‹ Chanson de RolandChapitre 1 sur 197 · h ni i · texte numérisé non relu

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PRÉFACE

L’usage auquel était destinée cette édition ne nous dispensait pas de soumettrele texte à une révision minutieuse. C’est ce que nous avons fait, en nous conformant, pour les principes généraux de cette révision, aux idées qui ont été exprimées dans les dernières années par les romanistes les plus autorisés, et notamment par M. G. Paris. Ce n’est pas ici le lieu d’exposer ces principes, ni d’indiquer les raisons qui nous ont fait nous écarter, sur quelques points de détail, de telle ou telle opinion antérieurement émise. Nous serons heureux de répondre, dans les Revues spéciales, aux critiques dont notre texte pourra être l’objet, Mais le caractère classique de notre édition, qui ne nous dispensait pas d'établir le texte avec tout le soin qu’aurait exigé une édition savante, nous imposait F obligation de ne rien laisser paraître de ce travail préliminaire. Nous nous bornerons à dire que notre réforme la plus apparente a été de franciser le manuscrit d’Oxford, et cette opération consistait surtout à remplacer par des o les u provenant d’o longs ou d 'u brefs latins (lj; c’est dire que nous

(1) .Et non point à changer ei en oi dans les mots tels que m, fei, etc. ; car au xie siècle, la diphtongue ei appartenait aussi bien à l’Ile-de- France qu’à la Normandie.

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avons adopté l’opinion de la grande majorité des romanistes, qui considèrent la Chanson de Roland comme d’origine française. La popularité de saint Michel dans toute la France du moyen âge explique très suffisamment les trois ou quatre mentions de ce saint qu’on rencontre dans notre poème (1). D’autre part, des arguments très sérieux, qui sont surtout d’ordre philologique et que nous ne pouvons développer ici, mais qui ont été signalés à diverses reprises sans qu’on les ait réfutés, s’opposent absolument à l’hypothèse de l’origine normande. La langue de la Chanson de Roland, telle que nous la rétablissons, est donc le français du xie siècle, d’où dérive le français actuel. Ce n’est plus le dialecte d’où est sorti le patois normand.

Parmi les manuscrits qui nous restent de la Chanson de Roland, le manuscrit d’Oxford est sans aucun doute le plus Voisin du texte primitif; malheureusement il est l’œuvre d’un scribe fort négligent, qui a parfois sauté des vers ou des tirades entières. Les autres manuscrits nous permettent de nous rendre compte de la plupart de ces lacunes, mais ils s’éloignent trop du texte original pour que ce texte puisse être reconstitué d’après eux avec quelque sûreté. Aussi n’avons-nous rien voulu ajouter au manuscrit d’Oxford, nous contentant de résumer, quand il y avait lieu, les passages qu’on peut supposer omis.

Nous avons fait un usage aussi modéré que possible des signes diacritiques (accents aigus et graves, trémas). Nous avons employé le tréma pour indiquer, lorsqu’il pouvait y avoir doute, que deux voyelles successives ne formaient pas diphtongue, par exemple dans avions , qui se pronon-

(l) L’ange Gabriel a plus d’importance que saint Michel dans la Chanson de Roland. Voyez, dans notre Glossaire, les mots Gabriel et Michiel .

