‹ Chanson de RolandChapitre 23 sur 197 · OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

Des mots qui ne sont pas au glossaire . — Nous n’avons pas fait entrer dans ce glossaire les mots qui appartiennent encore à la langue française, et dont le sens actuel ne diffère pas, ou diffère peu, de la signification qui leur est attribuée dans notre texte, par exemple acier , achever , amener , arbre , arc, ciel , cuisse , déclin , devenir , etc. Il était inutile de donner l’étymologie de ces mots, qu’on trouvera facilement dans le Dictionnaire de Littré ou dans celui de Scheler, et il n’y avait aucune remarque à faire sur leur emploi dans la Chanson de Roland . Les différences d’orthographe, entre la langue actuelle et celle du onzième siècle, ne nous ont pas semblé une raison suffisante pour introduire les mots de ce genre dans le glossaire ; nous les avons omis toutes les fois que leur identité est facilement reconnaissable : ainsi on reconnaîtra sans peine cœur dans « coer » ; chèrement dans « chierement » ; croupe dans « crope » ; bourgeois dans « borgeis » ; glorieux dans « glorios » ; chapelle dans « chapèle » ; cité dans « citét » ; contrée dans « contréde »; frère dans « frédre », etc. Au surplus, voici quelques indications générales sur ces équivalences d’orthographe :

L’ancienne diphtongue oe (ou ue) qui provient d’un o bref tonique latin est devenue un son simple que nous écrivons eu ou œu : soer = sœur ; poet = peut, etc.

L'ancienne diphtongue ei , qui provient le plus souvent d’un é fermé {e long ou i bref) tonique latin, est devenue oi : rei = roi; receit = reçoit; deveir = devoir, etc.

La diphtongue iè, qui provient d’un e bref tonique, ou d’un a tonique placé dans des conditions déterminées, s'est parfois réduite h é : aidier — aider; brief = bref, etc.

O, de l’ancienne langue, est souvent» représenté dans la langue actuelle par eu ou par ou : dolor = douleur; boche — bouche, etc.

Presque toujours d entre deux voyelles, ou séparé seulement de la

GLOSSAIRE

voyelle suivante par une r, est tombé dès la fin du onzième siècle : chantéde — chantée ; vide — vie; pédre — père, etc.

T final tantôt s’est maintenu, tantôt est tombé, tantôt a été remplacé par un d : bontèt = bonté ; chantet = chante; grant — grand .

L s’est souvent vocalisée en u : chevet = cheveu; altre — autre , etc.

S est le plus souvent tombée devant une autre consonne : desmembrer — démembrer ; teste — tête, etc.

Les consonnes isolées entre deux voyelles ont été souvent redoublées, soit pour rappeler plus complètement l’étymologie, soit pour des raisons de prononciation que nous ne pouvons étudier ici : mètre est devenu mettre; bêle : belle ; doue : donne; home : homme , etc.

Beaucoup des mots que nous venons de citer se trouvent d’ailleurs au glossaire, nous n’avons exclu que ceux à propos desquels il n’y avait à faire aucune remarque utile, directe ou indirecte.

Comment il faut chercher les substantifs et adjectifs. — Les substantifs et adjectifs ne se trouveront en général que sous la forme du cas régime singulier, qui est aussi le cas sujet pluriel. On sait qu’ils prennent une s ou quelquefois un z au cas sujet singulier et au cas régime pluriel. Il faudra donc supprimer cette s ou ce jz pour trouver le mot, chercher conseil pour conseilz , bel pour bels, etc. On sait d’autre part que les mots qui se terminent par t au cas régime singulier prennent un z (== ts) aux cas en 5 ; il faudra donc, pour les trouver, ajouter un t après avoir supprimé le z, chercher moz à mot, parz à part, etc.

Quand les adjectifs seront au féminin, il faudra les chercher sous leur forme masculine, c’est-à-dire supprimer Ve muet, et quant la consonne précédant Ve muet sera un d , changer ce d en t : le masculin de barbe'de est barbét.

Comment il faut chercher les verbes . — Les temps et personnes des verbes qui n’offrent pas d’irrégularité no sont pas au glossaire. On devra chercher ces verbes sous la forme de l’infinitif, qu’il est facile de reconstituer en se reportant au tableau des flexions verbales de notre Introduction ; mais il ne faut pas oublier que l’ancienne langue a cinq terminaisons d’infinitifs : er , ier, eir , re et ir. Ainsi la troisième personne du pluriel ardent , l’imparfait ardeit, etc., pourraient appartenir à ardER,ardiER, ardviWy ard^E ou ardm. C’est ardeir que l’on trouvera ; la forme ordre a aussi existé. Il faut surtout se rappeler que, parmi les verbes de la première conjugaison, les uns avaient l’infinitif en er , les autres en ier ; en présence de la forme « drecez », la première pensée de l’élève sera sans doute de chercher drecER, qu’il ne trouvera pas : l’infinitif de ce verbe est drecmn.

