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WAS-IST-DAS

est-ce bien toi, Bertholin? Folle que je suis... fatal pressentiment!... oh! si j'étais trompée!... C'est bien loi, Bertholin, réponds-moi? je t'en prie, parle-moi, est-ce toi, Bertholin? est-ce toi?...

Laisse-moi toucher ta figure, Bertholin n'a pas de barbe; oh ! si j'étais trompée!...

— La belle, dit alors l'énigme à pleine voix, la morale de ceci est qu'il ne faut pas recevoir ses amants sans flambeau.

A cet accent inconnu, Apolline tomba de sa hauteur sur le plancher.

Quand, revenue de son anéantissement, elle eut recueilli ses esprits et ses forces, elle se traîna sans bruit jusqu'à la croisée, un rayon de la lune glissant dans la chambre éclairait la tête de l'homme qui dormait profondément dans un fauteuil. Apolline, tremblante, le considéra : il était vêtu de noir, portait baissée une tête blême, où pleuvaient des cheveux roux ; ses yeux étaient caverneux, son nez long et en fer de lance , ses joues étaient accoutrées de favoris rouges, taillés carrément comme des souspieds.

— Quel est cet homme? se disait cette malheureuse enfant. Oh ! l'infâme Bertholin, c'est lui qui m'a fait cette abomination!... à qui croire? ah! c'est affreux que de tromper ainsi !...

Sur la poitrine de l'inconnu elle sentit un portefeuille ; tout au monde elle aurait donné pour pou-

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voir le soustraire, espérant par-là découvrir son suborneur ; mais c'était impossible , son habit était croisé et boutonné jusqu'en haut.

En cette fatale angoisse elle maudissait Bertholin et Dieu.

Enfin, accablée par le chagrin, le sommeil, elle s'accroupit de nouveau et s'assoupit sur le plancher trempé de ses larmes.

Quand elle s'éveilla, il faisait grand jour, le fauteuil était vide, elle était seule, face à face avec sa honte.

Le portier monta dans la Journée chez Apolline pour lui remettre un sac d'argent : c'était la somme que Bertholin devait lui faire parvenir incognito après son départ ; car il redoutait qu'avant son retour, cette malheureuse, sans ressource, ne succombât sous le besoin.

— De quelle part? demanda Apolline.

— Je ne sais, mademoiselle, un inconnu vient de me l'apporter pour vous, sans dire plus.

— Remportez cet argent!

— Je ne puis, on m'a bien dit : pour mademoiselle Apolline.

— Remportez-le, vous dis-je !

DE LARGENTIERE

Le bon homme était tout interdit.

Apolline, fière et noble, le repoussait d'autant plus durement, qu'elle présumait en son cœur que c'était le prix de son déshonneur, que l'homme de la nuit tarifait pour l'humilier encore et l'avilir plus bas.

Mais le portier, tout en s'excusant, jeta le sac sur la table et se retira précipitamment.

Tout le jour, Apolline fut aux aguets ; elle écouta si elle n'entendrait point, au-dessous, dans l'appartement de Bertholin, quelque bruit, marcher, remuer des meubles, ouvrir les portes ou les fenêtres, mais vainement. Ainsi, elle épia plusieurs jours de suite, sans plus de succès. Enfin elle se hasarda, un soir, de descendre heurter ; pas de réponse : Bertholin avait emmené ses domestiques avec lui.

L'ambroglio se compliquait, et la pauvre Apolline y perdait la tête : — A-t-il déménagé? se disait-elle, mais je l'aurais entendu; aurait-il quitté Paris? et, avant son départ, aurait-il comploté avec un de ses intimes l'affreuse fourberie... Oh non! c'est impossible. Il serait donc bien faux et bien méchant! Oh non ! Bertholin est un homme sensible et vrai... Qui m'expliquera tout cela? Elle allait, dans sa perplexité, jusqu'à douter d'elle-même, et se demander si son regard ne l'avait point trompée dans les ténèbres et si ce n'était point Bertholin lui-même qui s'était offert étranger à son imagination frappée. — Pourtant ce n'étaient point ses traits ; je ne rêvais pas : pourtant

ce n'était pas sa voix, pourtant ce n'étaient pas ses manières élégantes; oh non! ce n'était point lui.

