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Plus d’une fois un épithéliome a été pris pour un chancre syphilitique, ou plus souvent l’erreur a été commise dans un sens inverse, surtout au niveau des lèvres, de la langue, de l’amygdale. L’épilhéliome débute par un petit noyau d’induration; à l’époque où celui-ci s’ulcère, le tissu reste grossièrement granuleux, il y a tendance au bourgeonnement, à la végétation; les ulcérations bourgeonnent, saignent facilement, sont plus suppuratives et plus destructives que l’ulcération chancrcuse; l’adénopathie peut accompagner l’une et l’autre affection. La marche de l épithéliome est plus lente. L’induration sous-épithéliale est généralement moins dure, moins résistante que l’induration chancrcuse. Après quelques semaines d’existence, on voit 1 ulcère syphilitique tendre vers la cicatrisation; pareille tendance n’existe pas pour l’ulcère cancéreux. L’apparition des accidents secondaires viendra éclairer un diagnostic incertain.
Nous venons de signaler les principales confusions auxquelles peut entraîner le diagnostic du chancre eL des affections similaires : nous ne pouvons nous étendre sur les surprises pour ainsi dire innombrables que le chancre syphilitique réserve au praticien.
Le médecin doit toujours avoir présent à l’esprit qu’il n’est pas d’âge à l’abri de la syphilis acquise, qu’il n’est pas de région de la peau ou des muqueuses, faisant directement suite à la peau, qui ne puisse être le siège du chancre syphilitique, que nul besoin n’est de l’acte vénérien pour que celui-ci se montre, qu’il est souvent le résultat d’une inoculation accidentelle dont le malade n’a nulle conscience : aussi, en présence d une plaie dont 1 origine, la nature ne
CIIAM'.IŒ SVIMI I I.ITIOI K.
ressortent pas à première vue, le médecin devra toujours avoir présente à l’esprit la possibilité d’un chancre syphilitique; il doit se rappeler dans quelles conditions différentes cl sous quels aspects multiples celui-ci peut se présenter.
Le médecin doit se souvenir particulièrement qu’il est quelques erreurs qui sont plus facilement commises; nous ne pouvons pas les énumérer toutes, nous ne pouvons que signaler les plus fréquentes et renvoyer, pour chacune d’elles, à la description des principales variétés de chancres.
Les chancres du sein, à leur début, les chancres des téguments, restent facilement méconnus et sont pris pour des érosions bénignes; le chancre du col utérin est considéré comme une érosion inflammatoire ; celui de la vulve passe pour un herpès; celui de l’urèthre est décoré du nom d’urélhrite; un chancre de l’anus est réputé hémorrhoïde ulcérée; un chancre de l'amygdale est confondu avec une angine diphthéritiqüe ou gangréneuse, avec un épithéliome; un chancre de la lèvre, survenu chez une personne avancée en âge, est l’occasion d’une semblable confusion; le chancre du doigt est pris pour un panaris.
Telles sont les erreurs les plus fréquemment commises, et dont le médecin doit particulièrement se méfier; mais il doit se méfier de toute érosion sans profondeur, sans suppuration importante, indolente, de forme arrondie ou ovoïde assez régulière, recouverte d’une croûte noirâtre sur la peau, d’un enduit diphthéroïde sur les muqueuses; de toute fissure née au fond d'un pli naturel; il doit surtout s’en méfier si cette lésion se maintient un certain temps sans tendance a la cicatrisation. L’accompagnement d’une
CH ANCHES GÉNITAUX ET EXTRA-GÉNITAUX, pléiade ganglionnaire indolente convertira les doutes en presque certitude.
4" Traitement du chancre syphilitique
Avant d’instituer le traitement d’un chancre syphilitique, il faut toujours avoir bien présent à l’esprit que l’ulcération qui le constitue est, dans l'immense, dans l’infinie majorité des cas, destinée à guérir spontanément, dans un temps généralement court, sans laisser de trace appréciable. Ce qui éveille chez le médecin une impression pénible à la vue d’un chancre syphilitique, c’est l’appréhension des accidents généraux qui doivent se développer a sa suite, ce n’est nullement la crainte des ennuis que peut causer au malade l’ulcération même, qui, à part des complications exceptionnellement rares, est appelée à arriver, en quelques semaines, à une guérison complète, et dont nos moyens thérapeutiques n'avancent que bien peu, il faut 1 avouer, la gueiison. « Moins on fait au chancre, a écrit le professeur Fournier, mieux il s’en trouve et mieux il guérit. » Malgré les méthodes de pansement nouvelles mises chaque jour à notre disposition, nous ne sommes o-uère plus puissants surce chancre que nos devanciers ; ce qu’il faut surtout, c’est une hygiène capable de prévenir les complications qu’amènent quelquefois l’incurie et les mauvais soins, complications qui pourraient aggraver l’ulcération et retarder la guérison naturelle.
