‹ Champlain et Hudson [microform]Chapitre 3 sur 3 · RE · texte numérisé non relu

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1‘TLes quelques coups d’arquebuse tirés au lac Champlain, écrit M. Sulte, produisirent l'effet désiré. Les maraudeurs s’abstinrent de reparaître sur le Saint- Laurent durant nombre d'années. On en profita pour faire des découvertes et étendre le nom français à trois cents lieues de Québec.” (Le Haut-Canada avant 1615, p. 80)

2Champlain se rendit donc au moins une autre fois plus loin que le lac Champlain, et visita Ticonderoga, probablement aussi le lac George.

8 Œuvres de Champlain, p. 339.

Henry Hudson était un simple pilote anglais, qui, comme tant d’autres haVigateurs férus de la Passion des découvertes, ne rêvait depuis longtemps qu’au Pôle nord, dans l'espoir d’y trouver un chemin court et

Pôle, que Partout ailleurs. Mais si cette voie est impossible, s’il y a des obstacles infranchissables, s’il faut traverser des continents de glace, des mers inabordables, des abîmes..… Enfin, il faut voir...

Grâce à une CoMpagnie de marchande anglais, dite Compagnie de Moscou, qui lui fournit un navire avec onze hommes d'équipage, il fit un Premier voyage vers le Pôle nord en 1607. Sorti de la Tamise le 1er mai, il se dirigea de suite vers le Groënland, dont i] suivit la côte Est,

rendu là, son équipage refusa d'aller plus loin. On avait failli périr. Il y a souvent dans ces mers glaciales des brumes si épaisses, « qu’on Pourrait, ce semble, les Couper avec un couteau.” Elles sont le fléau des régions arctiques, et * rent quelquefois des semaines entières, Le navire avait été se crever .:r . a écueil, et l’on avait eu mille peines à le radouber. I] fallut metre le cap au sud, et Von rentra à Londres le 15 septembre.2

fois le fameux Courant polaire: “]] entraînait, dit-il, mon vaisseau contre le vent ; et i] fait aussi flotter les icebergs contre le vent.”

L’année suivante, 1608-—l’année même de la fondation de Québec— Hudson fit un second voyage, encore aux frais de Ja Compagnie de Moscou, et toujours à Ja recherche d’un Passage en Chine par le Pôle. Il prit cette fois une autre direction, et fila vers Ja Nouvelle-Zemble. Mais ce second Voyage ne frt pas plus heureux que Je premier: “]] n'y & pas de passage de ce côté.1à.» dit-il À ron jeune fils John, qui l’accom- Pagnait. Il rentra dans la Tamise le 26 août.

Après ce double insuccès, Henry Hudson n'avait plus rien à attendre des marchands anglais, fort mécontents d’avoir “jeté à Peau ” des

1*They wanted to go home. When men bezin to reason that way, there ja no answer” (7% Conquest of the Northwest. p. 14.)

2 Vers le même temps Champlain rentrait en Bretagne, après un séjour de trois ans en Acadie,

3 C'est justement à cette époque que se tramait à Québec la fameuse conspiration contre la vie de Champlain. et que fut exécutée la première sentence capjtale, celle du chef de la Conspiration, Jean Duval. qui fut pendu. (Œuvres de

ren: dll. dt

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ommes considérables, Il en était donc à se demander s’il pourrait jamais réaliser ses projets, lorsqu'il reçut, au moment où il s’y attendait le moins, une invitation d’une compagnie de marchands hollandais, dite Compagnie des Indes Orientales, de se rendre à Amsterdam, pour étudier avec eux la fameuse question—toujours pleine d’actualité—d’un passage en Chine par le Pôle. Hudson se rend en Hollande, et confère avec les marchands. Ses projets se sont un peu modifiés : il veut maintenant se rapprocher de l’Amérique ; c’est par le nord de l’Amérique qu’il cherchera un passage au Pôle, Mais les marchands hollandais ne semblent Phs disposés à faire immédiatement la dépense d’un voyage qui sera probablement très coûteux. L'affaire traîne en longueur; lorsqu’on apprenc. tout-à-coup que la France et la Belgique songent à leur tour à utiliser les services de Henry Hudson. Cette nouvelle met fin aussitôt aux atermoiements de la compagnie hollandaise. Elle décide que Hudson partira le plus tôt possible au printemps de 1609. Il aura deux vaisseaux à sa disposition : le Good Hope et le Half-Moon. Le premier servira d'escorte au second pour les débuts du voyagr : je Half-Moon seul continuera sa route vers le ?6le.

Hudson pourra emmener avec lui quelqués matelots anglais, à son choix, ainsi que son fils J obn, son ami Colman, et son astronome Juet, qui l’a déjà accompagné dans ses voyages précédents et tient le journal du bord Mais le gros de l'équipage est hollandais : gens de la pire espèce, sans foi ni loi, qui, dans leurs voyages aux Indes pour la Compagnie d'Amsterdam, ont pris les mœurs asiatiques, avec des instincts de pirates et d’oiseaux de proie: leur costume même est oriental, très léger, comme il convient À des matelots accoutumés au climat de Pocéan indien. Que va faire cette engeance au milieu des icebergs de la mer glaciale? Et que fera le Half-Moon lui-même, petit bateau plat, construit principalement pour les eaux peu profondes du Zuyderzée, dans les flots tumultueux de lg mer du Groënland ou de la baie de Baffin? La Compagnie d’Arasterdam n’a pu donner à Hudson que ce qu’elle avait à sa disposition.

