GOLGOTHA
Et l'ensevelit en la vallée de la terre de Moab contre Phogor, et nul n'a cogneu son sépulchre jusques aujourd'hui.
Vers deux heures du matin, un cercueil blanc, porté par quatre hommes, et suivi d'un convoi peu nombreux, silencieusement traversait la ville.
De loin en loin, on entendait quelques châssis se hisser, le grincement des birloirs et le bruit des cadoles, et l'on voyait quelques têtes empaquetées se pencher sur la rue.
C'étaient de bons bourgeois ou des commères qui, éveillés par le bruit des pas, accouraient aux fenêtres et jetaient des propos en l'air.
— Qu'est-ce donc, mon épouse, un enterrement d'hérétique; si je ne me trompe? Il me semble voir un cercueil blanc!...
— C'est à coup sûr une jeune fille, pauvre enfant, sitôt!... — Heureux ! qui meurt avant d'avoir connu le monde.
Puis ces bons bourgeois poussaient de gros soupirs, et rebaissaient leurs châssis.
— Maître Bonaventure Chastclart, n'est-ce pas un convoi de huguenots qui passe?
— Non, voisin, car il n'y a ni torches ni flambeaux, et d'ailleurs ce n'est point ici la route pour aller à l'hôpital; ce n'est rien, sinon que quelque chienne de juiferesse qu'on trai'ne à la Madeleine ou à Bêchevilain.
Dès que le jour poignit, on distingua, sur la rive gauche du Rhône, au-delà de la plaine, une caravane qui chevauchait ; un jeune homme allait en tête, accompagné de quelques fringans cavaliers; les valets et les mulets chargés de valises se tenaient à l'arrière.
Arrivés vers un champ nommé la Madeleine, sépulture des suppliciés, Golgotha des Israélites, le cavalier qui caracolait en avant dit à un vieillard qui creusait une fosse :