Le chancre doit être protégé de tout frottement, de toute irritation mécanique, tels que ceux qu amène le frottement des vêtements, surtout à la suite des marches prolongées, de la danse, etc.
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Il faut éviter les pansements irritants; certains pansements, ayant joui pendant longtemps de la faveur populaire, doivent en particulier être déconseillés, l’usage de la cendre de pipe, du tabac, de l'urine, etc. ; il faut tout autant redouter quelques-uns de ceux que la médecine et la pharmacie peuvent nous offrir, les cautérisations très actives, les poudres très irritantes.
La thérapeutique qui convient au chancre, c’est, avant tout, la propreté : « Avec de l’hygiène, de l’eau et de la charpie, on guérit facilement et rapidement le chancre syphilitique, a écrit le professeur Fournier ». ,
Il faut nettoyer, matin et soir, bien doucement, le chancre, avec un tampon de coton hydrophile imbibé d’une solution légèrement antiseptique ; le reste du temps, le chancre sera maintenu sous un pansement antiseptique.
Les préparations mercurielles ont été très prônées contre le chancre syphilitique, comme contre les autres accidents de la vérole; pommades au calomel, au protoiodure de mercure, onguent napolitain, etc., ont eu leurs défenseurs ; on cherchaità utiliser contre le chancre leur action à la fois antiseptique et résolutive; il ne semble pas que le mercure ait ici une action aussi marquée que contre des accidents plus tardifs.
Mauriac recommande, dans le traitement du chancre syphilitique, les préparations mercurielles sous forme de :
Extrait thébaïque 1 centigramme.
Pâte d’emplâtre de Vigo hydrar- ' gyrisée
Onguent napolitain
du 15 grammes.
Ou
Calomel. . .
Oxyde de zinc Lanoline. . .
Vaseline. . .
^ 6â 2 grammes.
| dd 15 grammes.
Contre le chancre à tendance phagédénique, il ordonne de panser trois fois par jour, apres avoir fait tomber les croûtes, avec :
Calomel 2 grammes.
Cold cream 20 —
M. Hallopeau a essayé les applications de sublimé en poudre, comme moyen abortif dans les chancres récents, quand il n’y a pas encore d’adénopathie syphilitique; mais ce traitement n’a pas donné des résultats suffisamment avantageux pour qu’il ait pu prendre pas sur les autres. Les préparations mercurielles doivent être employées avec précaution: à un moment donné, elles peuvent, comme le dit Rollet, devenir irritantes, par la dose élevée du principe actif, ou par une disposition particulière du chancre.
L’emploi des cautérisations, particulièrement des cautérisations au nitrate d’argent, est devenu beaucoup moins usité; il peut être utile pour réveiller une ulcération atone, pour réprimer une plaie par trop bourgeonnante; mais son application paraît devoir être limitée à ces indications d’ordre courant.
Il y a lieu de profiter actuellement des ressources que l’antisepsie nous fournit, pour soigner le chancre syphilitique.
M. Dujardin-Beaumetz conseille de panser le chancre induré avec :
Iodoforme. . . .
Baume du Pérou Vaseline
1 gramme.
5 grammes.
Mon collègue Hallopeau professe que l’emploi de l'iodoforme est aussi utile contre le chancre syphilitique que contre le chancre simple.
J’avoue n’employer qu’avec grande réserve les pansements à l'iodoforme, à cause de leur odeur trop prononcée.
M. Hallopeau conseille des badigeonnages quotidiens de la surface de l’ulcère, durant trois ou quatre jours, avec un pinceau imbibé du liquide suivant :
Huile phéniquée 2 grammes.
Alcool à 90° 20 —
Immédiatement après, pansement avec le vin aromatique ou le salol pulvérisé.
Les antiseptiques eux-mêmes doivent être employés avec précaution : j’ai vu un chancre devenir phagédénique, après l’emploi de préparations à l’acide phénique trop concentrées.
Sur les parties du corps où il est difficile de maintenir un pansement en place, je me contente en général d’appliquer une rondelle d’emplâtre de Vigo ou d'emplâtre rouge de Vidai sur taffetas rose poulies parties découvertes du corps; sur les muqueuses des cavités buccales, vaginales, le chancre n’exige guère de pansement, il suffit de maintenir la propreté de la surface par des injections ou des lotions légèrement antiseptiques.
Dans les chancres du gland, du sillon balanopréputial, la préférence est généralement donnée aux pansements humides : un tampon de charpie, ou mieux un tampon de coton hydrophile, imbibé de vin aromatique, d’eau alcoolisée ou légèrement phéniquée, de liqueur de Labarraque, de coaltar sapo-
ni né, est maintenu en place par le prépuce : on obtient ainsi une surface toujours propre, bien détergée, de bon aspect et dans les meilleures conditions pour une prompte guérison.