Le Zuyderzée est rempli d’une multitude de vaisseaux de toutes formes, de toutes couleurs et de toutes dimensions, qui sont à l'ancre dans cette vaste baie intérieure. Le commerce de la Hollande est à son zénith : il y a là des vaisseaux marchands de presque toutes les parties du monde. Rien de plus gai ni de plus intéressant que cette grande variété de couleurs nationales qui flottent au vent. Mais au milieu de tout cela do-

1" From Juet and Van Meteren, the Dutch consul in England, in whose hands

Hudson’s manuscripts finally fell—are drawn all the facts of the voyage.” (The Conquest of the Northwest, p. 30.)

Sec. 1., 1909. 7.

minent les couleurs hollandaises : Ja Hollande, à cette époque, n’avait pas moins d’une centaine de navires marchands, armés comme des bâtiments de guerre, qui sillonnaient les mers en tous sens, donnant la chasse aux

Vaisseaux ennemis, surtout ceux de l’Espagne, dont on avait entrepris de ruiner le commerce.

trionale de ce pays, vire de bord, et redescend vers la Hollande, Le Half-Moon, resté seul, met le cap sur la Nouvelle-Zemble.

Mais voilà que les vents du nord soufflent avec rage; la tempête sévit, et la petit navire est ballotté par les flots ; il avance, mais avec peine, au milieu d’icebergs menaçants, Un froid intense transit jus-

vertures et,se protéger contre le froid. Les matelots anglais, obligés de faire double besogne, se lassent bien vite, et se mettent en grève à leur

Que va-t-il faire? Impossible de continuer vers le nord: les éléments s’acharnent contre lui. Retourner en Hollande, il n’y faut pas songer: ce serait ruiner à tout jamais son avenir. Quelques jours avant son départ, il a reçu une lettre de son ami John Smith,? le fondateur de Jamestown,5 en Virginie,t qui lui a appris de- choses merveilleuses sur

nn

1La Hollande, qui avait appartenu autrefois à la Maison d'Autriche, etait alors constituée en république indépendante.

211 ÿ a un bon portrait du “ Captain John Smith, admiral of New England,

dans l'ouvrage si remarquable de notre collègue M. AD. DeOCelles, Les Etats-

Unis, p. 15.

: “En 1586, Sir Walter Raleigh, ou quelqu'un de ses colons, l’apporta d'Amérique en Irinnde. Les

| tubercules furent plantés dans le domaine de Sir Walter Releigh à Yonghall, près de Cork, et de 1à la culture des pummes de terre s’étendit parmi les classes pau-

vres de l'Irlande et aussi en Angleterre.” (La pomme de terre et sa culture, par W.-T. Macoun.)

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la baie de Chesapeake,1 qu’il a explorée. Il y a tout le long de la côte de l’Amérique, du Saint-Laurent à la Floride, une infinité d’autres baies admirables, où se jettent de grandes rivières par où l’on pourrait probablement atteindre ls mer du Sud. Une de ces rivières, en particulier, est indiquée sur une vieille carte. Pourquoi ne se dirigerait-il pas de ce côté-là?..,. ”

Et voilà qu’une forte brise venant de l’est fait changer de direction au navire et le pousse du côté de l'Amérique. N’est-ce pas la Providence elle-même qui indique à Hudson la route qu’il doit suivre? Sans voiles, et d’un seul trait, le Half-Moon fait trois cents milles du côté de l’ouest. Il atteint bientôt les îles Férôé,? et y fait un arrêt de quelques jours pour s’approvisionner de bois et d’eau douce; puis Hudson, de l'avis de son conseil, se résout définitivement à continuer sa route vers l’Amérique.

L’équipage hollandais est encore en grève: il faudra quelque gros incident pour le réveiller complètement de sa torpeur. Mais les matelots anglais, réjouis d’apprendre la résolution nouvelle de Hudson, font la manœuvre gaiement et de bonne grâce; et bientôt l’on aperçoit les côtes de Terreneuve.

On est au mois de juin. C’est justement l’époque où, deux cents lieues plus loin, dans le Saint-Laurent, Champlain se prépare à partir lui-même pour son voyage. Hudson passe quelques jours à Terreneuve,® ravitaille de nouveau son navire, puis remet à la voile et se dirige vers le sud-ouest.

