CHAPITRE IX
Traitement
Diday divisait en deux catégories le traitement de la
chancrelle ano-rectale. à
a) Traitement abor tif.
b) Traitement morateur.
Et il ajoutait : « c’est ce dernier qui seul sera possible dans les cas de chancrelle anale. Il consiste à neutraliser
peu à peu la propriété contagionnante de la chancrelle, à prévenir et à combattre à mesure qu’ils se produisent les.
accidents qu'elle détermine et à empêcher les inocula-
tions de voisinage, en un mot à suivre pas à pas dans sa marche l’ulcère et à favoriser son évolution naturelle
dont le dernier terme, après un temps voulu par la nature même du mal, est sa guérison spontanée. »
Lorsqu'il s’agit des chancrelles de la rainure interfessière, on obtient la cicatrisation sans trop de difficultés. Ce qu'il importe surtout alors, c’est d'isoler les lésions d'avec les régions envahissables. | Diday traitait les chancres mous de la région anale par
des lotions astringentes et des cautérisations pratiquées
à l’aide du crayon au nitrate d’argent promené lestement à leur surface. Si le patient n’a pas à marcher, s’il peut rester étendu sur une chaise longue, Diday applique sur les ulcères des boulettes de charpie. imbibée de la solution suivante :
Faune HR RATER 20 gr.
Nitrate d'Argent. 80 gr.
Ces boulettes devaient avoir exactement les dimensions de l’ulcère et il fallait les faire pénétrer sous les bords décollés du chancre. Par dessus, on plaçait un plumasseau de charpie sèche et le tout était soutenu par un bandage en T ou un caleçon de natation.
«Si le malade est obligé de se déranger, il faut, dht Diday, isoler les chancres par d’autres moyens. Faire alors de fréquentes ablutions avec des solutions alcooliques de ratanhia et de tannin, sans faire saigner. On peut employer une pommade au nitrate d'argent et à l’axonge à 1/60. La surface du chancre étant modifiée par les caustiques et ayant perdu son aspect sanieux et grisâtre, il suffit de panser au vin aromatique ou baume du samaritain. » |
Le pansement de la région anale présente deux difficultés particulières ; d’abord, le malade ne peut guère faire son pansement lui-même et il n’est pas loujours aisé de trouver un aide qui consente deux à trois fois par jour à prêter la main à pareille besogne..
En second lieu, le boudin stercoral passant à travers ouverture, agrandit les ulcères, déchire les cicatrices en voie de formation.
Or, la défécätion est loin d’être un acte facultatif: c’est
sinon Ja plus nécessaire, du moins la plus impérieuse des
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fonctions. Ne pouvant la supprimer, il importe qu’elle :
soit rendue aussi peu re aussi peu dilacéranté que possible. | |
Dans ce but, Diday administrait 12 à 15 grammes de sulfate de magnésie tous les deux jours où 5 centigrammes de résine de podophyllin par jour. De plus, dès que le
malade sent le besoin d’évacuer, Diday recommande
de prendre un quart de lavement de décoction de racine
de guimauve ou plus simplement d’huile d'olive, en ayant
soin de pousser le lavement à travers une sonde en gomme élastique n° 10, introduite au préalable à 6 ou 8 centimètres dans le rectum.
Tel est dans son ensemble le traitement de la chancrelle anale, suivant Diday. De plus, dans certains cas où des pansements méthodiques modéraient, sans l’arrêter, la marche de l'affection. Diday appliquait la pâte de Canquoin pendant deux heures, en la maintenant au moyen d’une grosse mèche pressée contre le fond de l’ulcère. Celui-ci transformé alors en plaie simple guérissait sans difficulté.
Examinons maintenant les divers caustiques employés
contre le chancre mou ano-rectal. Ricord les traitait au
moyen de sa pâte sulfocarbonée, faite de charbon et d'acide sulfurique. Balzer et Socin ont employé un mélange de chlorure et d'oxyde de zimc (1/10) } additionné d’eau pour en faire une pâte.
Berdal emploie le Linea de zinc à 1/10 et du Castel
l’acide phénique 1/10. Les badigeonnages sont répétés tous les deux jours jusqu’à l’extinction de la virulence. Dans lintervalle, il faut panser avec soin ; l’iodoforme est un bon topique, mais son odeur si désagréable lui fait préférer l’emploi de ses succédaires (d’inéodoforme, iodol, europhène, aristol), L'aristol er particulier et la poudre
de Lucas-Championnière ont donné d'excellents résultats. ;
De plus, la chaleur détruisant la virulence du pus chancreux, les bains de siège et les irrigations d’eau! très chaude aident puissamment à la guérison.