Les temps irréguliers ne se trouvent que sous la forme de la première personne du singulier, quand les autres personnes peuvent facilement en être déduites. Ainsi deüssez n’est pas au glossaire, mais on voit facilement que c’est la seconde personne du pluriel d'un temps dont la première personne du singulier est deüsse : c’est deüsse qu’on trouvera.

GLOSSAIRE

Il y a des futurs qui sont irréguliers, mais l’irrégularité est alors commune à toutes les personnes de ce temps, et aussi à toutes les personnes du conditionnel; il suffisait donc de donner l’une de ces personnes, et nous avons choisi la première personne du singulier du futur, à laquelle on remontera sans peine en partant de l’une quelconque des autres. Prenons un exemple : au vers 457 de la Chanson de Roland, nous avons le mot Z&zVreie ; si on consulte, dans l’Introduction de ce livre, le tableau que nous avons donné des flexions verbales, on verra que la flexion reie 1 est caractéristique de la première personne du conditionnel dans les verbes en re, eir ou ir : elle correspond à la flexion actuelle rais. Ce serait donc le conditionnel d’un verbe lairre, laireir ou lairir. Mais aucun de ces infinitifs n’est au glossaire. On devra en conclure qu’on est en présence d’un conditionnel irrégulier. Or, comme on peut encore le voir dans le tableau des flexions verbales, à la flexion reie du conditionnel correspond la flexion rai de la première personne du futur. Le futur du verbe, dont le conditionnel est lairreie , doit donc être lairrai , et on trouvera cette forme au glossaire.

Si nous avons restreint le nombre des formes que nous introduisions dans notre glossaire, c’est moins encore pour réduire ce livre au plus petit volume passible, que pour donner aux élèves l’occasion de réfléchir, de se rendre compte des choses, de faire acte d’intelligence.

Plan du glossaire. — Il nous reste à justifier le système que nous avons suivi pour la rédaction de chacun des articles. Nous indiquons les formes successives du môme mot jusqu’à la forme actuelle; ainsi entre podeir de la chanson de Roland et pouvoir de la langue moderne nous marquons les intermédiaires, poeir, pooir , pouoir. Dans les exemples que nous citons pour montrer les acceptions anciennes, nous donnons généralement la forme actuelle aux mots qui se sont conservés, et la forme du plein moyen âge à ceux qui ont disparu. Nous avons voulu ainsi faire ressortir l’identité entre les vieilles formes et les formes plus récentes. 11 ne faut pas qu’on puisse croire que les acceptions disparues sont attachées aux formes anciennes : beaucoup de ces acceptions ont persisté presque jusqu’à nos jours, à travers les transformations successives des mots. C’est aussi pourquoi nous avons tenu à signaler, quand il y avait lieu, à l’aide de citations, la persistance des significations primitives jusqu’aux seizième, dix-septième et dix-huitième siècles. Il importe que l’étude du vieux français puisse servir à résoudre les difficultés générales de la langue et nous aider à comprendre les archaïsmes qui se sont conservés dans les textes classiques et jusque dans le langage actuel.

Nous n’avons pas cru devoir, sauf dans quelques cas exceptionnels,

1. Après une consonne; car après une voyelle IV pourrait faire partie du radical, et on serait en présence de la flexion eie de l’imparfait de l’indicatif : coreie est l’imparfait de l’indicatif de corre.

GLOSSAIRE

renvoyer aux différents vers où se rencontre chaque acception. Ces indications, qui sont précieuses dans une édition savante à l’usage des érudits, n'auraient pu que charger sans profit une édition destinée à l’enseignement secondaire.

Quant aux étymologies, nous ne donnons que les étymologies latines. Pour les autres, nous nous bornons à dire que le mot est d’origine germanique, celtique ou orientale, en indiquant quelquefois, pour les termes germaniques, la forme de l’allemand moderne. Nous n’avons pas cru qu’il fût utile d’aller au delà. Les mots du latin populaire sont marqués d’un astérisque, nous les rapprochons des mots du latin classique auxquels ils se rattachent, sauf toutefois quand la forme populaire se trouve mentionnée dans le Lexique latin -français de E. Châtelain. Nous ne discutons pas les étymologies douteuses, parce qu’une discussion complète eût été trop longue, et qu’en signalant simplement les diverses opinions en présence, on risquait de donner au lecteur inexpérimenté des idées fausses sur les lois phonétiques. Pour les mots d’origine latine, nous avons moins cherché à mettre à côté de chacun d’eux une forme latine, qu’à montrer leur rapport avec les autres mots français do même famille. Aussi, quand nous disons qu’un mot est formé sur tel autre mot français, il faut sousentendre : « ou sur le mot latin correspondant. » En d’autres termes, nous ne préjugeons pas la question de savoir si cette formation remonte à la langue latine ou si elle appartient à une époque postérieure à la constitution du français.

Enfin notre glossaire contient également les noms de lieux et de personnes, ceux du moins qui figurent plusieurs fois dans le texte. De courtes biographies résument le rôle de chaque personnage dans la Chanson, et, quand il y a lieu, marquent sa place dans l’Histoire.

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