‹ Champlain célébré par les Normands et les CanadiensChapitre 20 sur 45 · TROISIÈME ACTE · texte numérisé non relu

TROISIÈME ACTE

La skIIc du château. <h' P>i(e(piprUl(\ Ah fond, unr jiorle i^'oiirrant ■■iur une galerie. A ijauclie une fcntHrc à vitraur}inr laquelle on aperçoit les arbres delà forêt. Dressoirs, fauteuils. La cloche de la chapelle sonne au loin.

Au lever du rideau, la dame de Bacqueville, en habits de noce (tnais non pas de mariée, car elle se croit veuvei est en conversation avec Laurent le portier.

La Dame de Bacqueville

C'est vraiment liii'ii IViL-lieiix. Laiiient, la cloche sonne. Net'avais-je pas dit n'otre l.'i jionr personne?

Lauiucnt

Madame, en me grondant, voudra bien convenir . Que j'ai mis tmil mon zèle à Ion jours obéir. J'ai l'ail ce (|ue j'ai |)U, là, bien sûr, je lui juie! Mais cet homme vous a tel regard, telle allure, Il attache, jurant par sa foi de chrétien. Une lelle impoi lance à ce court entretien. Que sans lui demander rien de plus, sur mon àme, Ma foi, j'ai cru liien faire en prévenant Madiime.

La Dami;

Quoi! Me l'a-t-il rien dil davanl>i;;e '.' ^oii ihhij '.' Ses qualilésV ce i|u"il me voudrait eulin '.'

Lauukni

Non!

Il veut lout simplement vous voir.

La Dame

Quelle es! sa mine'.'

Laui'.ent

Dame! il ne semble pas de ceux qu'on examine

Comme on veut, son regard est tiup |)rompl dans ses yeux :

11 est très sombre, un peu cassé, sans être vieux ;

On croit lire en passant, surtoule .sa ligure.

L'ennui des longs tourments supportés sans murmure,

Et sa voix, sa noble.sse et son port font, ma foi.

Qu'on fait lout ce qu'il dit sans Irop savoir- pounjuoi.

La Dame C'est bon, va le chercher bien vite, le temps passe.

!Sorl Laurent.

l,\ Dame, seule, elle va vers la fenêtre

La cloi'lie ébranle au loin la cbapolle de Grâce,

C'est ma noce qu'on sonne! — Il lail beau, loiil est clair,

Comme les carillons l'alléi^resse est ilans l'aii- ;

On entend au lointain, près île la nier qui lirise,

Le chant des amuuieux s'envoler sur la brise.

Et les bateaux légers, blancs parmi les rayons,

Palpitent sur les tlots comme des papillons;

Mais devant mon front morne et ma face épuisée.

Qui croirait aujourd'bni voir en moi l'épousée.

Ab ! c'est que dans la vie on ne fait pas deux fois

Le dou.x .serment d'amour en ijui tremble la voix,

El le sort est pour moi bien dur et bien farouche

Qui peut forcer mon cœur à mentir sur ma bouche !

Car tu n'as pas changé, mon cœur, depuis sept ans,

Et tous les jours depuis ce jour, tous les instants,

N'ont fait que rendre en moi, quand tout s'elfeuille et passe,

L'unique et pur amour plus tendre et plus vivace.

Hélas! tu le sais bien, toi, petit anneau d'or

Qui, du passé vivant, tout seul me reste encor,

Et vous aussi, Maiie aux beautés non pareilles

Que, durant bien des nuits j'ai piié dans mes veilles,

El qui, toujours présente ;'i mes soins assidus,

M'avez laissé la lui quand l'espoir n'était plus.

PourtanI, c'est aujourd'hui que je dois, nœud funeste,

Accepter cet hymen qu'en mon cuhu- je déteste!

Ah ! si mon seul époux n'est plus, pourquoi donc, Mort,

Ne ni'avoir pas en tout fait partager son soi't'.'

On ne me verrait pas maintenant, pauvre femme,

Vétii' des habits blancs quand le noir nie réclame,

Et, de ces dix doigts faits pour si; joindre, eu priant.

Me paier toute eu pleurs d'un vain luxe luillant :

C'est iiiiin deuil qu'en l'e juin' je ciindiiis à l'église.

Rentre Lnurrnl .

Madame, il esl ici !

La Dami-:

C'est bien, ipidn l'intioduise.

Entre Baciiiicfillc, (Icf/dt ri //rc.si/Hc dèjaHidnl à l'atipccl de s», femme.