Soudain, un terrible coup de vent du nord-est, brusque comme le tonnerre, s’abat sur le Ha!f-Moon : le vaisseau craque et penche tout d’un côté, des vagues impétueuses viennent le frapper au flanc, les haubans gémissent, le mât de misaine se rompt et tombe à l’eau. Encore un affreux coup de vent, et tout ce qui reste de voiles est mis en pièces. Pourtant, le vaisseau tient encore bon, sa proue reste ferme du côté du sud-ouest, il réussit, quoique à grand’peine, à gagner les Bancs de Terre-

111 en dressa une carte précieuse, qui a été longtemps consultée.” (Les Etats-Unis, p. 17.) :

2 Archipel danois, situé au nord de l’Ecosse. D’après l'abbé Holmes, les tles M'érbé auraient été ainsi appelées “ du mot faar, qui signifie mouton, parce que cet animal y était l’unique maître du sol” lorsqu'elles furent découvertes par les Norvégiens dans le neuvième siècle. (Nouvel abrégé de géographie moderne, édition Gauthier, p. 141.)

8 Les Anglais avaient depuis longtemps de nombreuses stations de pêche sur la côte orientale de l'tle de Terreneuve, “ Entre ces stations ils avaient des communications, par des chemins coupés dans les bois.” (Histoire du chevalier d'Iberville, p. 144.)

neuve, Là, comme on le sait, règnent Presque en permanence des brumes épaisses; et, dans le voile opaque où ils sont enfermés, les matelots de l'équipage travaillent à qui mieux mieux à réparer les principales avaries causées à leur vaisseau par la tempête.

Un matin, une déchirure se fait dans le voile épais de la brume, et laisse pénétrer sur le navire un rayon de soleil. Les matelots hollandais, que la tempête a réveillés de leur torpeur, sont dans la jubilation : ils viennent d’entrevoir à quelque distance un navire aux couleurs éspagnoles. La brume se dissipe peu à rzu, et les voilà en train de donner la chasse à ce vaisseau ennemi, Hudson cherche à les en empêcher, mais il n’est plus le maître de son navire; ses matelots hollandais s’en sont emparés, et ils courent sus au vaisseau espagnol, dans l’espoir d’un riche butin, Mais ce vaisseau, plus alerte et plus fort que le Half-Moon, échappe facilement à leur Poursuite, La course, cependant, dure toute la journée, mais sans succès Pour nos corsaires ; et le soir, Hudson peut reprendre le commandement de son navire. Il s’avance lentement dans les eaux peu profondes qui recouvrent les grands bancs de sable, au milieu d’une infinité de petits bateaux français qui font la pêche de la morue! Bientôt il est en vue des côtes du Maine, si déchiquetées, si remplies d’îles de toutes sortes? que l’on dirait que ce n’est pas encore le continent, mais plutôt un archipel. Où est la terre ferme? Pourrat-il facilement se frayer une voie Pour y arriver, à travers ce dédale? 11 se décide enfin à jeter l’ancre à l'entrée de la grande baie de Penobscot.

Les sauvages de la rÂte® ne sont pas lents à venir le visiter. Ils grimpent sans façon :r le pont du Half-Moon, et au moyen de signes et de quelques mots qu'ils ont pu retenir da la langue française, ils apprennent au navigateur anglais que tout ce pays est fréquenté par les Français qui viennent faire avec eux la traite des fourrures. Champlain a passé trois années entières au milieu d’eux: il a exploré toutes ces îles, ces baies, ces rivières : il a fondé un établissement ( Port-Royal) 4 À quel-

oc

1° In 1578, on compta jusqu'à 150 bâtiments français sur le banc de Terreneuve.” (Histoire du chevalier d'Iberville, p. 8.)

2 C’est dans une de ces îles, l’tle des Monts-Déserts, que M. de la Saussaie fonda en 1613, sous les auspices de Mme de Guercheville, son établissement éphémère de Saint-Sauveur, qui eut une fin si tragique, et au sujet duquel Champlain écrit avec tant de bon sens: “ Voila 7omme les entreprises qui se font à la hfte, et s .s fondement, et fatékans regxrder an fond de l'affaire, réussissent toujours mal. (Œuvres de Champlain, p. 782.)

8 Les Etchemins et les Abénakis. (Ibid., carte de l'édition de 1682.)

4 La fondation de Port-Royal est attribuée à Poutrincourt, qui en avait obtenu la concession de M. de Monts; mais Champlain y prit une part importante. Le nom de Port-Royal fut donné au nouvel établissement par Poutrincourt en l’hon-

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ques lieues d'ici. Ces sauvages paraissent pénétrés d'estime et de considération pour le grand Français.

Hudson passe toute une semaine dans la baie de Penobscot.! Avec une de ses chaloupes, il voyage à travers les îles dont nous venons de parler, entre dans la rivière et la remonte jusqu’à une certaine distance. 11 descend à terre, et visite quelques villages indiens, Tous ces sauvages, en général, sont hospitaliers, et ont un excellent naturel : lorsque Champlain les visitait, ils se mettaient aussitôt à danser, pour lui exprimer la joie qu’ils avaient de le voir? Notre navigateur anglais a emmené avec Jui quelques ouvriers, et il les envoie dans la forêt couper le bois nécessaire pour faire de nouveaux mâts pour son navire; puis il revient au Half-Moon. :

A leur tour, les matelots hollandais vont à terre; mais ils y vont, eux, malheureusement, avec leurs instincts d’oiseaux de proie et de pirates. Ils visitent les wigwhams sauvages, et observent tout avec des yeux de lynx: dans ces taudis enfumés, pas l'ombre de cet or qu’ils ont tant de fois pillé dans les navires espagnols, mais des amas de fourrures qui ne sont pas à dédaigner. Pour s’en emparer, il faudra guetter une occasion propice, il faudra probablement verser du sang; mais qu’importe?

