SCÈNE
Bajazet (seul)
C'est icij mon garçon, qu'il te faut réfléchir!
Et de ton embarras t'efforcer de sortir
Ce n'en serait pas un pour un homme ordinaire; Qui sait bientôt trouver la fin de son affaire; Mais je ne puis sitôt brusquer le dénouement, Les combats dans le cœur, prouvent le sentiment, Commençons. A l'amour sachons tenir la bride Au grand galop sans quoi j'irai voir Atalide; Et contre mes transports, contre ma passion
Laissons un peu parler la noble ambition
Voilà donc, d'un côté, les traits de la maîtresse, De l'autre la bouteille et son heureuse ivresse, Si je suis le grand turc Dieu sait le joli train Où du beau Bajazet va rouler le destin;
Les plaisirs à sa voix vont en foule se rendre, Il n'a qu'à se baisser chaque jour pour en prendre, Mais mon gosier surtout avec ardeur promet De faire un fier accroc aux lois de Mahomet. A tire Larigot, comme un nouveau Grégoire. Du matin jusqu'au soir je fais serment de boire,
Et du meilleur j'entends sans peine on le conçoit.
Voilà ce que mes yeux trouvent du côté droit
Mais à gauche, j'entends chanter à ma maîtresse : Il n'est point de plaisir, de bonheur sans caresse La meilleure liqueur et le vin le plus fin
Sans le sucre d'amour ne font que chicotin
Ah! quels cruels combats! Déplorable misère!
Mon cœur et mon gosier en moi se font la guerre, Et maîtresse et bouteille, et tendresse et bon vin, Ensemble, tour à tour, se battent dans mon sein : Dans ce bel embarras, lorsque je m'envisage, L'âne entre deux boisseaux est ma parfaite image;
Comment donc m'en sortir! mettons la main au cœur
Comme il bat! ah! bouteille à ton air enchanteur
(Il se tourne à gauche).
Mais tes coups redoublés vont crever ma poitrine!..,
Tu l'emportes enfin, ô charmante cousine C'en est fait.