‹ Champmesle: comédie en un acte et en versChapitre 25 sur 26 · SCÈNE XXIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XXIII

MARIE, puis LA FONTAINE, CHAMPMESLÉ

caché.

MARIE

On le veut! qu'est-ce à dire?

Claudine...

Elle se retourne et ne voit plus Claudine.

MAGASIN THÉÂTRAL

Est-ce qu ici contre moi tout conspire? La Fontaine entre, le cerveau un peu échauffé. la Fontaine, c'est vous...

Là FONTAINE.

De chagrin pénétré, Racine tout à l'heure à l'église est entré .

MARIE

Voulez-vous m'expliquerpar quel hasard extrême Ce billet...

LA FONTAINE, comme frappé d'une idée soudaine . JeletiensdeGlermont...deluimême!

MARIE

Se peut-il ?

Voilà bien le meilleur des amisf .. LA FONTAINE, Tésolument.

J'étais au Mouton Blanc, où Clermont m'a remis Ce billet...

Âpart.

Ce portrait, et j'ai compris l'histoire. Il montre le portrait caché dans sa main. MARIE, à elle-même.

Ah! monsieur de Clermont, une action si noire !

LA FONTAINE, à part.

De deux rivaux d'un coup Champmeslé s'est défait; Bocace, en vérité, n'a rien de plus parfait.

MARIE, à elle-même.

Quelle fatuité !

LA FONTAINE, la tête unpeu échauffée.

Voici la place nette...

Ce petit vin clairet vraiment monte à la tête. . . Plus de galants ici, grâces à notre époux. J'ai toujours eu pour elle un penchant des plus

[doux.

Si je me déclarais ? Je crois l'heure propice !

MARIE

A quelque grande dame il m'offre en sacrifice !

LA FONTAINE

Consolez-vous, Marie ; écoutez mes conseils. Ne livrez pas votre âme à des amours pareils. De Racine d'abord j'ai partagé l'offense Avec quelque chaleur et j'ai pris sa défense. Mais sur moi la raison a des droits absolus. Ce n'était pas votre homme, et ce Clermont pas

[plus.

Marie s'assed rêveuse sans l'écouter.

Très-bien !

Ils n'auraient eu, tenez, ni l'un ni l'autre Une tendresse aimable et conforme à la vôtre. Racine eût condamné vos caprices joyeux, Clermont eût courtisé cent belles sous vos yeux.

CHAMPMESLÉ, à part.

Je n'aurais pas mieux dit.

LA FONTAINE

D'une humeur moins altière Rabattez-vous plutôt vers un joyeux compère.

CHAMPMESLÉ, à part.

Il veut parler de moi.

LA FONTAINE

Que sans vous en douter

Vous avez sous la main . . . Daignez donc m'écouter : Irez-vous de la cour chercher les rebuffades, Essuyer des marquis les folies incartades, Vous créer des ennuis, et pour obtenir quoi ? Ce que l'on peut trouver sans sortir de chez soi.

CHAMPMESLÉ, à part.

Je l'embrasserais bien ; amitié tendre et vive.

LA FONTAINE

S'ilfautqu'à Champmesléquelquedisgrâcearrive, Je sais quelqu'un.

CHAMPMESLÉ, à pat t.

Quelqu'un ! Que dit-il î

LA FONTAINE

Oui, quelqu'un Dont le bon caractère est loué par chacun ; C'est un esprit charmant, c'est une âme parfaite.

CHAMPMESLÉ, à part.

La proposition est tout à fait honnête.

LA FONTAINE

Je vous réponds d'un homme à vos ordres soumis! C'est moi.

CHAMPMESLÉ, à part.

Je me trompais. Ce sont là les amis.

LA FONTAINE

C'est moi qui vous conviens: bon et gai camarade. Distrait, cela se peut, du moins jamais maussade, Toujours auprès de vous étant l'associé De Champmeslé, pour qui j'ai beaucoup d'amitié.

CHAMPMESLÉ, à part.

Il y paraît... pousser les choses jusqu'à mettre Dans la communauté ma femme.

LA FONTAINE

Je veux être Fidèle dix fois plus que ne l'est votre époux. Marie, écoutez-moi, je tombe à vos genoux. Il se met aux genoux de Marie, qui ne s'en aperçoit pas.

CHAMPMESLÉ, à part.

Et trois... Soyez l'époux d'une actrice à la mode! Paraissons... Ce serait être par trop commode Que de le laisser là...

MARIE, se levant sans prendre garde à La Fontaine.

Qui l'eût dit? un Clermont!

Plus je réfléchis, plus mon esprit se confond. La Fontaine reste à genoux tout déconcerté. Champmeslé se tient au fond.

Le voilà devenu plus bête que ses bêtes !

MARIE, se retournant et voyant La Fontaine. Que faites-vous donc là?

CHAMPMESLÉ, se montrant.

Oui, qu'est-ce que vous faites ?

Monsieur de La Fontaine, expliquez-vous.

LA FONTAINE, se relevant.

Ma foi, Je fais, je fais la cour à ta femme.

MARIE

Ah! à moi!

Elle se met à rire.

C'est un aveu naïf.

LA FONTAINE, à part.

Elle rit, mauvais signe!

Savez-vous bien que c'est une conduite indigne! Vous me rendrez raison.

LA FONTAINE, le prenant à part.

Raison, raison, à toi!

Quoi! vous osez, monsieur, à ma femmel

LAFONTALNE,

Eh bien ! quoi !

Sois fâché si tu veux que mon amour éclate, J'y consens. C'est ton droit; mais moi que je me

[batte

Avec toi , i»assi fou!. ..

CHAMPMESLÉ, furieux.

Mais. ..

LA FONTAINE

Tu m'as dit tantôt Et j'ai bien vu depuis que je n'étais qu'un sot. « On dîne bien chez moi, je suis joyeux convive, » Je prétends que chacun ici-bas en paix vive. » La vengeance est bruyante et révèle l'affront. » C'est ôter son chapeau pour qu'on vous voie au

[front. »

Tu l'as donc oublié ?

C'est qu'il dit vrai, l'infâme!

Ne pas même pouvoir se battre pour sa femmej

A La Fontaine.

Un ami devrait-il....?

LA FONTAINE, en lui parlant à l'oreille. Eh mais, assurément.

Il faut mieux que ce soit moi qu'un autre.

Comment...

C'est un vrai Tartufe ! . . .

LA FONTAINE, élevant la voix.

Ah ! ta colère est plaisante.

Quand je t'ai vu tantôt embrasser ta servante.

MARIE, se rapprochant.

Comment, monsieur, Claudine !

Il divague toujours.

MARIE

Vous qui me rappeliez mes premières amours, Ah ! qui m'eût dit à moi, quand vous m'avez

[choisie , Quand je crus voir en vous, selon ma fantaisie. Briller tous ces héros dont vous avez l'emploi. Lorsque d'Agamemnon mon cœur reçut la foi, Qui m'eût dit qu'oubliée alors que l'on me vante. Je me verrais un jour préférer ma servante. . .

Fi donc !

JEAN-PIERRE, en dchors .

J'entrerai.

CLAUDINE, en dehors.

Non. On n'entre pas.

JEAN-PIERRE, en dekors.

Si fait.

Quel est ce bruit ?

MARIE

Quelqu'un se dispute, en effet.

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