Une semaine environ après cette mésaventure, Apolline reçut une lettre datée du Mont-Blanc; elle était de Bertholin, et s'exprimait ainsi :

Pardon, ma belle future, si je suis parti sans vous avoir baisé les mains ; j'ai voulu nous épargner des adieux pénibles. Appelé à la préfecture du Mont- Blanc, je suis allé prendre possession de mon royaume. J'espère, avant quinze jours, revoler près de vous consacrer notre union secrètement, et aussitôt repartir pour ce pays qui, je pense, ne vous déplaira point. Vous n'avez pas eu sans doute la maladroite fierté de repousser la faible somme qu'on doit vous avoir remise d'une part invisible ; vous êtes mon épouse, et je souffrirais trop de vous savoir des privations.

Cette lettre ne fit qu'accroître l'embarras d'Appoline : après tant de belles démonstrations, elle n'osait plus accuser Bertholin de noire perfidie ; et cependant, à l'heure dite du rendez-vous, bien informé, un autre était venu en son nom la violenter. Mystère inextricable! la raison la plus plausible était que son billet avait pu s'être égaré entre les mains d'un étranger.

Quelque temps après cette première lettre de Bertholin, elle en reçut une autre, où il lui annonçait que, surchargé de travaux imprévus, il était forcé de retarder son départ.

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A cette époque, Apolline commença à ressentir un malaise général. Dégoûtée de tout aliment, il lui prenait souvent des tranchées et des vomissemens; son inquiétude devint grande. Un médecin lui conseilla l'usage du safran, qui n'eut aucun résultat ; alors il la déclara tout net en grossesse. A cette nouvelle, Apolline tomba dans la consternation et le désespoir.

Nuit et jour, elle pleurait amèrement. Sa position devenait bien cruelle. Beriholin lui avait enfin annoncé son retour; et, d'heure en heure, elle s'attendait à le revoir. Que faire en cette fatale conjoncture? Lui cacher et le duper était chose difficile et malhonnête ; lui déclarer tout franchement, c'était tout perdre, et cependant sa délicatesse ne lui laissait que ce parti. Aussi résolut-elle de lui confesser sans déguisement dès son arrivée, et peut-être espérait-elle que sa générosité lui pardonnerait une faute désespérante, commise pour lui et par lui.

Enfin, Bertholin reparut : dès l'abord, il remarqua un grand changement en elle, une tristesse, un air guindé à son vis-à-vis, une altération et un amaigrissement dans ses beaux traits. Il la comblait de tant de caresses et de tant d'amour, que, malgré sa résolution ferme, Apolline n'osait entamer son aveu : vingt fois le premier mot expira sur ses lèvres tremblantes ; elle n'osait jeter un si grand désenchantement à un homme si grandement épris. Bertholin

s'inquiétait aussi, et ne savait à quoi attribuer tant de larmes.

L'heure de frapper le coup sonna : les préparatifs et les démarches légales étaient faits ; le mariage était fixé au samedi suivant ; c'était à Saint-Sulpice, à minuit, que, devant deux ou trois témoins, ils devaient, en grand négligé, recevoir la bénédiction nuptiale, pour partir le matin même.

Le jeudi soir, Bertholin invita Apolline à descendre en son appartement, et joyeux, la conduisit, dans le salon : le guéridon et le sopha étaient couverts d'étoffes, de châles, de parures, de bijoux.

— Voici, ma belle, quelques présens que vous offre votre humble époux, puissent-ils vous être agréables.

Apolline se prit tout à coup à sangloter, et resta morne à l'entrée.

— Qu'avez-vous, mon amie? approchez, tout cela est à vous! Aimez-vous cette robe de velours bleu Marie-Louise, cette jeannette d"or, ces bracelets de corail, ce cachemire boiteux?...