Le jour du départ du Half-Moon est annoncé: c’est le 25 juillet. Tout l’équipage a reçu ordre de se tenir prêt pour l’heure fixée. Le moment venu, six des meilleurs hommes de Hudson lui déclarent qu’ils ont besoin d’aller à terre. Ils mettent à l’eau toutes les chaloupes, et partent malgré ses défenses formelles, emportant avec eux des armes à feu; ils vont tout droit aux wigwhams qu’ils ont visités, font feu sur les sauvages, en tuent un grand nombre, et mettent les autres en fuite dans les bois. Puis ils se livrent au pillage le plus éhonté, s'emparent de tout ce qu’ils peuvent trouver de fourrures, et reviennent au Half-Moon chargés d’un énorme butin, qu’ils se partagent entre eux et leurs compagnons.

Hudson est désolé de cet acte de brigandage ; mais que peut-il faire contre un équipage qui est plus maître que lui à bord de son navire?

Continuant sa marche, et doublant le cap Cod, il arrive à Nantucket. De son navire, il entend des cris sur le rivage: il jette l’ancre, détache une de ses chaloupes et l’envoie à terre: ce sont les sauvages de Vendroit, qui, à la vue de ce beau navire qui longe leur domaine, poussent

+ — neur de Henri IV. D’après Lescarbot, l'endroit fut tout simplement appelé Port- Royal ‘“ pour sa beauté.” D’après Lescarbot, également, les armes de Poutrincourt portaient l'inscription: Znvia virtuti nulla est via; celles de M. de Monts: Dabit Deus his quoque finem. (Histoire de la Nouvelle-France, pp. 480, 615.)

1 C’est la baie que les Français appelaient Pentagotiet, ainsi que la rivière qui vient s'y jeter.

2 Œuvres de Champlain, pp. 210, 218.

des cris de joie, organisent des danses et se livrent à toutes sortes de

nces. L’écho des horreurs de Penobscot n’est pas encore arrivé

jusqu’à eux ; mais il retentira bientôt dans un des havres voisins et sur

les collines de la rivière Hudson; il se répercutera plus tard jusqu’au Saint-Laurent, jusque dans la vallée de l’Ohio.

Hudson et tout son équipage sont dans l'admiration à la vue des

ÿ paraît d’une richesse extraordinaire ; la vigne croît partout en abondance ; les prairies sont verdoyantes et les buissons en fleurs. J uet écrit dans son livre de bord: “ C’est vraiment un endroit délicieux, que ce

James. Ira-t-il visiter son ami John Smith?2 Se rendra-t-il au nouvel établissement de la Virginie? Mais cet établissement est régi par les lois anglaises ; et ces lois n’ont rien qui puisse sourire aux pillards hollandais de son equipage# ils refusent absolument d’aller à Jamestown; et Hudson est obligé de compter avec eux. Ils refusent également de continuer leur route plus au sud vers les étahlissements espagnols de la Floride, car ils n’ont nulle envie d’affronter les Espagnols chez eux et de se mettre à leur merci. Voici, du reste, que les événements, comme là-bas dans les mers boréales, semblent venir leur donner raison. Un Coup de vent épouvantable venant du sud, un véritable ouragan s’abat sur le Zalf-Moon, et le force à virer de bord. Hudson s'éloigne sans trop de regret de la baie de Chesapeake, et ne songe plus qu’à reconnaître la fameuse rivière dont lui a parlé John Smith, comme étant indiquée sur une vieille carte. 11 refait donc le chemin qu’il vient de parcourir, mais en observant les côtes de plus près. Il passe à l’entrée de la baie du Delaware, où se jette une des plus belles rivières de la Nouvelle-Angleterre. Il rase le cap May, et serre de près ces rivages admirables du New-Jersey, si fréquentés aujourd’hui par les touristes, si renommés pour leurs fummer resorts: Atlantic City, Long Beach, Long Branch. mm nn

1*The Indian country of great Mile ”—Massachusetts—was “ & very sweet land.” (The Conçuest of the Northivest.)

?A cette date, Smith recevait l’ordre de retourner en Angleterre. Il s’embarqua au mois d'octobre et ne revit plus l'Amérique.

8 Le fameux Argall, lieutenant-gouverneur de la Virginie, n'avait pas encore accompli les actes de piraterie par lessjuels i} dévasta en 1613 les établissements uaissants de Saint-Sauveur «+ de Port-Royal.

