I.A Damk
Comme vous me parlez ! Ah ! je (rois reconnailie Ija voix, sa chère voix dont l'accent me i)énètre,
Et je crois voir aussi son visage,. . . mais non !
M'aimant encore, il m'eut appelé par mon nom,
Ce n'est pas lui, je soiiIVre et la vie est trop dure !
Mais vous, si vous saviez les tonrmenls (jue j'endure,
Vous seriez là, hien loin encor de m'affliger,
Pour me plaindie, peut èlie, et pour me protéger.
Car l'intrigue incessaule auluur de moi fourmille !
Apprenez donc alors, seigneur, que ma famille,
Bans mon nouvel liymen trouvant son intérêt,
Me force à l'accepter comme un in<ligne arrêt!
Il s'agit de je ne sais quoi, de droits, de (erre,
De titres qu'on achète ou prend, tout un mysière !
De sorte que je suis, dans ce château caché,
Comme une esclave à vendre au milieu d'un marché !
Qu'on me fraile à présent d'oublieuse, d'indigne,
Qu'importe! à tous ces mois, hélas, je me résigne,
Et vous même, étant là pour me les déclarer
Ne me plaignez jamais, mais laissez-moi pleurer !
liACQUEVII.LE, ('( part
(Seigneur ! est-il possible ! et ijuoi, bonheur suprême.
Je puis donc vivre encore, puis(jue c'est moi qu'elle aime.
Et que mon souvenir a pleuré dans ses yeux!
Oui, c'est vrai, je le sens, je suis libre et joyeux,
Et je vis, et je veux vivre encor ! . . . Mais (|ue faire ?
Je ne puis maintenant ni parler ni me taire.
Je souIVre, et jamais rien ne me sembla plus doux !)
(haut) Vous l'aimiez donc beaucoup. Madame, votre époux ?... Ne pleurez pas ainsi, tout mon cœur se déchire !
La Dame
Si je l'aimais ? hélas !... mais je puis tout vous dire, Puisqu'enfin vous l'avez connu !... si je l'aimais ! Ah! mon conir pour tout autre est bien mort désormais; On me parle d'amour, et d'hymen, infamie ! Depuis qu'il n'est plus là, chaque jour plus blémie, Lente et sombre, avec mon souvenir pour flambeau, Je descends jusqu'à lui le chemin du tombeau. Ah ! plut au ciel qu'il rn'eùt écoutée ! à cette heure. Il seiait là, présent, joyeux, dans sa demeure. Et nos jours passeraient doucement, et parfois, Nous irions tous les deux galoper par les bois. Et le soir nous verrait, sous l'allée ample et noire, Près de l'étang limpide où les chevreuils vont boire,
On enteiulrait au loin mourir le son du cor, Ella, loin les inùi-hants qui m'oiiiuiinent encor...
li.\(:nri:vii,i,i-:
Kli liicii. lous h's iiiéchaiils soronl punis ! j'en Juie Par ce ccrui- i|\ii hundit t\c douleur sous l'injure. Et trenil)le, e( ne peul [iliis se contenir! Allons, Madame! nommez-moi sans peur lous ces félons.
La Dame
Ali ! mon ànio eu pleurant ne s'élait pas trompée : Vous étiez là, loul pâle, en haillons, sans épée, Rien ne m'y préparait quanti vous êtes venu Mais mon cœur qui veillait vous a bien reconnu ! El lorsque d,éhordante enfin, votie colère A jailli dans vos jeux qu'à celte heure elle éclaire Je n'ai jilus hésité, c'était vous!
Bai;quf.ville
Oui, c'est moi.
Tenez, voici l'anneau qui vous promet ma foi. Voici le votre aussi sur la main que je haise.
La Dame
A tout ULon CLeur se rouvre au ciel et hondit d'aise.
Enfin !. . . Ah ! Je vais vivre à présent, nous vivrons.
N'est-ce ])as'.' i)lus d'éclats guerriers, plus d'escadrons,
Plus d'expédition meurtrière et lointaine.