Sur le fourreau, les pansements humides, ceux faits avec des corps gras, empêchent la dessiccation des liquides et la formation des crofites; c’est une condition avantageuse pour la cicatrisation ; mais l’emploi de ces pansements est d’une application mal commode; ils sont difticiles à maintenir en place; ils sont suivis de la production de taches sur le linge et le vêtement, taches ennuyeuses pour le malade, capables parfois de le trahir; aussi je donne la préférence aux pansements secs avec les poudres de salol, d’aristol, qui sont maintenus en place avec une couche de gaze fine ou de colon hydrophile, qui, en même temps qu’elle maintient la poudre en place, protège l'ulcération contre les frottements extérieurs.
A la vulve, le pansement le plus commode consiste dans les lotions fréquentes, les pommades antiseptiques légères au salol, à l’arislol, la vaseline boriquée, l’emploi de quelques poudres minérales antiseptiques ou astringentes, salol, oxyde de zinc. Le pansement est à peu près le même pour les chancres cutanés de l’orifice buccal, qu’on peut recouvrir d’une mince couche de taffetas pour en atténuer l’éclat.
Dans quelques cas, le malade vous suppliera d intervenir pour provoquer la résolution d indurations volumineuses. L’excision est un procédé peu recommandable : sans insister sur les dangers quelle peut présenter comme toute opération, même la plus bénigne en apparence, sur les hémorragies possibles
CHANCRE SYPHILITIQI E. '<);>
dont le professeur Fournier a rapporté un remarquable exemple dans ses cliniques, cette opération est loin d être suivie d’un résultat certain eL 1 induration scléreuse peut se reproduire autour de la cicatrice de guérison. Les attouchements au nitrate d’argent ont amené quelquefois un résultat opposé à celui qu'on poursuivait. J’ai essayé les scarifications pratiquées suivant la méthode du regretté Vidal : quelques améliorations pourraient peut-être leur être attribuées; les cautérisations ignées ponctuées, expérimentées par mon interne, M. Berdal, ont paru leur être préférables. Le traitement interne a semblé, dans un certain nombre de cas, précipiter la résolution de l’induration : il y a lieu, quand on poursuit ce but, d associer l’emploi des iodures à celui du mercure : les chancres volumineux, qui ont pris nombre des aspects de la gomme, paraissent, comme elle, se trouver bien de l’emploi du traitement mixte.
fi ne grosse question a été, ces années dernières, agitée autour du chancre, c’est l’opportunité de l'excision de ce dernier, et la possibilité au moyen de celle-ci d'arrêter à tout jamais les progrès de la syphilis ou tout au moins d’en atténuer la gravité : cette question touche plutôt au traitement général de la vérole qu’au pansement du chancre. Les admirateurs de ce traitement de la syphilis sont x’ares en France : cependant, en face de la possibilité, admise par quelques-uns, mais non démontrée d’une façon certaine, d’atténuer dans quelques cas la gravité de ia syphilis, beaucoup de syphiligraphes en sont arrivés à admettre comme une pratique sage d’enlever le chancre quand il siège sur une partie du corps où cette ablation est facile comme sur le four-
1 or» chancres génitaux et extra-génitaux.
reau, à la condition que les ganglions de la région ne soient pas encore tuméfiés. Par cette opération on obtiendra une disparition plus rapide du chancre et on courra les chances d’une atténuation de la syphilis, qui, si elle n’est pas démontrée, ne peut non plus être niée d’une façon absolue pour tous les cas. Voir pour plus amples détails sur ce sujet mes leçons sur les affections ulcéreuses des organes génitaux chez l’homme, Doin, édit., Paris, 189ib — Traitement de la syphilis, par le professeur Fournier, Rueff et Cie, éditeurs. — Crivclli, Des signes précoces de l’infection syphilitique comme conlre-indicalion du traitement abortif de la syphilis. Arch. générales de médecine , 1887. — Jullien, Congrès international des sciences médicales, Copenhague, 1886, et Union médicale , 1891. — Thiéry, Gazette médicale, Paris, 1888, p. 565.
h’ adénopathie syphilitique, en dehors de ces inflammations aiguës que nous avons vues constituer une complication tout à fait exceptionnelle, ne réclame pour ainsi dire pas de traitement. On recommandera au malade d’éviter les grandes fatigues, les confusions de la région : si celui-ci se préoccupe trop de ne point voir opposer un traitement local à la tuméfaction ganglionnaire, on fera appliquer audessus d’elle un emplâtre de Vigo dont 1 action sur la résolution est plus qu’hypothétique, mais qui apportera au sujet malade un certain soulagement moral; on fera pratiquer quelques badigeonnages iodés.