‹ Champmeslé, comédie en 1 acte et en versChapitre 19 sur 26 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

RACINE, l.A FONTAINE.

RACINE, allant vert la chambre de Marie.

El^ a dù s'habiller: sans doute elle m’attend.

^ LAFONTAINE

Badne, écoute-moi.

RACINE

Pins tard,

LAFONTAINE

C'est important.

Jette sur ce papier les yeux.

RACINE

Que Têux'tu fsire?

LAFONTAINE

Mais une comédie.

RACINE

Ah ! c est une autre affaire.

Demain !

LA FONTAINE

LU ce billet.

RACINE

Qu’est-ce donc?

U prend le billet.

LA FONTAINE

Un moyen

Pour notre Veau perdu... Racine, écoule bien.

Le fermier Ricato.

RAUNE.

Comment! mais cette lettre!

Quelle éCTÎture! oui, tu dois la reconnaître;

C’est celle de Marie. *

LA FONTAINE, regardante billet.

En effet... c'est égal.

Je vaU te consulter jur un point capital.

■ RAdNB, ejraminanf l'adrettet après utoir lu. C’est pour lui ! qu'ai-je lu ? mon Dieu, quel coup

[de foudrel

Vient briser mon espoir I que faire? que résoudre? Je suU anéanti, je vois fuir à jamais Le bonheur de mes jours! Oh ! comme je l’aimaUI M'abuser à ce point! moi, qui mettais ma gloire A joindre nos deux noms dans la même mémoire ! Loyal, je lui prêtais une âme sans détour,

Dans ma crédulité séduite par l'amour. Profondément atteint d’une si lâche injure.

Mon cœur, tu saigneras longtemps de ta blessure; In Mfitiras peut-être, impossible à guérir.

Cette vivante plaie; et mieux vaudrait mourir. LAFORTÂiNE, gui l'a êuivi des yeus avec étonnement,

Qu’a-t»il donc?

RACINE

Je l’aimais, je suis trahi par elle.

MAGASIN THÉÂTRAL

Regarde : pour Clermont.

tAFOXTAnr.

Pour ('lermontl

HACLNK. •

L'infidéle!

Comme elle m'assasiine aver tranquillilé!

De cette trahison qui se serait douté t Est-ce là Champmesié que j’avais animée Du feu sacré de l’art, et que j'ai tant aimée !

Il s'assied près de la table.

LA FONTAHB, dittrait, à lui-mitne.

J’ai bien soif: le travail dessèche!...

RACUfB. •

Je la perds!

J’ai honte de souffrir.

Il tomba daot une profonde rêverie.

L.t FOXTAü^Ë, sortant ds sa distraction et aliant s'asuoir près de /tadne.

Dans ce séjour pervers

<Jue de maux insensés! mais il est un remède, Chapelle me l'a dit, devant lequel tout cède: l.e vin, bienfait du ciel, spécifique accompli ,

Le Léthé des anciens, le fleuve de l'oubli.

Mon Racine, vois-iu, la muse pour maltresse.

Le vio pour compagnon, pour guide la paresse. C'est ma devise. Viens au prochain cabaret.

Crâce à quelques flacons d’un petit vin clairet iju’on boit au Moutou Blanc, des choses de la vie Après deux ou trois coups nous n’aurons plus

[envie.

Viens, nous raisonnerons à fond sur tout cela;

Le vin est consolant. Hein! comme le voilà !

(>la ne te plaît pas... bien, parlons d’autre chose. y«ic lui diraUje encore? Allons, je le propose i n autre moyen sûr de guérir de l'amour;

Il n’a jamais failli, du moins jusqu'à ce jour;

Il faut te marier: je connais une fille Parangon de vertu... sois père de famille!

Aie un enfant, deux, (rois... L’hymen est le (om>

[beau

De nos illusions... Veiii-tu, le temps est beau, Veux-tu que nous allions, la tête la première. Nous jeter tous les deux au fond de la rivière?'

