VISITE DE LA VILLE ET DU TORT
E programme de la matinée comportait, pour ville et du port.
SouslaconduiledeMM. Albert Sorel, de l'Académie Française et Charles Bréard, l'érudit historien de Honfleur, M. Turgeoa accompagné de ses deux secrélaires, quitleàdix heures, l'Hôlel du Cheval Blanc, où il est descendu, pour commencer sa promenade à Iravers la vieille cité.
On lui montre d'abord la place Hamelin, anciennement plucede la Grande Fontaine ou de la Fontaine bouillante. Lcà se dressait autrefois le pilori. M. Ch.
Bréard désigne l'emplacement de l'hôtellerie des Trois sauciers, celui de V Hôtel do la Couronne, oh dea préIres furent cachés pendant la Révolution, plus loin l'emplacement de l'auberge de la Femme sans têt', enfin celui de l'ancien hôtel du Cheval Blanc, tvès fréquenté au xyi^ siècle.
La maison portant le n" lG,a vu naître, en 1768, le contre-amiral baron Hamelin et en
le ministre, une visite de la
L;i Lii'iitoiiaiu-(
1805, le peintre Jacques Hamelin, l'un des meilleurs élèves delni^res. Un peu plus loin, est né en l'an 1600, le bienheureux Pierre Berthelot, pilote et cosmographe du roi de Portugal.
M. Turgeon est conduit ensuite dans la rue Haute.
« L'examen de documents, dit M. Ch. Bréard, conduit à penser que la rue Haute, au xv" siècle, a été un nid d'écumeurs de mer ; au xvi^ siècle, une colonie de Terre-Neuviers et de découvreurs maritimes; au xvii^ siècle, un foyer de protestants; à toute époque une pépinière de marins.
« Quel bon vieux temps pour les loups de mer de la rue Haute que le règne de Louis XH. On les vit sur leurs nefs courir la Manche, y attaquer iout ce qu'il rencontraient, se retirer dans leur petit fort, à l'abri des canons de la tour Carrée et y partager le bulin sous l'œil indulgent du gouverneur. Et, dans la même rue, il fallait entendre les injures échangées enire les équipages rivaux, voir les rixes avec les Anglais. Eln L483, chez un tavernier de la rue Haute, quatre mariniers insultent le neveu du bâtard Douglas. On en vint aux mains. En 1484, c'est un archer delà compagnie de l'amiral gouverneur Louis de Graville, et trois compagnons anglais (jui vident une querelle, le coutelas au poing. Un fait très grave se place en 1485; il eut une portée internationale. A cette date, le vice-amiral Coulon, à la tèle de sept nefs, avait capturé quatre galères flamandes. Au nombre des pillards se trouvaient plusieurs navires de Honfleur qui revinrent chargés de marchandises. Ordre fut donné de les saisir. L'agent delà République de Venise, chargé d'en poursuivre la délivrance, vint à Honfleur oîi il se logea à l'auberge du Fardel. Quatre marins l'attaquèrent, ils le tuèrent d'un coup d'épée. Ce meurtre fit grand bruit. ^ »
M. Turgeon très intéressé par ces détails examine avec curiosité les vieilles maisons de bois dont la rue Haute est encore pleine. On lui
montre les anciennes de- ^^''^ ^'"^"^ '°8'^ 'i'^ ''^ ™'^ ''-^"t'^
meures, des Lacroix de Saint-Michel, des Lion de Saint-Thibault, de l'amiral Motard, des PalHer, des Deshayes de Manerbe, des Le Chevallier Le Jumel,
•1. Voir Vieilles P,nes et Vieilles Maisons de Honfleur par Cti. IJréard.
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dés Lesloicy (le Boullon^ue, ol(;., noLal)le.s, aimuleurs, officiers et marins, qui pendant j)lii.sieurs sièctles ilusti'èieiit lioidleui'.
Un loi^is sollicile surtout l'attention du ministre, c'est celui où r»''.sida Pierre de Chauvin, lieutenant pour le roi au Canada, sous le rè},'ne de Henri IV. Tout un chapitre de l'histoire de la Nouvelle l'^rancc s'y rattache.
Une j)artie des anciens hàtiments subsiste encore.Leur délahrement est resté très pittoresque mais ne permet guère de se figurer l'opulence qui réj^na jadis en ce lieu. Les vastes pièces ont été coupées par des cloisons, de hautes cheminées de pierre ne sont plus que des débris perdus dans des maçonneries récentes, les
muis jadis tendus de cuirs de Cordoue et de tapisseries des Flandres' ne montrent plus que des surfaces rui,aieuses et lézardées.
Au fond de la cour silencieuse, où une chaloupe abandonnée achève de |H)urrir, s'ouvre encore l'ancienne porte de quai qui permettait de communiquer avec les navires amarrés le long de la muraille.
Mais l'attrait des souvenirs historiques n'empêche pas notre hôte d'admirer la charmante archifeclure de ces vieux logis du « perroy de la mer »
dont les puissantes charpentes appartiennent à l'ancienne consli iiction navale. C'est là précisément la grande originalité des habitations honlleuraises : Elles lessemblent à d'énormes carènes de navire qui auraient des colombages pour wcnihnires et des Cour de laiiciemie demeure de Pierre de Chauvin poutres saillantes pour précientcs.