Alors Apolline tomba de sa hauteur sur les genoux. • — O Bertholin! Bertholin! si vous saviez?... • — Qu'avez-vous, mon enfant?

— Si vous saviez combien je suis indigne de tout cela? N'est-ce pas, o mon Dieu! qu'il faut tout lui dire? Je ne sais pas tromper, Bertholin ! Oh ! si vous saviez? vous chasseriez du pied celle que vous appelez votre épouse !

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Il était pétrifié.

— Ecoutez ! peut-être êtes-vous coupable de mon crime ? Regardez ! ! !

Disant cela elle arrachait son châle et sa robe plisséc qui voilaient sa grossesse.

— Regardez donc!... Faudra-t-il que je dise ma honte?...

— Abomination!... Vous enceinte, Apolline? Ah! c'est infâme que d'avoir abusé ainsi un vieillard généreux !

Voilà donc l'épouse ! la vierge ! que par pitié j'avais choisie! fille de rien! que je voulais grandir!... prostituée ! ! !

— Mille fois mourir plutôt!... criait Apolline se traînant à ses pieds.

Ecoutez-moi, au nom de Dieu ! vous me tuerez après ! Ecoutez-moi donc, o mon père ! écoutez la vérité.

— Te tairas-tu, effrontée?...

— Dieu voit mon innocence et votre crime, car j'étais pure avant de vous connaître

— Infâme !...

— Car j'étais pure quand vous m'avez élue votre épouse, c'est vous qui m'avez perdue ; écoutez !

Avant votre départ, vous me demandâtes rendezvous, un soir, chez moi, je l'accordai. A neuf heures on heurte à ma porte, j'ouvre et reçois dans l'obscurité; je croyais que c'était vous, mon Bertholin ! Ce

démon contrefaisait votre voix et me trompa. Après un long combat, je succombai, croyant m'abandonner à vous Il me viola !...

— Apolline, vous en avez menti!...

— Quand ce monstre eut consommé sur moi son attentat, lui-même il m'arracha de mon erreur. A la lueur de la lune, je distinguai ses traits : il était blême, avait les cheveux roux, les favoris rouges, les yeux caverneux; il était grand et vêtu de noir.

— Apolline, vous en avez menti!...

— O mon père, croyez-moi !...

— Vous en avez menti !

— Je le jure par ce Christ, par ma mère qui m'entend là-haut !

— Vous en avez menti !

— C'est à vous que je croyais abandonner mes caresses, et vous me traitez ainsi!... C'est vous qui m'avez perdue !...

— Vous en avez menti....

— Vous avez égaré ma lettre : ce devait être quelqu'un de vos amis

— Vous en avez menti !

— O mon père !

— Sortez de devant moi !

Il t'en cuit, pauvre Bertholin; à cinquante ans, de t'être dépouillé de ta haine, pour aller t'abaisser aux genoux d'une fille ! Cruelle leçon ! Mais c'est infâme ! Quand j'y pense !... — Va-t-en, va-t-en, ou je te foule

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aux pieds comme ces écrins ! Va-t-en, si tu veux m'épargner un meurtre ! Va-t-en, gueuse, prostituée ! ! ! !

Apolline râlait sur le carreau.

Bertholin la saisit par les pieds, la traîna et la jeta dehors, et sur-le-champ même il repartit.

moïse sauve des eaux

Rien n'est plus démoralisant que l'injustice, rien ne jette plus d'amertume et plus de haine au cœur. Bertholin semblait injuste à Apolline, Apolline semblait coupable à Bertholin, elle l'aurait semblée aux yeux de toute la terre. Il ne faut qu'un concours de circonstances pour faire du plus innocent un coupable. Ce n'est que sur du probable et de l'apparent que peuvent juger les hommes avec leurs courtes antennes. On pourrait comparer les crimes à des ballots bien clos : c'est par l'enveloppe que le juge estime le contenu, et quand, par sa sentence, il l'a déclaré taré et à l'index, et fait jeter à la mer, le ballot, dans sa chute, se brise et s'ouvre sur une roche ; tout ce qu'il

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. ecélait remonte à fleur d'eau et paraît en pleine lumière; la balourdise du tribunal devient patente, la foule en ricane amèrement ; alors le juge se drape et se hausse, et s'écrie, avec son ton archiépiscopal risible : Je suis infaillible !

