‹ Champmesle: comédie en un acte et en versChapitre 17 sur 26 · JEAN-PIERRE, CHAMPMESLÉ · texte numérisé non relu

JEAN-PIERRE, CHAMPMESLÉ

JEAN-PIERRE ; H entr'ouvre la porte avec précaution, et il tient un médaillon.

Personne !

Il aperçoit Cliampmeslé.

Ici, monsieur, laChampmeslé demeure?

CHAMPMESLÉ, brusquement.

Oui.

JEAN-PIERRE, naïvement.

Ne pourrais-je pas lui parler tout à l'heure ?

Je suis pressé, monsieur.

Et que désirez-vous?

JEAN-PIERRE, avec hésitation.

Lui remettre... Monsieur, seriez-vous son époux ? CHAMPMESLÉ, à part.

Qu'est-ce que cela?

Haut.

Non.

JEAN-PIERRE

J'aurais craint la méprise.

Le bourgeois m'a dit : Jean, ne fais pas de sottise ; Il s'agit de remettre à la dame, en secret, Un bijou que voici ; va vite et sois discret.

CHAMPMESLÉ, à part.

Comment ! ce médaillon, celui qu'elle dérobe Avec précaution dans les plis de sa robe, Où mon portrait...

JEAN-PIERRE, avcc unc effuùon comique.

Monsieur, le fait est singulier; Il serait curieux vraiment à publier ; Le monde en général aime les tours qu'on joue A ces pauvres maris. Pour ma part, je l'avoue. Je n'ai rien entendu qui m'ait plus diverti; Vous en ririez.

CHAMPMESLÉ, à part.

Quel froid mon cœur a ressenti !

Tâchons de lui cacher la frayeur qu'il me cause. JEAN-PIERRE, après avoir regardé autour de lui. Monsieur, j'ai le désir de vous conter la chose.

Vous me faites l'effet d'un galant homme ; eh bien!. Sachez donc... mais jurez que vous n'eu direz rien.

CHAMPMESLÉ, à part.

Que va-t-il m'apprendre?

JEAN-PIERRE, sc livrant de plus en plus.

Ahl pour la cour et la ville On pourrait là-d^sus faire un bon vaudeville. Apprenez donc, monsieur, que dans ce médaillon Le mari le premier vit inscrire son nom Sous son portrait. C'était bien juste ; le cher

[homme!

11 fut remplacé par... Par qui donc?... On le

[nomme Le marquis de... Qu'importe? Enfin, dit le patron, La Cliampmeslé changea do figure et de nom , Tant qu'elle doit, ayant ce goût pour la peinture. Posséder un musée au moins en miniature.

Que dit-il ? 0 mon Dieu !...

JEAN-PIERRE, en sc frottant les mains.

Voici le dernier trait :

Le grand monsieur Racine y va voir son portrait; Car son tour est venu. Ce médaillon unique Représente en petit la lanterne magique! Poètes et marquis y passent.. . Pauvre époux ! C'est très-réjouissant ; vous n'en riez pas, vous ?

CHAMPMESLÉ, avec cffort.

Le conte est fort plaisant.

JEAN-PIERRE

Mais ce n'est pas un conte; Ces portraits, le patron les monte etlcs démonte. Silence à tout jamais! il perdrait son emploi. Qui l'occupe beaucoup, un emploi d'or, ma foi. Carde laChampmeslé la bourse aisément s'ouvre, Comme le cœur. . .

Il rit.

Oh ! mais il faut que j'aille au Louvre. La cour, chez le patron, se fournit de bijoux. Si j'osais vous prier, si j'étais sûr de vous. . . Puisque dans la maison je ne trouve personne. J'aurais bien voulu voir pourtant la jeune bonne; Un air des plus piquants et qui me revient fort. Des yeux brillants et vifs à ranimer un mort ! Mais l'amour se soumetquandle devoir ordonne... Ce médaillon....

CHAMPMESLÉ, avec impatience.

Donnez!.

JEAN-PIERRE

Pour que je vous le donne.

Il faut bien m'assurer de le remettre.

Oui.

A part.

Comment ! Racine était dangereux aussi, lui !

JEAN-PJERRE.

Al'insu du mari... Gardez qu'il ne le sache; Ces choses-là, toiqfcurs aux maris on les cache. Monsieur, je vous confie un important secret. Car mon maître m'a dit : Va vite et sois discret. Il sort en faisant des gestes mystérieux.

MAGASIN THÉÂTRAL

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