GOSSELIN) CHAMP:AIN ET HUDSON
imprimaient à cette étroite enceinte, étaient censés prédire le succès ou l’insuccès de la prochaine guerre!
“Tous ces garnements qui font les devins, écrit-il, de cent paroles n’en disent pas deux véritables, et vont abusant ces pauvres gens, comme il y en a assez parmi le monde, pour tirer quelque denrée du peuple, ainsi que font ces galants. Je leur remontrais souvent que tout ce qu'ils faisaient n’était que folie, et qu’ils ne devaient y ajouter foi.”
On passa une nuit tranquille, sans alarme ; et l’on se remit en route le lendemain, sans être d’ailleurs nullement inquiété le reste du voyage, pas plus qu’on ne l’avait été jusque-là. Champlain ne cesse d’admirer le pays qu’il parcourt: c’est un merveilleux panorama qui se déroule constamment devant ses yeux. Les sauvages ne l’ont pas trompé en lui disant qu’ils lui feraient voir “ choses belles” Voici maintenant la rivière qui s’élargit un peu, voici l’entrée du lac, voici le lac lui-même, avec les quatre îles magnifiques qui s’y suivent de près, et semblent inviter le voyageur à s’y reposer: l’île Longue et la Grande île, l’île Lamotte, l’île Valcourt. Partout une riante végétation, un pays admira-
1 L'ile Lamotte est le seul endroit des Etats-Unis qui ait été visité par Mgr de Laval. Il s’y rendit en 1668 pour y porter les secours de son saint ministère aux soldats de la garnison du fort Sainte-Anne, dont M. de Lamotte était commandant. Nous visitâmes nous-même cette île en 1890, et voici quelques notes que nous trouvons à ce sujet dans notre journal :
“ L'ile Lamotte, ainsi appelée du nom d’un officier du régiment de Carignan, peut avoir deux lieues de longueur sur une demi-lieue de largeur. Elle est généralement unie, avec une légère élévation au milieu. Un beau chemin en fait le tour, sur le bord de l’eau, entre deux rangées d'arbres: c’est une magnifique promenade. L'ile n’est un peu élevée que du côté nord: la falaise peut y avoir cinquante à soixante pieds de hauteur: au pied de cette falaise, sur le sable du rivage, était le fort Sainte-Anne, dont on reconnaît l'emplacement par quelques tas de roches, aujourd’hui recouverts de gazon. A l’autre extrémité de l'île est une magnifique carrière, d'où l’on a extrait, paraît-il, une partie de la pierre qui a servi au pont Victoria, et à celui de Brooklyn.
“ L'ile est couverte d’arbres fruitiers, pommiers, pêchers, pruniers. La vigne elle-même y abonde, et le raisin mûrit. Les foins et le trèfle répandent un parfum admirable. C’est un véritable jardin. Mais il y a une infinité de corbeaux, qui pourraient détruire les vergers; on les chasse, en plantant çà et là des petits pavillons blancs, qui produisent un singulier effet sur le paysage: image de la civilisation qui a chassé de ces parages ces autres corbeaux, qui s’appelaient les Iroquois. à “Ces sauvages continuent toujours, cependant, À hanter notre imagination. 11 nous semble voir encore leurs canots sillonner les eaux du lac Champiain, rôder autour de ces îles, et filer du côté d’Alburg et de Rouse's Point, pour tâcher de surprendre nos ancêtres au moment où ils débouchaient de la rivière Richelieu.
‘“ Un riche cadre de verdure entoure de toutes parts l'horizon. Du côté de l'ouest, surtout, ce cadre est très large, et s'élève graduellement jusqu’au massif des Adirondacks, dont les ctmes verdoyantes se confondent avec les nuages, lesqueis revêtent ici les formes les plus fantastiques. . .”
infinité de baies, au fond desquelles reposent aujourd’hui de beaux vil.
, des villes florissantes : Plattsburg, Port Kent, Burlington, Essex, West Port, Port Henry, ete. Çà et là, de longues pointes qui s’avancent dans le lac et que les vaisseaux ont à contourner: Jes points de vue et les Paysages se diversifient sans cesse, On se croirait au lac de Genève, ou bien sur le lac, encore plus Pittoresque, des Quatre-Cantons,
un pays MOntagneux, au fond du lac: “ Cest là, lui disent-ile, que nous devons aller trouver nos ennemis,”
Us vont cependant les rencontrer plus tôt qu’ils ne pensent, quelque temps, déjà, Par précaution, ils ne voyagent que de nuit, et se reposent le jour,
Iroquois, sur les dix heures du soir, au bout d’un C8P Qui avance dans Je lac du côté de Poccident, Ces sauvages venaient à Ja guerre.” > =
cris, Provocations, insultes et bravades, Ie Combat se livre Je lendemain, et Von sait avec quel résultat, C’est la première fois que les Iroquois font,
111 y avait surtout abondance de Chènes: et ces Chènes furent utilisés plus tard par l'Angleterre, lors du fameux blocus Continenta] décrété par Bonaparte. La mer Baltique étant fermée à Ja rrande-Bretagne, elle fut obligée de se Pour. voir en Amérique du bois nécessaire Pour la Construction de ses navires ;.et c’est à cette occasion que les rives du lac Champlain se virent dépouillées en grande
? A quelques lieues de Carillon, Qui est situé dans l'angle formé par la ds. charge du lac et le Inc Champlain lui-même, Le Promontoire de Carillon est un endroit délicieux : Je Point de vue rappelle beaucoup celui dont on jouit sur Ja terrasse Dufterin, (e) à Québec,
(a) Cette terrasse fut d’abord appelée “terrasse Durham,” du nom de Lord Le GR 00 1808 Gr PER Château Saint-
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à leurs dépens, l’expérience des armes à feu, qu’ils ne connaissent pas encore, Plût au Ciel qu’on ne les eût jamais mises entre leurs mains! Les arquebuses de Champlain et de ses deux compagnons eurent facile-
u, que je vis depuis:? et au delà entrer dans un autre lac qui contient quelque neuf ou dix lieues de long, et qu’étant parvenu au bout de ce lac, il fallait
faire quelque deux lieues de chemin par terre, et passer une rivière, qui
’exploration, était distance ?
Le voyage accompli par Champlain dans l'été de 1609 était relativement facile: en partant de Québec, où il venait de fixer son “ abitation,” Champlain savait où il allait; il avait de bons guides : les sauvages qui lPaccompagnaient et qui étaient parfaitement habitués au pays. Tout autre était le voyage entrepris par Henry Hudson: l'intrépide marin s’en allait à l'aventure, vers inconnu, sans direction bien déterminée, sans autre guide que lui-même, avec ses illusions et ses rêves, ses projets plus ou moins fantastiques, pour aboutir, il est vrai, à un endroit magnifique, mais auquel il n’avait probablement jamais songé.
Avant de raconter son voyage, faisons connaissance avec ce célèbre navigateur.