Rongée par un chagrin mortel, Apolline se minait sourdement et se consumait chaque jour.

Elle, quelques mois plus tôt, si belle encore, amaigrie, phtisique, comme un spectre, ne sortait qu'à la nuit noire pour éviter les regards méchans.

Le voisinage l'aurait crue morte, si, de temps en temps, elle n'avait touché un piano délabré et servant de table, triste ruine de son ancienne opulence. On avait même remarqué et retenu cette strophe que souvent elle psalmodiait langoureusement, et qu'elle semblait affectionner par-dessus toutes.

Bourreaux, arrêtez ma torture I Le mal a fait mon cœur mauvais :

Haine à toi Dieu, monde, nature.

Haine à tout ce que je revais !...

Avant mon corps, sur cette roue Où le sort le tient garotté, Mon âme expire, et je la voue A Satan, pour l'éternité !

Ce seul refrain nous montre la disposition d'esprit d'Apolline, et combien la souffrance et le malheur

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peuvent pervertir la plus belle âme ; elle, douce, bonne, fervente, aimante, religieuse, n'avait plus que du fiel dans la poitrine et du venin à la bouche. Elle haïssait tout, jusqu'à son créateur à qui elle reniait sa foi ; elle se vengeait en abandonnant à son tour Dieu qui l'avait abandonnée. Quand un être a été maltraité à ce point, il n'a plus qu'un rire d'enfer sur sa lèvre dédaigneuse, tout ce qui est, lui fait pitié, et provoque son dégoût; plus une chose est sainte et sacrée, plus elle est révérée de tous, plus il trouve de joie à la profaner, à la fouler aux pieds. Pour le malheureux le blasphème est une volupté !

Le terme de sa grossesse approchait et sa misère devenait profonde. Les huits premiers mois elle avait vécu de la maigre somme de Bertholin. Il ne lui restait plus rien. Le soir elle allait arracher des herbes sauvages le long des chemins déserts, mais cette nourriture d'âne, si contraire à sa délicatesse, l'avait tellement affaiblie, que, vers la fin du neuvième mois, il lai fut presque impossible de descendre. Ce jeûne, pour ainsi dire absolu, lui avait donné des éblouissemens, et une céphalalgie chronique qui par instant dégénérait en folie. Sa démence était sombre. Elle avait des déchiremens atroces d'estomac, et souvent il lui prenait des spasmes épileptiques. Quand elle ressentit les premières douleurs de l'enfantement, il y avait deux jours passés qu'elle n'avait pris aucun aliment : étendue sur son grabat, dévorée par la faim,

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elle rongeait la basane d'un vieux livre, privée de raison, exténuée

A la vue de son enfant, sa sombre folie se réveilla, et retrempa ses forces : dressée sur ses pieds, elle l'embrassait et le frappait tour à tour ; elle lui donnait ses mamelles vides ; elle le jetait à terre, pleurait, et se couchait sur lui.

Enfin, l'ayant enveloppé dans une toile et mis sous son bras comme un paquet, elle descendit en se tramant.

Il était nuit.

Sur les deux heures du matin, Erman Busembaum, cultivateur à Vaugirard, se rendant à la halle, perché sur sa charrette et sifflant un noël, descendait la rue du Four. En approchant d'une des ruelles sales et immondes qui s'y débouchent, il entendit les vagissemens d'un enfant nouveau né, brusquement il interrompt son sifflet, lâche un ahuro accentué à la provençale, et écoute : les cris se prolongeaient et paraissaient sortir d'un égout voisin. Il saute à bas, prête l'oreille à l'embouchure, et recule épouvanté.