Ce n'est plus que pour moi qu'on sera capitaine,
Et votre épée, habile à vaincre tout dangei'.
Ne luira désormais que |ioui me protéger.
Bacquemi.i.k
Chère épouse ! Ah héiii soit Dieu qui veut qu'on voie Nos malheurs un un jour de\euii' de la joie ; Mais dis i|u'on m'aiuie encor, malgré tout, je le veu.x. J'ai tant soidrerl, vois-tu, que je suis presque vieux !
La Dame
Non, non ! car maiuleiianl que je puis sans eonti'ainliî Vous voir, et vous [iiosser tians une heureuse étreinte, Je vous trouve vraiment peu changé, sur l'iionneur. Oui, c'est liieii vi>us, loojours unljjc et li(!au. Monseigneur! Ah ! ipu' je suis heureusiî entin ! vou;z, je pleuie ! J'ai tant soulVeiL aussi ! vous .saurez tout à l'heurej
Je vous dirai ! — Mais, vous, seigneur, racontez-moi Vos périls qui sept ans m'ont laissé dans l'ellVoi ; Diles-rnoi de nouveau, pour que j'en soutire encore, Tant de nuits sans sommeil, tant de jours sans aurore, Et je vous donnerai, pour mieux vous apaiser. Un sourire pai' nuit, par blessure, un l>aiser !
BaCQ'JEVILLE
Chère enf.int ! c'est l>ieu loi, non moins lionne que belle!
Mais pourquoi donc vouloir qu'en ces lieux Je rappelle
Nos combats, mes périls, mes maux, tout le passé '?
Un sourire de toi, le reste est effacé !
Je ne veux plus savoir si j'ai soufTert, qu'importe !
Maintenant, le pays natal rit à ma porte.
Le bétail paît les champs, les buissons d'églantiers
Mettent un doux frisson sur le bord des sentiers,
Et, reluisante au gai soleil, comme une armure,
Là bas, la mer s'étire avec un long murmure.
Ici, rien n'a changé non plus! tous mes aïeux
M'ont reçu tout à l'heure avec un front joyeux,
Ils me reconnaissaient ! — Bienlôl, à la l'enélre.
Tous mes vassaux, comme eux, vieiuh'ont me reconnaître.
Et te trouveront là, rose, et le front bai.ssé.
Pareil à l'arc-eu-ciol quand l'orage est passé.
La dorlie !>i)niie de notircnu. Le domcsluiac ciitri', et, les voyant dans les hms l'un de l\tul)-e. il s'arrête stu/n'lail sitr le seuil.
Bacqueville, l'inlcritellaid en maître.
Eh bien ! qu'est-ce?
Laurent étonné ne ri'pond /iiisl
La Dame, à son tour :
Réponds, qu'y a-t-il '.'
Laurent, embarrassé :
Mais, Madame, C'est Monseigneur; il est en bas qui vous réclame, El tout le monde attend dans la salle d'honneur.
La Dame, se souvenant :
Monseigneur?... Quel seigneur...
Bacqueville, brusquement :
Il n'est qu'un seul seigneur En ce château, c'est moi, Bacqueville! vicomte El maître du p (\s qui jus pi'à la n)er monte !
Effarement de Lmn-ent
Oui, l'aigle est revenu dans son airo anjonnriuii ;
La colombe, en son aile, a leironvé l'appui,
Et, pareil aux corbeaux à la sinistre augure.
Les niécliants vont lienililer sous ma vaste enveri,nM-e !
A Liiiirent
Maison attend, dis-tu, pour sceller cet hymen ! C'est bien, va dire à tous qu'on descend !
A l(( vicomlcsso
Voire main, Ma temme !
La Dame
Mais qu'allez-vous donc faire, o mon maître? Bacqueville
Rien ! je vais seulement me faire reconnaître. Et tout d'abord, avant de renaître en ce lieu. Aller vers la chapelle, et rendre grâce à Dieu.
gauthii!:r ferrières.
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Œ{eerêsen/ée peur Lt première /eis iru 'T/iéJiIre CSlunicip.i! de Jlenfleur