Désormais Juet se tient au haut du mât de misaine: la quille du alf-Moon à touché déjà plusieurs fois; il fant veiller pour éviter les quelque chose lui dit que l’on n’est pas loin du havre ia vieille carte: voici de l’eau trouble et un peu fangeuse d’une grande rivière qui se jette à la mer; et là bas, tout sur les « ‘lines environnantes, sont allumés des feux qui semblent

que les sauvages veillent sur un de leurs endroits favoris.

On est au matin du 2 septembre, Hudson et Juet n’ont plus de doute, ou du moins cherchent à se le persuader : c’est bien ici le terme de leur voyage; c’est bien ici la baie où ils doivent entrer. Laissant donc à leur gauche Sandy-Hook, ils s’avancent lentement, ayant à leur droite Staten Island, puis les coteaux verdoyants et ondulés de Long Island et Coney Island, et franchissent la porte étroite des Narrows. Ah, quel beau pays! quelle nature merveilleusement riche! Quel délicieux panorama! Ils sont dans la jutilation: matelots anglais et hollandais ne se possèdent pas de joie. Ah, qu’il fait bon d’être ici, plutôt que dans les glaces des régions arctiques, où ils ont failli périr de froid !

A cinq heures du soir, le Half-Moon jette l’ancre dans le havre de New-York, à l'endroit où s’élève aujourd’hui la statue de la Liberté.

Hudson est heureux, sans doute, de pouvoir enfin se reposer un peu de ses fatigues. Lea première nuit qu’il passe dans le havre de New-York, voilà la première nuit tranquille dont il lui est donné de jouir depuis longtemps. Qui sait si dans ses rêves le souvenir du Zuyderzée, qu’il avait quitté juste cinq mois auparavant, ne se présenta pas alors à son esprit? Mais n’est-il pas ici même dans le Zuyderzée, au milieu d’une flotte innombrable de vaisseaux marchands, aux formes-les plus variées, venant de tous les pays, et portant fièrement leurs couleurs nationales ? Oui, ce sont bien là les vaisseaux au milieu desquels il a dû se frayer une voie, en partant avec le Good Hope pour son voyage. Il est donc revenu au port qu’il avait quitté, au centre du commerce de ses marchands hollandais... C’était un songe, sans doute; mais n’était-ce pas aussi un présage de ce que devait être un jour le magnifique havre qu’il venait de découvrir, l’un des principaux centres de commerce du monde entier ?

1 Cette immense statue de la Ziberté éclairant le monde, œuvre de Bartholdi, était encore À Paris, au printemps de 1884, dans l’atelier où elle fut fabriquée, non loin du parc Monceaux, et nous eûmes le plaisir de la visiter. Voici ce que nous écrivions dans notre journal À cette occasion: “ Cinquante personnes, au moins, peuvent loger dans la tête de ce colosse. Rien de plus curieux que de voir, d'en bas, ces têtes humaines qui se montrent dans les dentelures de la couronne de la statue : elles ont l’air de petits oiseaux qui cherchent un abri. On monte facilement jusqu'au sommet de la statue par des escaliers pratiqués à l’intérieur. La statue est en bronse; les escaliers temporaires, & l'intérieur, sont en bois. Les orteils de la statue sont aussi gros qu’un homme ordinaire.”

Lorsque Hudson se réveille le 3 septembre au matin, toute la baie est enveloppée d'un épais brouillard ; et ce brouillard ne se dissipe que vers dix heures, Lors seulement i] peut se rendre compte d'une maniare exacte de la position des lieux : il distingue parfaitement Jes deux ri.

Presqu'Île sur laquelle s'étend aujourd’hui l'immense cité de New-York; du côté opposé, les deux bras de mer qui entourent l’île Staten, Sur les rivages où sont bâties aujourd’hui les grandes villes de Brooklyn, de inns7,** de Long Island, des feux allumés gb et een de signaux, ont rassemblé les sauvages ; et Hudson en aperçoit des nombrenx, où l’on danse, sans doute en son honneur, 11] faut évidemment qu’il aille les rencontrer quelque part, Il revêt donc ses plus riches habits d'officier de marine, tout galonnés d’or, et se rend à Richmond, dans l’île Staten. C'est là, en effet, suivant la tradition, qu’allèrent le saluer jes chefs et les anciens de toutes les contrées avoisinantes, L’entrevue est des plus cordiales, Les sauvages se mettent en cercle

puis ils vont le reconduire à son vaissean, où il les traite à son tour, et leur fait des présents dont ls vue les réjouit, Du reste, le Half-Moon stationne deux jours entiers ‘ans les Narrows, et pendant fout ce temps ce n’est que visites et échanges de Présents de part et d'autre. « Ce peuple est vraiment aimable,” écrit Hudson dane son journal,

Mais i] faut songer à partir ; il faut essayer de remonter cette

connaît encore que ler: bouchure. Déjà Hudson a fait faire plusieurs sondages de côté et d'autre, Le matin du 6 septembre, il envoie son ami, son homme de confiance, Colman, avec quatre matelots, jeter la sonde à un endroit appelé aujourd’hui Hell-Gate. Ces gens emportent leurs mousquets bien chargés, exécutent les ordres du Commandant, puis descendent à la Batterie, à l'extrémité sud de la Presqu’Île, et passent le reste de la journée à pêcher, à fläner, à se Promener et à jouir des beautés de ia nature.

