GOLGOTHA
— Brave homme, quelle heure peut-il être maintenant?
— Trois heures environ ; vous êtes aux portes de la ville.
— Merci, mon brave! Mais pour qui donc cette fosse que vous creusez si matin avec tant de hâte?
— Seigneur, c'est pour enterrer une belle enfant retrouvée hier dans la Saône.
— Bien jeune?
— Dix-sept ans, seigneur.
— Mais ce champ, brave homme, n'est pas une terre sainte?
— Seigneur, c'est vrai, mais c'est le cimetière des meurtriers et des juifs.
— Des Israélites!... Sauriez-vous le nom de cette jeune femme?
— Si je ne me trompe, c'est Dina, fille d'un nommé Israël Judas, lapidaire.
— Dina !... enfer ! ma fiancée !!!...
— Au reste, seigneur, voici le convoi, là-bas, qui s'avance; voyez-vous ce cercueil blanc?
Aymar resta un moment morne et froid ! puis appelant un des cavaliers : — Carie, mon ami, lui ditil, tout à l'heure tu prendras mon manteau, et le porteras à mon père, comme on porta la robe sanglante de Joseph à son père Jacob ; tu lui diras que tu as vu ma fiancée ; car la voici qui s'avance, regardez !...
Eh! toi, vieillard, élargis cette fosse!..., dit-il en
jetant sa bourse au fossoyeur ; puis il cria contre le j
ciel, et d'une voix retentissante : i
— Dina!... Israël !... éternité !... 3'
Et se déchargea dans la tête les pistolets de ses
arçons. i