Leurs façades, hautes et ornées, rappellent les châteaux de poupe des frégates de Louis XII et pour compléter l'illusion, les fenêtres percées en sabord, laissent apercevoir de vastes intérieurs surbaissés comme des entreponts.
La visite de la rue Haute s'achève par un coup d'œil d'ensemble jeté sur le curieux hôpital fondé au XYi^ siècle, puis l'excursion se poursuit par les rues moyenâgeuses du Trou Miard, des Frênes, de l'Homme de Bois, des Linr/ots, où se trouvent les maisons dites du Canada et de Terre-Neuve.
L'on traverse ensuite la place Sainte-Catherine où se dresse le vieux beffroi de bois; la place de VOhélhque, où se tenait jadis un marché aux fruits et l'on
lu
1. Le 11 septcmlire 1603 fleuri IV et la reiue Marie de Médicis vinrent à Jlonnenr. A cette oecasioii ou trouva la maison de Pierre de Cliauvin meublée avec assez de luxe pour qu'on lui empruntât les cuirs dorés et les tapisseries « afin de tendre et décorer la salle et autres cliambres df la. maison royale. »
Cliarles Bréard, Vieilles Rues cl Vieilles Maisons de Ronfleur.
La place de rObélisijue
s'engage dans la rue Brûlée. Là encore se trouvent des souvenirs se rapportant à la colonisation au Canada.
C'est dans la rue Brûlée que s'ouvrailla boulique d'apothicaire de François Doublet qui vivait en 1640 et décéda « aux pays estrangers » pour le service du roi, avant le mois de mars 1676. C'est là qu'il • eut seize enfants, « bien vivants » ainsi que le dit son fds, le corsaire Jean Doublet et que n'ayant que médiocrement de biens pour élever une si nombreuse famille, il se détermina à aller coloniser les îles Brion, situées dans la baie de rAcadie,côle du Canada. Non loin de la maison de François Doublet, se trouvait la maison de Philippe Gagniard,son associé et lieutenant, sur le sol canadien.
De la rue Brûlée l'on se rend dans celle de la Bavole, où s'élève le manoir de Quinquengrognc , curieuse construction Louis XIII bàlie par « haut et puissant seigneur » ^s manoir de ouiquengrogne
Jean de Boisseret, conseiller du roi, correcteur en la chambre des comptes, seigneur d'Herblay, de Montigny, propriétaire pour moitié des îles de la Guadeloupe, la Désirade. les Saintes, la Grande et Petite Terre, îles et îlots en
L'églis'j Saint-Léonard
dépendant. Celte vieille demeur*' lui an wii* sircle, un iinpoilani Ixiroau d'enioliMuent de colons |)ouf les Antilles.
M. Turgeon et les personnes qui l'aecornpa^nenf, quittent alors le quartier Sainte- Catherine par la rue des l'rés où s'élevait au XI" siècle, la première éj,'lise paroi.ssiale Saint-p]tienne.
L'on traverse rapidement la rue Cacliin, dénuée de tout intérêt, pour aniver place Saint-Léonard où l'on admire le déliceux porlail {,'^otliiqne de l'église très mutilé rnailieureusement par les guerres religieuses,
La rue Bourdet où est né le célèbre peintre Eugène Boudin, est également l'objet d'une courte visite.
L'on pénètre dans la cour pittoresque de la maison dite du « Petit Louvre » où se dresse une élégante tour de la Renaissance. Suivant une tradition populaire, cette maison aurait servi de résidence au roi Henri IV, pendant le siège de Honfleur.
La matinée s'achevant, l'on se hâte de parcourir la rue Notre-Dame, la place Thiers, où se trouvaient les fossés et l'on arrive dans l'ancien quartier de l'Enclos, par la rue de la Ville. Là habitait, Dupont-Gravé. L'on regarde en passant les vieilles maisons qui bordent la rue, les énormes magasins à sel, bâtis sous Lc/uis XIV, l'ancien presbytère de l'église Notre-Dame, aujourd'hui disparue.
Il n'est pas une maison de ce quailier, ait encore M. Charles Bréard, qui, en 1421-1424, n'ait d'abord été confisquée par les Anglais, ensuite occupée par eux après en avoir expulsé les habitants.
C'est là qu'il faudrait chercher la demeure des écuyers et des hommes d'armes qui occupèrent la ville pendant trente années environ. Et, en vérité, il est telle ruelle à laquelle rien ne manque pour rappeler ce temps; on ne serait pas trop étonné si, ouvrant la porte d'un logis qu'elle contient, on y découvrait un archer anglais. C'est par celte ruelle,dite rue de la Petite Boucherie que s'achève rexcui-sion dans les vieux quartiers de Honfleur. Midi sonne, il iaul renoncer à la visite projetée du Musée Normand d'Ethnographie et d'Art populaire, qui s'ouvre à quelques pas de là, rue de la Prison.