Le soir, une pluie fine Commence à tomber: ils se hâtent donc de remettre leur chaloupe à l’eau, et rament avec vigueur pour arriver le plus tôt possible au Half-Moon, avant la tombée de la nuit, lorsque soudain ils voient fondre sur eux un canot de guerriers sauvages, Un mo-

1 Hudson river et East ou Harlem river.

[onssauin, “HAMPLAIN ET HUDSON 105

matelots sont gravement blessés; les deux autres saisissent leurs nousquets pour se défendre et sauver leur vie; mais la pluie a mis leurs armes hors de service, et d’ailleurs les sauvages sont déjà loin, Pour comble de malheur, la nuit est arrivée, sombre et pesante, et ils ont perdu de vue le Half-Moon. 11 leur faut donc ramer toute la nuit contre le courant qui les entraîne à la mer, Enfin, le matin venu, ils aperçoivent leur bâtiment, qui n’est pas loin, et finissent par le rejoindre, mais avec la douleur d'amener à leur commandant un mort et deux blessés, Quel retour lamentable et significatif de l'affaire de Penobscot !

Hudson est d'autant plus chagrin de ce malheureux incident qu'il perd en Colman un de ses meilleurs soutiens contre la partie révelutionnaire de son équipage. 11 y a'à Sandy-Hook un endroit qui s’appelle encore Colman’s Point. C’est probablement là que fut inhumé l’ami de Hudson.

Les sauvages font semblant d'ignorer ce qui est arrivé la 7eille, et sans vergogne viennent au Half-Moon, comme si rien n’était, offrir leurs pelleteries en échange d'objets européens, Mais le commandant ne se montre nullement disposé à faire bon accueil à ces sauvages. Il en garde deux seulement, qu’il revêt d’habits écarlates, semblables au sien, pour lui servir *e guides dans son voyage sur l’Hudson.

Maintenant, en route pour ce voyage.

Ceux qui le font aujourd’hui, et voient se dérouler devant eux cet admirable panorama, où se succèdent les vues les plus variées de châteaux splendides, de villages florissants, de constructions élégantes et merveilleuses,! de paysages gracieux, ont peine à se figurer ce que pouvait être le même voyage lorsque Hudson l’entreprit pour la première fois, s’avançant vers l’inconnu, toujours la sonde à la main pour éviter les écueils, mais fortement impressionné, aussi, par la grandeur du spectacle qui s’offrait à ses regards. Cette nature si riante et si beïle, à laquelle l’art et la civilisation ont ajouté, depuis, tant d’ornements, était encore absolument vierge: nulle habitation, là où l’on admire aujourd’hui ces villes élégamment bâties, Yonkers, Tarrytown, Westpoint, Newburg, Poughkeepsie, Saugettes, Catskill, Castleton, et surtout la capitale de l’état de New-York, Albany ; sur ces collines, sur ces falaises rocheuses et abruptes comme des murailles, sur ces hautes montagnes, où l’œi! du voyageur rencontre à chaque instant de magnifiques châteaux. des résidences princières, de vastes hôtels pour les touristes, rien, absolument rien que les

ren mélieneniresrimnsé,

1 Le pont si svelte, si lancé, si admirable de Poughkeepsie, par exempie, qui rappelle beaucoup, par son élévation, celui de Nydeck, à Berne, ou celui d’Alcantara, sur le Tage, À Tolède

arbres séculaires de la forêt, et, cà et là, au milieu de ces arbres une petite colonne de fumée qui s'élève des wigwhams sauvages, En regardant attentivement sur ces hauteurs, ou dans l’enfoncement de ces baies profondes, Hudson aurait probablement pu remarquer quelques Indiens, mal embusqués derrière les arbres, qui l’observaient avec leurs Yeux de lynx, tout étonnés de voir ce gros navire remontant leur rivière, et tramaient peut-être des complots contre l'étranger audacieux qui osait ainsi violer leur domaine.

N'oublions pas que nous sommes en septembre, dans cette saison de l’année qui est encore Pété, mais l’été moins ardent, où la nature rayonne d’un éelat modéré et adouci, où les arbres se parent de couleurs riches et variées, où les buissons, les plantes qui mûrissent répandent un arôme vivifiant. A l’époque où notre navigateur anglais remontait pour la première fois cette rivière à laquelle il a attaché son nom, on n’appréciait peut-être pas autant qu’aujourd’hui ces agréments et ces beautés naturelles. Qu’il dut cependant bénir la Providence de lavoir conduit dans ces parages! C’est bien Elle, en effet, qui l'avait amené ici: il ne songeait guère à ce beau fleuve, à cette terre d'Amérique, lorsqu’il avait quitté les rivages du Zuyderzée.

Il aurait joui davantage de son voyage, s’il n’eût craint à chaque instant quelqu’échauffourée de la part de son équipage indiscipliné, quelque attaque de la part des indigènes, dont il avait mille raisons de redouter les inst’ icts hostiles et humeur vindicative.

