ORDRE DES MOTS
Quand on lit pour la première fois un texte de vieux français, on est frappé de la facilité avec laquelle l’ancienne langue modifiait l’ordre des mots. A côté des inversions auxquelles a pu nous habituer la poésie française de l’époque classique, on en rencontre un bon nombre d’autres, qui nous étonnent davantage, et la plupart d’entre elles sont aussi usitées en prose qu’en poésie. Nous donnerons ici quelques exemples tirés de la Chanson de Roland, mais seulement pour les tournures les plus fréquentes.
Le sujet est souvent placé après le verbe et le régime avant :
La voldrat il chrestiiens devenir. (v. 155.)
Cordres at prise et les murs peceiiez,
Od ses chadables les tors en abatiét. (v. 97-98.)
Et sin avrez, ço cuit, de plus gentilz. (v. 150.)
Mes avoéz la vos sivrat, ço dit. (v. 153.)
Al Sarrazin qui Sarragoce tient. (v. 253.)
Dans levers suivant, c’est le régime indirect (avec ellipse de la préposition à), qui est placé devant le verbe :
Marsilion me portast mon message.
INTRODUCTION
Un verbe à l’infinitif peut aussi précéder le verbe qui le régit :
Hom qui la vait repaidrier ne s’en poet. # (v. 293.)
Puis quel cornant, aler vos en estoet. (v. 300.)
Inversement, le pronom régime, qui se place aujourd’hui avant le verbe, peut être mis après :
Colchet s'a terre, sin at Deu graciiét. (v. 2480.)
L’adjectif précède ou suit le nom sans que sa valeur en soit modifiée, et on le trouve avant quand nous le mettrions après, ou après quand nous le mettrions avant :
En sa main tint une vermeille porne. (v. 38G.)
Le pronom relatif peut être séparé de son antécédent :
Charles me mandet, qui France at en baillie,
Que (v. 488-489.
Li nostre Deu i ont fait félonie,
Qui en bataille hui matin li faillirent. (v. 2GÔ0-2601.)
L’adverbe « y » peut suivre le verbe sans qu’il soit nécessaire que ce verbe soit à l’impératif :
Iert i ses niés li cuens Rollanz, co creit. (v. 575.)
Le vers que nous venons de citer renferme aussi un exemple de sujet placé après le verbe ( ses niés li cuens Rollanz ), et un exemple de régime placé devant le verbe (ço).
Le même adverbe « y » peut être placé après « en » :
Des Frans de France en i at plus de mil* (v. 177.)
Nous dirions aujourd’hui : « il y en a... »