Bacijukvili.k (i'i part)

Elle ! . . . c'est elle ! . . . hélas, je me sens défaillir. Mon Dieu, je l'aimais trop pour ne la jias haïr ! . . . Mais taisons-nous, mon cd-ur ! pas un geste, on regarde I

La Dame, au domestique

A ce qu'on n'aille pas nous déranger, prends garde. Et puis va, laisse-nous. Sans l'éloigner pourtant.

Sort Lditrenl.

La Damk

Vous désiriez, je cmh, nie pailer un instant D'une afVaire impoilante, et qu'on ne peut remettre? Si vous voulez ici nie la l'aire connaître. Je suis à vous, parlez !

Bacoueville, avec ejfort

Excusez-moi d'abord D'avoir été si prompt, car je le vois, j'eus lorl ! Tout est joyeu.x, chacun pour le plaisir s'apprête, Et j'ai l'air d'èlre là pour Iroubler voire fêle.

La Dame

Ma fêle?. . . liélus! monsieur, vous vous trompez beaucoup !

licuutrijuiiitt riilléraiion des traih de Bdrijiirvdle

Mais vous paraissez las et Iroublé loul à coup !

Vos pieds semblent poudreux des loni^ueurs de la route,

Qu'avez-vous? vous venez de très loin, sans nul doute?

Hacqleville

Oui, je viens de très loin. Madame, de là bas.

Chez les Turcs ! j'assi^tais à ces fameux coiidj;ils.

Vous Savez? où péiil la luddesse de Frame !

J'ai connu ses héros j'ai pleuré leur- soullraïue ;

Longtemps je lésai vus, gardant l'oi'gueil du nom.

Tomber l'un après l'autre autnur de leur jiennon,

Plus beaux que le lion dans les forêts |)rocliaines,

El presque tous sont morts !... les autres, dans les chaînes,

Les meilleurs : Boucicaut, La Trémouille, Neveis.

Ont payé leur courage aux yeux de l'Univers,

Et l'oubli vient pour eux après rindiiférence.

Or parmi ces vaillants vaincus .sans espérance.

Et mourant sans jjarler pour l'Euiope et pour Dieu,

J'eus l'heur de rencontrer- le seigneur de ce lieu,

Voire époux !

La Da.me, Iriis civement ;

Juste ciel ! mon époux ?... ô de grâce, Si vous l'avez bien vu, pai' vos mains que j'embrasse. Parcelle voix où lienilileun indicible émoi, (ju'est-il donc devenu ? Seigneur ! dites-le moi 1

nAr.i.uKvii.i.K, l'Ionné :

N'avez-vous iIoir- jamais luçu de ses nouvelles?

L\ Dame, très sincère :

Moi"? Jamais!

Bacqueville

Quoi ! c'est viai ".' — Pris par les inlidèles, Ayant soulVeil par eux lous les maux, sans répit, Cent lois, depuis ce jour, à vous il écrivit, Espérant l'or qui put, l'arrachant d'esclavage, Terminer à la l'ois sa peine et son veuvage. Or il n'a rien reçu, jamais !

La Dame, allerréc

Ni moi non plus !

C'est elTrayant ! penser (pi'il était là, leclus, luiploiant chaque jour de moi, couune une grâce, I/argent que j'employais à découviir sa trace, N'épargnant rien jamais, ni les courriers, ni l'or. Car j'ai t'ait tout, seigneur, je ferais tout encor ! Mais puisque vous voilà, non, je ne suis plus triste, Car il vit, n'est-ce pas '.' dites-moi qu'il existe. Que vous ne venez point m'atinonccr son trépas, Et que rien n'est perdu'/

BiicijHfrillc sr luit, clic reprend:

Vous ne répondez pas !

C'est diinc Uni '.'

I'acouevili.e

Madame, écoutez, l'heure est grave.

Ma vie à vos desseins ne mettra point d'entrave. Mais si pour avoir vu votre époux, a\ilrefois. De vous questionnei' j'avais ici les droits. Non content de vous voir sincèrement émue : D'où vient, dirais-je encoi' que partout, à ma vue. Se pi'ésentent la joie, et l'amour, et les tlenrs'.' Vous avez revêtu de bien fraîches couleurs, Maclauie, et l'appareil où l'élraiiger vous treuve Peut seuir à l'i'pdMsée, et non pas à la veuve ! i)'où vient ipie vcilro deuil eu ce joui' a ]iiis lin, Hélas ! et que vous vous remariez eulin?

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