Le 13 septembre, le Half-Moon a dépassé Yonkers; le 15 au matin, il jette l’ancre devant Catskill, au pied de ces hautes montagnes, aux formes pittoresques, que l’on aperçoit de très loin; le 19 au soir, il est près d’Albany. Pour un voyage si aventureux, sur un fleuve que l’on re-

pour le guider dans un voyage si nouveau pour lui et si plein de dangers !

Mais ne voilà-t-il pas que ees gaillards, rendus à Albany, l’rbandonnent! Sont-ils ennuyés de servir? Ont-il soif de reprendre leur liberté? Ont-ils peur des Agniers dont le pays, maintenant, est tout proche? Ils ouvrent un des sabords du vaisseau, se jettent à l’eau eb se sauvent à la nage, puis prennent la fuite à travers les bois. Ils ont déjà

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* Hudson a jeté l’ancre un peu en deçà d’Albany ; et le chef d’un petit village indien est venu à bord du Half-Moon lui faire visite. Suivant son usage, notre navigateur anglais va le conduire à terre jusqu’à son wigwham. “ Ce chef sauvage, écrit-il dans son journal, avait sous ses ordres quarante guerriers, qui habitaient avec lui une grande cabane d’écorce de chêne, de forme circulaire, avec un toit arrondi comme un arc. Il y avait dans la cabane une énorme quantité de fêves et de maïs, assez pour charger trois navires, sans compter ce qui était encore à mûrir dans les champs! A notre arrivée, on étendit à terre deux nattes pour nous faire asseoir, et on nous servit à manger dans des gamelles de bois peintes en rouge. Deux sauvages étaient allés en toute hâte à la chasse, et avaient apporté une couple de perdrix; puis on avait tué un chien gras? qu’on avait écorché au moyen de coquillages ; c'était le menu du repas... Le sol pour la culture, m’a semblé le plus beau que j'aie jamais vu de ma vie...”

Hudson n’avait pas découvert le passage à la Chine auquel il rêvait

depuis si longtemps. Mais il paraissait joyeux, et se trouvait bien récompensé de ses fatigues par la découverte de cette rivière et de ce riche pays.

Au delà d’Albany, la rivière est parsemée d’écueils. On jette la sonde à différents endroits, et le Half-Moon peut faire encore trente milles de marche. Mais impossible d’aller plus loin, la rivière n’est plus assez profonde. Hudson se rend cependant en chaloupe jusqu’à Waterford, au confluent de la rivière Mohawk et de celle dont il remonte le cours, à cet endroit charmant où les deux rivières réunissant leurs eaux forment une belle presqu’ile qui semble une miniature de celle de New- York. Ne dirait-on pas que c’est ici la fin naturelle du voyage? Et cependant Hudson est tellement dans l’admiration du pays qui s'ouvre devant lui, qu’il aimerait à prolonger sa course un peu plus loin.

Mais il vient malheureusement ‘d'apprendre de mauvaises nouvelles de son équipage resté à bord du Half-Moon. Ses matelots hollandais ont

1Tout ceci concorde bien avec ce qu'écrit Marie de l’Incarnation des bourgades des Agniers qui furent détruites par le marquis de Tracy en 1686: ‘ L'on croyait n’y trouver, dit-elle, que des chaumières, mais tout fut trouvé el beau et si agréable, que tout le monde en fut surpris... Les cabanes, qu’on a saccagées et brûlées, étaient bien bâties et magnifiquement ornées... Elles étaient si remplies de vivres qu’il y en avait pour nourrir tout le Canada deux années entières...” (Lettres de Marie de l'Incarnation, édition Richaudeau, t. IT, p. 330.)

2 Cette viande de “chien gras” ne manquait pas d'attrait, puisque, d’après Sagard, les Français en faisaient leur régal: ‘ Le truchement Brûlé, écrit-il, qui s'était là venu cabaner avec nous, traita un chien, duquel nous fimes festin le lendemain matin en compagnie de quelques Français” (Histoire du Oenade. p. 751.)

profité de son absence pour faire encore de mauvais coups. Des chefs sauvages étant venus à bord du vaisseau, ils les ont enivrés et les détiennent prisonniers à fond de cale. Dans quel but? Pour forcer sans doute les sauvages à venir chercher leurs chefs en payant de fortes rançons. Hudson se hâte donc de revenir à son vaisseau, rend la liberté aux pauvres sauvages prisonniers, puis décide que le départ pour retourner en Hollande aura lieu sans délai.

Le 23 septembre, le Half-Moon met donc le cap au eud. La rivière Hudson est dans toute sa gloire, la saison est délicieuse, le soleil resplendissant, les eaux brillantes comme un miroir, les collines ravissantes à

complots: on finit par présenter à Hudson un ultimatum, lui déclarant que l’on ne veut pas retourner en Hollande. Les matelots anglais euxmêmes paraissent être de la partie, et le vaisseau échoue deux fois par leur faute.