Il court aussitôt avertir de cet étrange événement le corps-de-garde de la prison de l'Abbaye. Le commissaire, par hasard, s'y trouvait à verbaliser sur deux filles de joie, arrêtées pour quelques coups de couteau donnés à un client. Vite, il se mit en tête d'une pa-

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trouille ; Erman Busembaum guidait le caporal portant une lanterne. Arrivés en hâte à l'égout, il y régnait un profond silence, sauf le clapotement des ruisseaux. Le soldat, né malin, brocardait déjà Busembaum sur sa prétendue audition, attribuée à la peur; l'autorité en écharpe, était prête à invectiver contre le maladroit goujat qui l'avait déplacée inutilement; quand les cris reprirent de plus belle. La patrouille en vibra, et les capucines en sonnèrent. L'anspessade qui portait le falot l'approcha de l'ouverture du cloaque, et, se penchant, aperçut à l'entrée un paquet blanc d'où sortaient des gémissemens. Un des gardes l'enleva à la ba'ionnette et le tira hors. Alors Busembaum et le commissaire, faisant la fille de Pharaon, développèrent la toile et découvrirent un enfant tout nouveau né.

— Mille bons Dieux ! voilà un conscrit qui en réchappe d'une sévère ! s'écria la patrouille.

— Pauvre petit mome, répétait, lame attendrie, le vieux père Busembaum.

— C'est ici le cas où les enfans sont vraiment malheureux d'avoir des parens, murmura l'agréable caporal.

— Messieurs, dit alors le commissaire perspicace, et prenant une pose de calife, un crime a été commis, explorons!... Il se prit à examiner le marmot qui n'avait aucune blessure grave.

Au grand contentement de l'armée, après des re-

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cherches consciencieuses et dignes d'être entérinées par l'académie, il fut proclamé, à la majorité, du genre masculin ou neutre ; un sourire de satisfaction se promena sur les lèvres du père Busembaum.

— Que voulez-vous faire de ce petit marmouset? dit-il alors au commissaire; ma femme en ce moment est en gésine, voilà trois fois, qu'à son grand crèvecœur, cette brave mère ne fait que des morts-nés. Si vous voulez me le confier, je vais sur-le-champ le lui porter en compensation, elle en prendra bien soin et nous l'adopterons.

Au moment où il enlevait l'enfant pour le monter dans sa charrette, il se raidit et expira : et le commissaire aperçut des gouttes de sang; approchant le falot et voyant que ces traces se dirigeaient vers le haut de la rue, il ordonna à la patrouille de le suivre. Ces gouttes, quoique semées à d'assez longues distances, suffisaient cependant pour les diriger. Arrivés à la rue Beurrière, elles disparurent, mais ils les retrouvèrent dans cette ruelle débouchant rue du Vieux- Colombier; et, suivant toujours attentivement, ils remontèrent jusqu'à la rue Cassette, où les vestiges se prolongaient encore ; enfin, les traces de sang s'arrêtèrent contre une porte.

— C'est ici, messieurs, cria le commissaire, entrons ! Il heurta plusieurs coups de marteau. — Au nom de la loi, ouvrez ! répéta le caporal en frappant de la crosse de son fusil. Le portier tout éperdu

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obéit : — Au nom de Dieu, messieurs, quel train ! Que voulez-vous?

— Guidez-nous, nous allons faire perquisition. Tenez, voici le sang qui reparaît! suivez-moi.

Ils montèrent l'escalier et entrèrent, en haut, dans un corridor ; là, les traces de sang s'arrêtaient encore à une porte.

— Qui demeure là, monsieur le portier?

— Une jeune fille, bonne et sage.

— Ouvrez donc, au nom de la loi!... Caporal, faites enfoncer la porte !

Aussitôt elle s'ouvrit sous le choc des crosses, et les regards avides pénétrant dans la chambre, virent, à la lueur du falot, étendue sur le plancher et baignée dans une marre de sang, une jeune femme pâle et desséchée.

On la releva; elle était tiède encore.

A son retour, sans doute, Apolline s'était abattue de faiblesse, épuisée par une aussi grande perte de sang et par un aussi long trajet.

On la transporta, sur un brancard, à l'hospice de la Maternité, nommé vulgairement la Bourbe.

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