Le traitement des chancres du rectum est encore plus
délicat en raison de leur siège. Ce que nous avons dit du :
traitement du chancre anal s’applique au chancre rectal ; mais de plus, lorsque les chancres sont haut situés dans le rectum la difficulté est grande. Nous nous sommes bien trouvés pour le malade dont nous publions plus loin l’observation de grands lavages rectaux au permanganate de potassium à 4/1000, saupoudrant dans l'intervalle les chancres avec de la poudre à l’aristol.
Les condylômes peuvent être abandonnés à eux-mêmes, s'ils sont trop volumineux, 1l suffit de couper et de cautériser.
Péan, comme nous le verrons au cours de l’une de nos
- observations, ayant remarqué que la douleur était particulièrement vive chez les femmes qui avaient de la contracture sphinctérienne avait pensé qu’en faisant cesser la contracture, il ferait également cesser la douleur. Il pratiqua la dilatation de Panus et eut de bons résultats. Il traita de même les rétrécissements de l'anus par la dilatation et l'introduction de mèches volumineuses.
OBSERVATION I (Personnelle)
Chancres mous de l’anus et du rectum > \
B..., 28 ans, cireur de chaussures, vient le 2 mai 1908 à la N consultation de la Charité pour des ganglions des deux aines.
Ces ganglions occupent à la fois le groupe inguinal et le. ; groupe crural (surtout Le crural).
Les groupes cruraux ont apparu les premiers il y a quinze jours, les inguinaux ne sont apparus qu’ensuite, les inguinaux gauches il y a seulement quelques jours. Q
Les ganglions cruraux ont le volume d'un œuf de poule, ils sont surtout gros à gauche où la masse résulte des roupements de plusieurs ganglions (bubon congloméré) que l’on sent encore séparément. Au niveau des cruraux droits, la peau est un peu rouge. Nous cherchons dans les territoires cutanés correspondant à ces ganglions la cause de ces adénopathies, mais nous ne trouvons rien aux organes génitaux externes. Rien
* aux pieds ni aux jambes. a Le malade se plaint de perdre du pus par l'anus. Or, nous voyons à La partie postérieure de l'anus, une végétation irrégulières qu'on prendrait pour une hémorrhoïde. Un médecin consulté en ville aux dates du 3 avril et du 24 avril a dit au malade qu'il s'agissait d’hémorroïdes. Cette végétation irrégulière est - en réalité une uicéralion végélante
Examen. — En écartant l'orifice anal, on voit sur la paroi
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gauche de l'anus une ulcération diphtéroïde allongée parallé - lement à l'axe de celui-ci. Du pus vert coule par l'anus, analogue à du pus blennhorra-
gique
Toucher. — Par le toucher rectal pratiqué avec un doigtier, on sent à la paroi antérieure du rectum une ulcération creuse dela dimension d’une pièce de 2 fr. irrégulièrement arrondie, à bords déchiquetés, sans aucune induration. Sur la paroi latérale gauche
existe une ulcération analogue, soit en tout et au minimum.
trois chancres mous, très étendus, ce qui explique les adéno- -pathies inguinales multiples.
L'examen microscopique (Bleu de Unna) fait par le docteur Milian de ce pus monte de nombreux bacilles de Ducrey phagocités par des polynucléaires
Pas d’autres microorganismes, pas de gonocoques.
Au Gram; quelques diplocoques violets.
Le malade avoue avoir eu le samedi 28 mars un coït anal. involontaire dit-il à la suite duquel il resta constipé 12 à 14 jours, car il se mit à souffrir presque tout de suite.
Les ganglions sont apparus 15 jours après Le coït anal. Ils firent souffrir. et génerent le malade au point d'empécher de marcher et de le forcer à cesser son travail.
Le malade nous dit que ses matières sont aplaties comme un ruban et qu'il réssent par nioments des crises de brûlure.
9 mai. — Sous l'influence du traitement local, lavages et poudre de Lucas Championnière, les ganglions ont considérablement rétrocédés ils ont diminués de moitié, les phénomènes inflammatoires sont tombés, les ganglions sont devenus durs et on les prendrait volontiers pour une adénopathie de chancre induré.
1% mai. — Les ganglions sont très diminués. Il ne reste plus que le groupe crural du volume d’une petite noix.
L'anus suppure moins également. Les douleurs persistent
toujours.