Près d’Anthony’s Nose, le vent souffle avec rage, et le Half-Moon est obligé de jeter l’ancre Pour ne pas chavirer. Des signaux d’alarme ont été donnés à toutes les tribus indiennes des montagnes voisines, et lorsque le Half-Moon se prépare à lever l'ancre le 1er octobre, voilà une

canots ou à la nage; mais les matelots du Half-Moon mettent une âe leurs chaloupes à l’eau et essaient de les poursuivre. Un des sauvages à la nage saisit la chaloupe pour la faire chavirer, mais un des matelots lui coupe le bras et il tombe au fond de Peau comme une pierre. Il fait déjà noir ; et l’on se hâte de retourner au Half-Moon avant la tombée de la nuit; puis le navire de Hudson continue paisiblement sa route, TI n’est pas cependant au bout de ses aventures.

En arrivant le lendemain près de la rivière Harlem, Hudson aperçoit une centaine de sauvages qui sont en embuscade sur la rive gauche. Conduits par les deux guides qui l'ont accompagné dans son voyage, et lui ont échappé près d’Albany, deux canots glissent sournoisement sous les flancs de son navire, et il en part une grèle de flèches qui tombent au milieu de son équipage. [1 en coûte à Hudson d'ouvrir la sainte-barbe et d’en sortir la poudre et les munitions dont on peut se servir ensuite à sôn propre détriment. I] le faut cependant: on tire sur les sauvages, et il en tombe trois raide morts. Alors tous les Indiens qui sont restés à

[aosseLin)] CHAMPLAIN ET HUDSON 109

terre se rallient près de l’endroit appelé aujourd’hui Riverside Drive. Hudson pointe sur eux un de ses cunons, et il en tombe encore deux frappés à mort. Acharnés comme des mouches, ces sauvages sautent dans leurs canots pour courir après lui : il dresse alors contre eux toutes ses batteries, et lance une charge générale qui fait tomber douze de ces barbares. Le Half-Moon peut alors continuer tranquillement sa marche, dépasse Hoboken, et va jeter l'ancre dans la baie de New-York, Il y stationne quelques jours.

Enfin, le 4 octobre, le vaisseau de Hudson lève l’ancre pour la dernière fois, franchit les Narrows et entre en mer. Mais voilà la sédition de l'équipage à son point ai : retourner en Hollande, où ils sont sûrs de subir de graves châtiment, ces matelots ne le veulent pas ; ils refusent absolument de faire la manœuvre. Colman n’est plus là pour venir au secours de Hudson. Juet propose un compromis: aller hiverner à Terreneuve, où l’on pourra peut-être s’adjoindre des matelots anglais. Hudson finit cependant par tout concilier, en promettant à son équipage mutin de ne pas l’envoyer en Hollande, s’il consent seulement à conduire le vaisseau sain et sauf en Angleterre. Les matelots consentent, le voyage continue et s’achève.

Le Half-Moon entra enfin dans le port de Darmouth, dans le Devonshire, le ? novembre 1609.

- Le vaisseau fit naufrage et sombra, quelques années plus tard, dans un voyage aux Indes Orientales,! où il était déjà allé plusieurs fois.

Quant à Hudson, l’expédition si aventureuse qu’il venait d’accomplir, les dangers qu’il avait courus et surmontés, le succès qui avait couronné sa patience et son courage, l’élevèrent si haut dans Pesprit de ses compatriotes anglais qu’ils ne voulurent pas lui permettre de continuer à servir les marchands d'Amsterdam. Il ne lui fut pas même permis d’aller en Hollande pour leur présenter lui-même son rapport: il dut le leur envoyer par l’entremise du consul hollandais à Londres, Van Meteren. La Compagnie de Moscou, qui avait dédaigné ses services le printemps précédent, se préparait déjà à les utiliser pour un nouveau voyage au Pôle l’année suivante.

Qui pourrait dire toutes les conséquences du grand voyage de sept mois que Hudson venait de mener à bonne fin? Qui pourrait calculer les résultats de la découverte de la grande rivière à laquelle il a attaché son nom? Bientôt la Compagnie d'Amsterdam équipera des vaisseaux qu’elle enverra à l'embouchure de cette rivière ; elle y établira un grand

1“1t is to be hoped Hudson’s crew went down with her!” (The disvovery of the great Northwest.)

Jui ea rrsrchandises pour la traite des fourrures avec les sauvages, et lui donners le nom de New-

Orange.

mire qui s’aggloméreront autour,! exciteront la jalousie convoitise ’Angieterre, qui s’en emparera en 1664, et New- Amsterdam deviendra New-York, en l’honneur du duc IL, roi de la Grande-Bretagne.

à RSR Se 1 Le gouverneur de ces colonies hollandaises résidai

un lieutenant à Orange. C'est grâce d'Autriche qui

accompagnèrent sont les plus dramatiques qu'il soit possible d'imaginer. (Relations des Jésuites, 1643, Pb. 77-79.) Le P. Jogues retourna à Orange en 1646, cette fois avec Jean Bourdon, et tous deux furent “ fort bien reçus ” par le gouverneur hollandais. (Ibid., 1646, p. 15.)

2 A.-D. DeCelles, Les Etats-Unis, p. 118.

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