme que vous aimez.
Hassan Oui... Mais, Zayde, un peu de conscience. Un pauvre homme en esclavage est bien malheureux ; au lieu qu'une femme, à Srayrne, à Constantinople, à Tunis, en Alger. n'est jamais à plaindre. La beauté est toujours dans sa patrie. Allons, ce sera un homme si vous voulez bien.
Zayde Soit, puisqu'il le faut.
le makchand de smyrne 115
Hassan
Adieu. Je me hâte d'aller chercher ma bourse ; il ne faut pas qu'un bon musulman paraisse devant un Arménien sans argent comptant, et surtout devant un avare comme celui-là. -
SCÈNK IV ZAYDE, FATMË
Mon mari a quelque dessein, ma chère Fatmé ; il me prépare une fête. Je fais semblant de ne pas m'en apercevoir, comme cela se pratique. Je veux le surprendre aussi, moi. J'entends du bruit : c'est sûrement Kaled avec ses esclaves. Je ne veux pas voir ces malheureux : cela m'attendrirait trop. Suis-moi et exécute fidèlement mes ordres.