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çait en trois syllabes, dans soë où il ne faut pas voir l’ancienne diphtongue oe (devenue plus tard eu), mais un o suivi d’un e féminin. Nous avons employé l’accent grave ou aigu toutes les fois qu’il pouvait y avoir doute sur la place de l’accent tonique. Ainsi nous avons mis un accent sur la première syllabe de fredre, pour empêcher qu’on ne fut tenté de lire fredré. Dans la langue du xic siècle, Ve féminin ou muet à la fin d’un mot peut être suivi d’un t : il chantet (= il chante) ; mais d’autre part, e final suivi d’un t peut être un e tonique, par exemple dans le participe passé chantet [= chanté). Dans ce dernier cas nous avons marqué IV d’un accent : chantet. Par conséquent, lorsqu’une final suivi d’un£ ne sera pas surmonté d’un accent, il faudra le prononcer comme un e muet, c’est-à-dire placer l’accent tonique sur la syllabe précédente. Dans les monosyllabes nous avons employé les accents pour distinguer des mots différents qui s’écrivaient de même ; ainsi set est le nom de nombre (sept), sét est la troisième personne de l’indicatif présent du verbe « savoir ». Ses appartient aussi au verbe « savoir», tandis que ses est l’adjectif possessif; nés est le substantif que nous écrivons aujourd’hui nez , tandis que nés est pour ne se ou pour ne les; mes est un substantif, mes est l’adjectif possessif. Il va sans dire que, pour le choix entre l’accent grave et l’accent aigu, nous nous conformons à la prononciation du xic siècle ; nous écrivons frédre et non frèclre. Faute d’un signe spécial nous employons aussi épour exprimer un son aujourd’hui disparu et qui était intermédiaire entre é et è , par exemple dans méte du verbe « mettre ».

Nous avons coupé le texte par des analyses. Les passages compris entre deux analyses constituent autant d’extraits, qui forment des scènes complètes, entre lesquelles le professeur pourra choisir celles qui lui parai-

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Iront de nature à intéresser particulièrement ses élèves. Ces analyses assez développées permettront, je crois, même aux commençants, de suivre facilement le récit, sans les dispenser d’étudier le texte de près.

Nous n’avons pas cru devoir mettre une traduction en lace du texte. On ne le fait pas pour les texteslatins et grecs destinés h être expliqués dans les classes. Pourquoi traiterait-on autrement le vieux français ? L’inconvénient serait le même que pour les ouvrages de l’antiquité classique : les élèves liraient la traduction et non le texte. Pour les explications qu’on fait en classe, ils auraient trop commodément la solution des difficultés, sans être obligés à réfléchir. Si un pareil usage s’introduisait dans les éditions classiques de nos auteurs du moyen âge, il serait, croyonsnous, très préjudiciable à l’étude du vieux français dans l’enseignement secondaire, quelque élémentaire qu'on puisse la souhaiter.

Nous avons aussi renoncé à mettre des notes au bas des pages. Elles auraient fait double emploi avec les explications contenues dans le glossaire. Gomme il n’existe pas de dictionnaire classique du vieux français, on est bien obligé de faire un glossaire pour chaque texte qu’on publie, et comme il est impossible aux élèves de se passer du glossaire, on peut y introduire l’interprétation des passages difficiles, sans craindre que cette interprétation leur, échappe : ils la trouveront tout aussi commodément qu’au bas de la page. D’ailleurs, il n’y a pas, à proprement parler, de passages difficiles dans la chanson de Roland ; ce n’est pas comme dans les textes de l’antiquité classique, qui appartiennent à un état de civilisation plus avancé, et où les nuances et les raffinements de la pensée et du style ont souvent besoin d’être éclairés par une note. Les difficultés du vieux français sont des difficultés générales de

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langue et de grammaire; il faudrait dès lors une note pour chaque mot, et la même note cent fois répétée ou remplacée par des renvois fastidieux. Une introduction grammaticale, complétée par un glossaire, permet d’éviter cet inconvénient.

Quelles que soient les différences qui séparent cette édition de celles qui ont été données par M. Léon Gautier, je me fais un devoir de reconnaître ici les services considérables que M. Gautier a rendus à notre vieux poème, la part qu’il a prise à l’épuration progressive du texte, le zèle heureux qu’il a déployé pour populariser, pour faire connaître et aimer de tous notre épopée nationale. Il a été l'apôtre de la Chanson de Roland, et il a contribué plus que personne à l’utile réforme qui a donné droit de cité au vieux français dans notre enseignement classique.

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