RACiNK, sorfant de sa rêverie.

Noble abbé de Hancé, vous avex bien compris Ce que ce monde faux inspire de mépris <Juond vous l'avex quitté... Port-Royal, solitude Où j’ai goûté jadis les rh.irmcs de l’étude, ' Cfuc j’eus tort de vous fuir !

il n*lii le billet, pois !ç po>e sur la table et s« lève. La Fontaine prend sa place et examine de notiveau la suscription dn billet.

Ah! dès les premiert jours Elle m'abusa donc par de fausses amours, Lorsque, les yeux baissés, le frootcalme et timide. Elle semblait avoir l’innocence pour guide, Lorsqu’elle me jurait qu’inflexible pour tous ,

Son cœur demeurait froid même aux vœux d'un

[époux,

N'empruntant que du mien une amoureuse

[flamme,

Et qu’elle était un marbre auquel je donoaisl’&me! T^Ile mentait... Peut-être après quelques moments. D'autres étaient liés par les mêmes serments. Honte, honte sur elle... infime duperie.

Art perfide et cruel de la coquetterie!

A toute émotion son cœur restait fermé ,

El je fus insensé quand je me crus aimé.

LA PONTAIIVB, 10 lovont êt oltont à /facx’na. Voyons t redeviens donc un peu plus raisonnable. Tu comprends mal l’amour. Racine; pourquoi

[ diable

En faire un compagnon fâcheux et Urmoyanl?

C’est un enfant espiègle au visage riant;

Dans ses chaînes de fleurs librement on se joue Sans jamais resserrer celle qui se dénoue!

Que ne m’a-t-on aimé? Doux vers que j'ai polis Pour celte Champmesié, sous le nom de Pbilis,

Si vous m’aviez gagné son âme si rebelle,

Aucun reproche amer n'eût attristé la belle.

Plus d'idjlle à préieiii : va, les bords du Ugooo Sont, a l'heure qu’il est. fort dépeuplés, dit-on. Les mœurs ont bien changé, nul ne doit plus pré-

[ tendre.

Racine, à naviguer sur le fleuve du Tendre.

Soyons de noire temps.

RAClNt.

Par la peine envahi.

Je ne pourrais sourire a qui m'aurait trahi;

Je ne pourrais jamais de nos femmes légères Accepter, comme un bien, les faveurs passagères. De la fidélité qu’on veut leur imposer La durée est égale à celle d'un baiser;

Ce n’esi pas la façon dont j'aime cl veux qu'on

[ m’aime :

Je demandais un cœur qui fût tout a moi-même ! Je quitterai Paris.

LAFONTAI.NK.

La province en amour.

Racine, est avancée... et luiras-Ui la cour,

Où l'on te veut du bien?

RACINE

Oui, certc.

LA FONTAI.NB.

El le théâtre?

RAaivr.

J’y renonce, et j’en fus beaucoup trop idolâtre. Mon cœur d’un autre culte espère être rempli;

Le ciel peut-être un jour y versera l’oubli.

A tout ce qui charma ma Jeunesse frivole Je dis adieu. Le temps qui vite s'envole,

L'amour qui disparaît encor plus promptement, Opèrent en moi-même un profond changement.

Les enivrants succès, les bravos éphémères Remplissent nos esprits de mondaines chimères,

A de graves pensers viennent nous arracher,

Nous détournent du but où nous devons marcher. Je le sens bien, d’ailleurs, mon amour trop aus-

[ lcre

N’eût passû se plier aux choses de la terre; Marie, il eût troublé votre sérénité;

Reprenez votre joie et votre liberté.

Avec triosport.

Mais, je veux lui parler, oui, je veux la coa-

[ fondre*

La voici, nous verrons ce qu’elle peut répondre! Que dis-je? Elle essaierait de mentir, de nier. Épargnonsdui reffront de se justifier!

# U sort avec agitatioe.

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